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« La question des bancs »

vendredi, 9 mai 2008

La question des bancs

Lors de l' Assemblée de Pasteurs place Marius Pinel, dimanche soir, Paolo Morlachetti a posé la question des bancs.

Quelle place leur donner dans notre pensée de la Place ?

Depuis longtemps - il faut le reconnaître l'Astrée l'évite. Nous avons insisté sur le Kiosque, l'Espace canin, la terre et ses profondeurs. Nous avons esquissé l'étude des inscriptions. Jamais nous n'avons abordé les bancs qui sont pourtant nombreux, place Pinel, dans le boulodrome, l'aire de jeux des enfants, et autour de cette aire.

Il est vrai qu'existe là tant de réel... Comment traiter ? L'Astrée, par exemple, ne s'est pas encore lancée dans la numérologie pinélienne, pourtant présentée un jour devant les caméras de FR 3. L'étude des rues débouchant sur la place est laissée à l'abandon. Rien d'un peu précis n'a été proposé pour la structure du boulodrome. Comment douter que nos lecteurs ne soient avides d'avoir des descriptions et, surtout, des élaborations théoriques, quant aux fontaines, et à leur déplacements ? Mais l'Astrée paraît dépassée, tant la recherche est lente, l'espérance violente, et changeante, hélas, la forme de la Place.

Deux types de bancs la peuplent.

Les bi et les mono.

Tout banc bi permet à deux assis au moins de se mettre dos à dos et de regarder dans des directions opposées. Tout banc mono juxtapose ses assis : s'il y a deux assis au moins, ils sont côte à côte, et peuvent regarder ensemble dans la même direction.

Deux façons d'être avec autrui sont donc proposées.

Pour l'une, il est possible de s'installer dos à dos, de demeurer longtemps, et ensuite, par un mouvement de rotation plus ou moins partielle du corps, d'entreprendre une conversation. Il faut tourner pour se parler, mais le silence est permis sans gêne, puisqu'on regarde dans deux directions opposées. En somme, la conversion est nécessaire pour l'échange, mais rien n'y force. Une longue paix de silence peut être maintenue.

Dans l'autre cas, tourner n'est pas nécessaire pour engager la conversation. Un léger glissement latéral des corps, une modification modeste de la position des têtes, et l'ouverture des bouches suffisent. Tout y invite : l'identité de direction des regards multiplie les raisons de se parler. N'a-t-on pas vu en même temps un même enfant monter dans le Kiosque ? Ne contemple-t-on pas une identique Aire de Jeux ? Le prétexte est devant les yeux et la parole n'exige qu'un mouvement léger. En somme, le glissement est au principe de l'échange. C'est d'autant plus aisé que ces bancs, avec leur forme chaloupée, offrent aux fesses, aux dos, à tous les membres un bien meilleur confort que les bancs bi. Disons le : ces bancs sont conviviaux. On peut même s'y enlacer et pique-niquer. Ils invitent à la mollesse des corps, aux douceurs commodes, aux mélanges, ce que nous semble dire la marque ostensible qu'ils portent : le Centaure.

Pour le pasteur Paolo Morlachetti, dont l'origine italienne témoigne qu'il ne s'effraie pas des délices, deux manières humaines d'échanger sont proposées par les bancs de la place Marius Pinel.

Les meilleurs spécialistes le suivent.

Ils ajoutent même, dans son sillage, que ces bancs font méditer sur l'histoire récente de l'humanité, tant il est vrai que les bi sont manifestement plus anciens que les mono. Ces derniers occupent l'espace extérieur au boulodrome, dispersés qu'ils sont autour de l'Aire de jeux, et même, avec un modernisme encore plus net, dans l'Aire de jeux. Place Pinel, avec le temps, on passe par eux de la rotation au glissement. On va de l'effort au sympa. Le silence devient difficile.

Peut-être faut-il lire dans la présence récente des bancs Le Centaure une montée en puissance d'un néo-paganisme qui trouble la distinction homme-animal, et ramène l'homme aux désirs premiers. Les autres bancs, dont la barre supérieure peut être détachée, affirment la séparation, la rupture, et la possibilité, non nécessaire, d'un accord. En somme, ces bancs cantonnés dans le boulodrome, admettent la solitude et la séparation.

Faut-il choisir ?

Faut-il se résigner au règne moderne des bancs mono, et renoncer aux bancs bi pour cause de vieillerie ? Faut-il chevaucher toujours les centaures qui peuplent les abords de l'aire de jeux et s'éloigner du boulodrome ? Faut-il croire à la possibilité seule de l'amour par regard dans la même direction ? Nous ne le croyons pas.

Le mantien des bancs dans le boulodrome, où s'entrechoquent admirablement les boules, rappelle la nécessité de la distance et de la coupure. Si le rapprochement par glissement est nécessaire, si l'on peut se réjouir souvent de l'abandon au Centaure, l'amour procède de la conscience des directions opposées. Pas de rencontre sans contradiction. A la sagesse de l'Aire de jeux, le Boulodrome répond par la prise de risque, et par la foi : il faut s'arracher à sa direction pour rencontrer la présence inconnue. Il faut s'aventurer à la conversion pour connaître le visage divers.

La place Marius Pinel, en maintenant les bancs sous leurs deux espèces, accorde les perspectives. Elle est une méditation en acte sur l'un et sur le double. Elle associe le message marial, pensé en sa virilité, avec la pine qui se fait aile, ce qui est la belle condition de l'échange à l'ange. Elle nous rappelle qu'il faut glisser et qu'il faut se tourner pour la réelle rencontre. La communion suppose le léger glisser des présences proches et le grand retournement des directions. Il n'est d'Evangile que par la pierre retournée et la parole partagée. Pour cela, il faut de la place.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La question des bancs 19:05 dans Place Pinel

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