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« Parler d'abîmes et de livres »

dimanche, 6 avril 2008

Parler d'abîmes et de livres

Quand on désire parler d'abîmes et de livres, mieux vaut ne pas aller chez leurs professionnels. Les vanités, les haines, les peurs, les stratégies de silence ont fait leur oeuvre parmi ces gens. Les batailles qui règnent sont trop continues pour que s'ouvrent les gouffres où nagent et se déploient les livres, comme de grands oiseaux inverses.

Aux abîmes, parmi ces gens, on préfère les surfaces, parfois pliées, où se livrent les combats. Des postes sont à prendre. Des carrières s'organisent. Des rangs innombrables et rares sont à conquérir. Les livres et les abîmes sont employés à briller, battre, achever, tenir, maintenir, consolider. On enrôle les profondeurs par étalage. Les textes sont des munitions. Les merveilleux écrivains font des blindages ou des canons. On s'étripatouille.

Dans un bar, un quartier dit sensible, au contact de quelque chômeur aventureux, parmi des cancres, souvent, on m'interpelle sur Dieu, le Diable, des rages d'être, des vieux livres, des essais d'illuminations. On boit à la nuit. Suffit que je sorte du Métro, dans le quartier du Mirail, à Toulouse, pour que des individus engagent débat théologique. Je rencontre des marcionites à Bagatelle, des Cathares à Fougax-et-Barrineuf, des restaurateurs de Ra au cimetière du bout de ma rue. Plusieurs fanatiques d'Apollinaire, avec des casques sur la tête, ont des réunions, la nuit, dans le kiosque de la Place Pinel. Au bar Populaire, rue de la Colombette, on s'excite sur le silence, que mon boucher pratique un mois par an. Suffit que je rencontre mon ami Moïse, dans un bar, ou sur un marché, pour que Debord soit en débat, ou que je doive m'initier à la métaphysique d'une chanteuse Punk. D'autres fois, un berger arménien, parmi les menhirs de Karraounch, m'attaque sur le Soleil. Quand je m'installe dans une gare avec un livre traitant de la Trinité, un type me critique Saint Augustin.

Je me souviens d'une conversation fine sur l'âme avec une stripteaseuse qui présidait avec moi le concours du Nu de Gragnagues, du temps où il existait.

Si je m'enfourne dans des colloques, des salles de professeurs, des couloirs d'Université, des réunions d'artistes ou de gens de culture, on est aimable, on se déteste. Les métaphores expliquées pendent dans les placards, comme des écorchés.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Parler d'abîmes et de livres 18:54 dans L'époque

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