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« Le t manquant de catleya I »

lundi, 7 avril 2008

Le t manquant de catleya I

Longtemps, je me suis couché avec bonheur moelleux dans l'écriture de Marcel Proust. J'en voyais mal les trous.

J'ai cru à catleya de bonne foi.

A la fin du premier tiers d'Un Amour de Swann, dans une voiture, quelques fleurs de catleya, déséquilibrées sur le corps d'Odette, aident au passage à l'acte charnel. Swann et Odette, ensuite, s'entendent pour dire : faire catleya...

Il fallait apparemment la voiture discrète, une orchidée déplacée, le pollen, la parole, pour que Swann pût s'aventurer dans le corps d'une femme qui n'avait pas l'habitude que les hommes fissent avec elle tant de façons. Une chose singulière, son nom, un bredouillis de phrases étaient indispensables pour catleya.

J'admettais qu'il en fallût tant pour atteindre, par médiations, le sexe d'une femme. Je me ravissais de l'idée, de sa complexité, des multiples sens et formes de l'orchidée, des dédales, la fleur même employant maints insectes à la perfection solitaire de l'acte. Je souriais qu'il fallût que les choses fussent aux mots, les mots aux choses, et que s'entremêlassent bien signes en chair, et chair en signes, pour que Swann, tel Jupiter après métamorphose, pût pénétrer.

Je me plaisais au bonheur moelleux de tout ce réel bien tissé.

Lord Cattley, rencontré sur la toile, me mit pourtant sous l'oeil un t inattendu. Du nom de ce botaniste anglais du début du XIX ième siècle, étalé brusquement devant moi, je dus constater que Marcel Proust avait ôté un t.

Je l'ignorais. Pauvre de moi !

Lequel des deux t avait été ôté ? Comment savoir ? The first ? The second ?

La critique est obscure. Malgré les tomes de tant de thèses entassées, rien de net !

Quel des deux t ?

Bien et mal entendu, autre question : pourquoi Proust a-t-il amputé l'orthographe de Lord Cattley ? Cet honorable sujet de sa gracieuse Majesté l'avait-il mérité ?

On peut avancer la coquille.

Marcel Proust, pourtant, n'erre guère sur les orthographes complexes des noms. Et catleya apparaît maintes fois dans son livre. Toujours avec un seul t.

Swann, en revanche, est équipé d'un n de trop, si l'on veut admettre que le cygne en anglais est, pour moitié, avec Reynaldo Hahn, son origine. Ce double n éloigne Swann un peu du cygne, le fait donc mieux percevoir, installe surtout ce redoublement final, qui clôt et prolonge un nom qui commence par deux redoublements consonnantiques (S et W), encadrant l'unique et trinitaire A. Ainsi A, sans avoir dette à l'oméga, paraît entre les doubles... Oh ! Oh !

Tenons que Proust trafique aux lettres. Tenons aussi qu'il ne s'explique pas. C'est plus sexe !

A suivre

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le <i>t</i> manquant de catleya I 22:26 dans Littérature

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