accueil présentation contact portfolio ultraprivé mail
L'Astrée L'Astrée événements présentation portfolio Guallino

« Le t manquant de catleya III »

samedi, 12 avril 2008

Le t manquant de catleya III

Un t manque à Catleya

Lequel ?

Qu'importe ? Il y a, chez Proust, un t sur deux d'ôté à Cattleya. C'est constaté.

On peut vouloir interpréter. La comparaison cattleya/catleya fait apparaître entre des lettres un trou. Ce trou figure peut-être le manque nécessaire à l'acte érotique. Ne le faut-il pas au chat ou à la chatte pour que ça se produise... Dès lors...

Passons.

Le trou montre l'activité du narrateur-écrivain. Ce trou est sa trace. Elle le manifeste.

Assurément, ni Swann, ni Odette n'ont troué. Le mot Catleya, avec cette défiguration du nom de l'honorable anglais, ne figure pas dans une de leurs lettres, sous leur plume. La voiture qui les emporte et son chaos sont également innocents : s'ils sont capables de déplacer le corps d'Odette et les orchidées la décorant, ils ne peuvent enlever le moindre petit morceau du mot. Personnages et événements représentés sont ici impuissants en matière de faute d'orthographe. On peut les accuser de tout, hors ce crime de lèse-majesté : ôter un t !.

L'écrivain seul ôte un t.

Or, il l'ôte au nom précieux, car étranger, d'une fleur rare, qui procède du nom d'un individu quelque peu mystérieux, pour nous français, car anglais : Lord Cattley.

Il intervient sur un nom étranger dans la langue qu'il emploie. Il ne s'y abandonne pas. Il le métamorphose discrètement par sa faute.

Ainsi, l'écrivain ne se contente-t-il pas de rêver sur un nom. Surtout, il ne lui ajoute pas des épaisseurs et des extensions par empâtements poétiques divers. Il ne se satisfait pas comme le "je" de La Recherche du temps perdu - trop longtemps peut-être pour un écrivain futur - de rêver sur le nom de Guermantes, de lui associer des couleurs, des sons, des histoires de France ou d'ailleurs. Il intervient. Il troue un nom. Et ce petit manque provoque apparition. La faute d'orthographe fait catleya.

Bergotte, quand il considère la Vue de Deft peinte par Vermeer, découvre que sa qualité provient d'un petit pan de mur jaune. Là, nulle forme particulière n'est représentée. Ce petit pan est vide de toute forme. Il n'informe pas par un dessin. Cette simple et modeste surface colorée est un trou dans la représentation, puisque là rien n'est représenté. Or, c'est de ce trou que procède la lumière qui fait apparaître la vue de Deft comme oeuvre.

Mais le petit pan, dans le tableau de Vermeer, n'existe pas. Le peintre de l'Allégorie de la Peinture ne l'a pas peint. On l'a cherché. On a formulé quelques hypothèses. Mais à bien examiner le tableau, une fois fait l'inventaire des petits pans possibles, la critique a dû reconnaître que le pan n'existait pas.

Donc, l'écrivain-narrateur nous prive d'une information. Ce qu'il nous dit c'est que Bergotte a vu le pan, et son effet. Ce qu'il ne nous dit pas, c'est qu'il n'y a pas de pan. Ainsi peut-on d'abord croire au pan, comme on peut d'abord croire à la justesse de l'orthographe de catleya. Mais qui a repéré le t ou le pan manquant, comprend que l'acte réel de l'écrivain, son acte décisif, ce par quoi il se manifeste et tranche, c'est le manque réel du t et du pan.

Bergotte croit au pan, mais pas l'écrivain-narrateur de la Recherche. Des deux pans, un seul est visible (ou plutôt lisible) : celui de Bergotte, L'autre est invisible (ou illisible) : celui de l'écrivain-narrateur. Mais, c'est le second pan, qui, montrant l'illusion du premier, manifeste l'erreur charmante de Bergotte, sa faiblesse d'artiste, et fait leçon d'écriture. Comme Elstir, qui cesse d'être peintre, quand il croit qu'il lui suffit d'être amoureux de sa femme et de représenter son contentement d'elle pour peindre, Bergotte adhère à son rêve. Il ne crée pas. Il ne choisit pas de trouer ce qui l'enchante et le tue.

L'artiste ne bourre pas Odette, par l'interdémiaire d'un Catleya. Il ôte parfois un t à la charmante langue. Il ne s'abandonne pas à sa métamorphose comme le fait Jupiter même, par exemple en cygne, ou, si l'on veut parler anglais, en swan. Il métamorphose, par exemple un nom, qui semble porter le troupeau de bétails (cattle), en faisant poindre, hors reportage et mots de la tribu, un cat, donc tout un monde.

L'écrivain-narrateur n'a-t-il pas tiré son livre entier d'une tasse de thé ?

Nous soutiendrons que, littéralement et dans tous les sens, c'est du t volé à lord Cattley pour faire catleya.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le <i>t</i> manquant de catleya III 22:35 dans Littérature

Cet article est incommenté. (le commenter ?)

Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...

Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)

Ces informations :


Quelques commentaires sur les commentaires

Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.

Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.

Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.

Site d'Emmanuel Riboulet-Deyris (contact) | MT 3.16 | XHTML 1.0 | CSS
Ce site, hébergé par le très agréable Lost-Oasis, est sous licence Creative Commons.
Syndication : flux RSS 1.0 RSS 2.0 | flux de commentaires XML | Atom XML | L'Astrée remercie Patrick Guallino.