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« Qu'ont-ils fait de notre trou ? »

lundi, 14 avril 2008

Qu'ont-ils fait de notre trou ?

Nous avions creusé un trou place Marius Pinel.

De ce trou, nous tirions la terre que nous distribuions en divers points du monde.

L'Espagne, l'Irlande, l'Ouzbékistan, Strasbourg, Rome ont reçu de cette terre.

C'était un trou modeste, mais in progress.

Nous y avions trouvé des vers.

En ce lieu précis, à faible profondeur, nous escomptions recueillir de la vraie terre de la place Pinel. Un raclage n'aurait pas suffi. Nous n'étions pas confiants. Quels fondements ? La question de la vraie terre avait été posée, méditée, creusée, et nous avions parié sur le trou, comme Pascal sur Dieu. Nous espérions la présence réelle de la Place en cette extraction de la Place.

Nous creusions. Nous espérions creuser longtemps. Nous espérions, au bout du compte – mais le compte aurait-il un bout ? – approfondir la place Pinel, passer derrière elle, la retourner, comme un tableau, un petit pan, ou une pomme de terre. Peut-être pourions-nous pénétrer, sinon sa matrice, du moins, comme Saint Antoine, sa matière.

Denis Favennec et moi, jeudi matin dernier, quelques heures avant la présentation des Ménines à des jeunes filles, en parcourant une nouvelle fois la pelouse libre de la place Pinel, nous avons pu constater l'obstruction du trou.

L'acte avait été accompli avec soin, de manière déterminée, totale.

Un oeil inattentif pouvait passer place Pinel sans repérer l'ancienne présence du trou, et l'obstruction.

Non seulement le trou avait été bouché, mais de l'herbe par dessus s'étendait. On avait résolument bourré le trou de terre, et, pour tout effacer, pour anéantir notre acte, on avait installé une plaque herbue. Désormais, les chiens pouvaient courir, les bambins pouvaient gambader, les merles, même à tête blanche, pouvaient passer : Circulez, plus rien à voir.

Je présume que les auteurs du bouchage sont des employés municipaux.

Je les imagine constatant le trou, inquiets quant à la sécurité des enfants, des chiens et des merles, mais également soucieux d'esthétique globale, procédant méthodiquement, en toute conscience, dans la certitude de l'approbation de leurs chefs, des sous-chefs, de Dieu, et du maire, très probablement du corps électoral, y compris les absentionnistes, pour ce rebouchage légitime et légal.

Quoi un trou !

L'affaire est-elle remontée jusque dans les bureaux ? Un dossier est-il passé par des couloirs ? Un ordinateur a-t-il classé dans ses fichiers multiples une photo du trou, la quantité de terre herbue nécessaire pour le combler, la commande, les tarifs, un bilan de l'action accomplie ? La police a-t-elle été prévenue ? Les coupables sont-ils recherchés ? Pierre Cohen, ou même la Permanence de Jean Luc Moudenc, ont-ils été informés? Le préfet est-il intervenu ? A-t-il été demandé à Carla Bruni de faire de son mieux ?

J'imagine, dans les dédales du château, remonter la question du trou.

Que faire, chef, d'un trou ? Que fasem with this hole, my god ?

I ) Hypothèse rétropolitique

On pourrait déceler dans ce soigneux rebouchage l'acte premier de l'équipe municipale de Pierre Cohen.

Dès son arrivée au Capitole, le successeur de Jean-Luc Moudenc n'a-t-il pas placé son projet sous le signe d'une restauration des anciens règnes socialistes ? N'a-t-il pas évoqué les noms de Jaurès, de Badiou, et surtout de Jean Montariol, le prestigieux architecte de notre Kiosque ? Il ne serait pas étonnant qu'il désire s'illustrer place Pinel, dans ce chef d'oeuvre toulousain des vieux temps de gauche.

Depuis l'érection du Kiosque, sont apparus une école en préfabriqué, l' Espace Canin, le boulodrome, la nouvelle aire de jeux des enfants, le rehaussement des environs du kiosque, l'inscription quasi centrale d'une fontaine... Le trou était de trop.

Le boucher, rétablir sur cet espace, un peu de l'ancienne place, c'est déjà restituer l'ordre ancien. Après cet acte, la municipalité renversera peut-être l'Espace canin, l'aire de jeux, le boulodrome, voire l'école primaire, libérant les chiens, les boules, et les enfants pour rétablir l'intégrité pinélienne du temps de Montariol et du Front Populaire.

Nous jouirons d'un vaste espace carré, avec Kiosque au centre strict et étoilement de chemins menant au centre depuis chaque angle du carré. Nous retrouverons l'utopie.

II ) Hypothèse sécuritaire

Le trou aurait effrayé les maîtres actuels de la place Pinel.

D'abord, ce trou est dangereux pour les merles cherchant des vers, pour les vers mêmes, pour les enfants, les chiens, et les dames. On n'imagine pas les accidents variés que provoque un trou. Boucher est du devoir des responsables. Qui pense et pèse bouche.

Ensuite, le trou, en tant que trou, effare.

Dans l'étendue d'une place paisible, il bée. Désormais, par lui, quelque chose évidemment manque. Un événement peut se produire. Un pore par où germe l'histoire, passe le rhizome, se rencontrent les atomes, s'effondre la statue boulonnée de Dieu, existe. L'acte philosophique même, qui consiste à tomber dans le puits en regardant le ciel étoilé, à se créer con, devient envisageable. Or, rien de plus effarant pour les maîtres que l'acte philosophique concret. Ils doivent à tout instant sauver Dieu, l'idôle, le contre-sens fait Dieu. Ils doivent rendre continuellement le sol sûr, et goudronner l'Evangile.

Quiconque creuse un trou, s'il n'agit pas pour raison économique, par exemple minière, est un suspect qui fuit. Le creuseur de trou est anarchiste en acte, évadé, poète. Il trouble l'ordre plat qui fait le socle des statues.

Quel adulte creuse un tel trou ?

Il faut reboucher d'urgence tout semblable trou d'homme en le supposant d'enfant.

Donc de la terre ! Beaucoup de terre !

De l'herbe dessus. Beaucoup d'herbe. Beaucoup de superbe herbe.

Douste-Blazy même rêvait de mettre de l'herbe, encore de l'herbe, au dessus du trou creusé par l'explosion de l'AZF...

Qu'on n'y voie rien !

La municipalité de Pierre Cohen, par l'intermédiaire de ses agents Place Pinel, rompant avec l'étonnant kiosque vide de Jean Montariol, reconstruit, motte à motte, avec une écologique douceur verte, l'effroyable château du plein. Contre elle et contre toute pierre de pouvoir, il faudra, dans le discret pays du Ptyx montariolesque, creuser encore.

III ) Hypothèse panique

On peut les croire artistes

Ils n'ont pas voulu cardinalement boucher. Ils ont étalé à nos yeux, sur notre trou, la petite plaque de terre herbue.

Ils nous donnent à contempler ce petit pan d'herbe verte.

Répondant à notre travail incessant de creusement, de quête d'authenticité, d'aspersion apparemment religieuse de la terre au monde, ils nous présentent une surface, possiblement arrachée en un lieu quelconque de la place Marius Pinel, ou – ce qui est remarquable – de n'importe où. Ils l'ont installée en lieu et place de notre enfoncement vers l'authentique. Ils ont opéré une greffe de peau sur notre forage ontologique.

Dès lors, nous devons observer ce petit pan de terre verdie, nous en nourrir l'âme, et, peut-être mourir, en disant : pan de terre, pan de terre.

Ils ont accompli la pinélisation de la place Pinel en la place Pinel même, par un bout de la place Pinel, qui peut-être n'en est pas un. Ils ont bouclé, par effet surface, l'évidence. Ils ont capitalisé en étendue notre effet profondeur. Ils ont délicatement retourné notre tentative ontologique en acte pensif de la présence, donc en art : chapeau !

En somme, ils nous forcent à la place.

Ils nous contraignent à goûter, non la pomme du jardin d'Eden, mais platement si l'on peut dire, et bêtement, la pomme de terre.

La panique peut prendre.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Qu'ont-ils fait de notre trou ? 22:16 dans Place Pinel

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