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« Dernières lettres à Jean- Luc Moudenc »

mardi, 1 avril 2008

Dernières lettres à Jean- Luc Moudenc

A propos de la Permanence de Jean-Luc Moudenc, jeudi 27 mars, j'étais inquiet. La défaite l'avait-elle abolie ?

Durant la campagne, un projectile l'avait heurtée. Je pouvais craindre que la foule, comme la Mort, ou le Temps, après la disgrâce, ne l'eût emportée.

La Permanence perdurait-elle ?

Une visite s'imposait.

Vers treize heures, j'ai pu constater la prolongation.

Rien ne paraissait changé. Toujours s'affichaient le nom et les images de Jean-Luc Moudenc. On pouvait encore rêver à son programme : Toulouse pour tous. Les passants n'étaient ni hostiles, ni mélancoliques. Aucun attroupement.

Un examen attentif me révéla pourtant une révolution interne. A travers grille et la vitre fumée, apparaissaient des chaises déplacées, des meubles ouverts, des cartons, un désordre. Ca déménageait dans la Permanence. La métaphore battait son plein. Toutes sortes d'objets, sur lesquels les militants s'étaient activés, étaient au départ.

Personne ne s'agitait. L'heure était creuse. Je voyais le déménagement en cours, mais momentanément interrompu. L'Histoire avait produit ce silence, ces transferts, ces caisses renversées et mon oeil collé à la vitre avec appareil photographique... Un homme me parla. Il se rendait vers le marché Victor Hugo. Je ne pus comprendre s'il était un partisan ou un adversaire de Jean-Luc Moudenc, mais je le sentis troublé par mon arrêt devant la Permanence, et voulant discourir. C'était la faute à Paris. Moudenc n'avait pas démérité, mais il fallait comprendre avec les remboursements médicaux et les autobus... On ne savait pas où on allait. Il fallait du changement.

Dans la Permanence, les objets ne parlaient pas. Ils n'avaient pas d'âme. Je croyais reconnaître une chaise en plastique rouge, le rouge des cubes que Jean-Luc Moudenc a dispersés rue Alsace-Lorraine, et dont la laideur nous a inspirés. Je pensais à la chaise de Giscard. Je me disais que Jean-Luc Moudenc s'était assis sur cette chaise renversée. Aurait-il dû sur du rouge ?

Enfin, recru de méditations, je regardais au bas de la porte. Des enveloppes avaient été glissées dessous, de manière que je ne pouvais y atteindre.

En m'accroupissant, cependant, je déchiffrais JEAN-LUC MOUDENC.

Par delà sa défaite, on lui écrivait.

Tel Swann regardant l'enveloppe de la lettre qu'Odette de Crécy lui avait demandé d'envoyer à Forcheville, et désirant, j'examinais... Ma situation était spécialement difficile car cet amoureux pouvait toucher la lettre, et, la plaçant devant une lampe, deviner son texte tandis que j'étais séparé de l'objet de mon désir par une vitre devant laquelle des gens passaient. Plus prisonnier des dehors que je ne l'eusse été dans la caverne de Platon, je pouvois seulement voir.

Je distinguais une lettre adressée par un opérateur téléphonique. S'agissait-il de l'annonce de la clôture de l'abonnement de la Permanence... Cela m'importait, somme toute, assez peu. Les autres enveloppes, manuscrites, étaient si désirables ! Elles portaient, en plusieurs écritures : Monsieur Jean-Luc Moudenc.

Au haut de la porte vitrée au bas de laquelle j'étais accroupi, ce nom s'étalait, pour le public, en très grosses majuscules d'imprimerie. Il annonçait la Permanence. Sous la porte, destiné à l'homme particulier, ayant traversé le seuil, il apparaissait en diverses écritures manuscrites, fragiles, humbles, fidèles et mystérieuses.

Que pouvait-on désirer écrire à Jean-Luc Moudenc ?

J'imaginais des femmes. Certaines, douloureuses à l'idée de ne plus le voir maire, lui offraient la consolation de leur parole. Des Consolantes se glissaient sous la porte. D'autres, avides des charmes de l'ancien maire, et excitées malgré sa chute, lui faisaient des propositions pour ses prochains moments de liberté. Il pouvait aussi s'agir d'esprits politiques qui, dans le flot haineux qui emporte les vaincus, lui présentaient leur soutien particulier. Ces lettres étaient peut-être aussi le coup de pied de l'âne. Comment savoir ?

Je photographiais leur petit tas. J'installe leur image sur l'Astrée, afin que les , les visionnant, vivent, au monde, ma curiosité.

La toile donne à voir, et réciproquement, la visibilité du lisible, l'illisibilité du lisible, l'impossibilité du possible, c'est-à-dire, à tout hasard, l'être en désir.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Dernières lettres à Jean- Luc Moudenc 8:53 dans

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