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« Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu »

mercredi, 26 mars 2008

Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu

Sam Braun est arrivé à Auschwitz en décembre 1943. Un demi siècle plus tard, Stéphane Guinoiseau l'interroge. Cela donne un témoignage.

Selon Georges Didi-Huberman, dont la formule sert d'exergue au livre, Témoigner, c'est raconter malgré tout ce qu'il est impossible de raconter.

Sam Braun et Stéphane Guinoiseau construisent leur oeuvre en la pensée de cet impossible.

La parole du survivant, qui est ici celle de l'homme vivant depuis l'expérience du camp, se déploie. Elle est précise, intelligente, sans ornements, et sans colère. Stéphane Guinoiseau la relance par des questions articulées et pleines de pensée. Ainsi se construit un dialogue, qui fait récit, par la conscience active de l'impossible.

Le lecteur oscille entre le je du survivant, au propos humble et touchant, et le silence de l'interrogateur sur lui-même. Le lecteur interroge et vit l'expérience. Il pratique, par sa lecture, deux distances, celle, ici apaisante, du temps vécu par le sujet, et celle, ici fécondante, ménagée entre deux sujets. Ainsi, en lui, par lui, mais évidemment surtout par les deux partenaires du livre, se constitue un échange humain à trois dans la cruelle pespective des bourreaux.

Le premier d'entre eux était un gendarme français, peut-être brave homme. L'adolescent Sam Braun le rencontre, en quelque sorte, dans le train qui l'emmène, avec toute sa famille, à Drancy, d'où le convoi n° 64 l'emportera à Auschwitz.

A un certain moment, j'ai voulu aller aux toilettes. J'ai demandé l'autorisation. Un des deux gendarmes m'a accompagné jusqu'au bout du wagon et il a mis son pied dans la porte des WC pour éviter que je ne la ferme. Craignait-il que je ne m'enfuie par le petit trou du siège ? J'étais blessé, honteux, gêné, je me sentais offensé dans ma dignité. Je ne suis pas certain qu'il ait fait cela par méchanceté. On lui avait dit de le faire, alors il le faisait, sans réfléchir. Cette bêtise est dangereuse, parce qu'elle touche les gens dans ce qu'ils ont de plus intime.

Beaucoup plus tard, parmi la déroute de l'armée allemande, alors qu'un autre train, sous la conduite des SS, emporte Sam Braun quasi cadavre loin d'Auschwitz, il est libéré par de faux SS :

Nous devions être une centaine à être descendus du train. Puis le train est parti, et quand il a été au loin, les SS ont enlevé leurs uniformes : c'étaient des membres de la Résistance tchèque et nous étions à Prague !

Stéphane Guinoiseau commente : C'est une histoire incroyable.

Entre bourreaux sans le savoir, vrais bourreaux, et libérateurs déguisés en bourreaux, le livre entier relève de l'incroyable.

Un homme a survécu à l'horreur, et il raconte. Il se penche depuis son présent de vieil homme méditatif. Il propose une voie d'espérance en ce qu'il appelle la culture : Ou bien on se suicide avec un pessimisme effréné, ou bien au contraire on accepte de vivre avec bonheur et on a confiance en la perfectibilité de l'homme. C'est la signification que je donne à la connaissance, à la culture : ce travail de liaison avec l'autre, avec les autres êtres humains contre le mépris et la mort. C'est le pari humaniste.

Nous saluons Stéphane Guinoiseau pour avoir recueilli, loin des capitales de la culture, cette parole, qui constitue un des grands livres des camps.

Sam Braun, Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu, Albin Michel, décembre 2007.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu 8:54 dans Littérature

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