« Le maintien de la Permanence »
dimanche, 4 mai 2008
Le maintien de la Permanence
Plus d'un mois après la défaite de Jean-Luc Moudenc aux élections municipales toulousaines, sa Permanence demeure.
Je me rends régulièrement devant l'hôtel de l'Ours blanc pour constater le phénomène.
Parfois, avec mon ami Sébastien Lespinasse, je me fais photographier là par un passant.
Je commence sérieusement à envisager de m'y faire photographier tous les jours par des passants renouvelés.
On verra mon visage maigrir, mes cheveux tomber, mon nez se tordre, mes muscles fondre, et je deviendrai squelette, mais la Permanence demeurera.
Il est très beau que la Permanence demeure.
Jean-Luc Moudenc eût pu, dans un geste d'amertume l'anéantir au soir de la défaite. Il a su se retenir.
Où irions-nous sans la Permanence ?
Quelle pensée fonder ? Quele morale maintenir ? Quelles errances même vivre ?
La Permanence de Jean-Luc Moudenc fait résistance au temps qui emporte tout, aux fascinations pour l'éphémère, au chaos. Elle ne s'oppose pas au passage. Elle n'est pas bêtement un obstacle. Non, les passants passent. L'existence anime ses mobiles. L'oeuvre si héraclitéenne de Giscard - le Passage - n'est pas dénigrée. Montaigne peut continuer à peindre non pas l'être, mais le passage. Jean-Luc Moudenc maintient, voire encourage le passage. Sa Permanence veille sur lui. Elle lui donne magnifiquement sens. Elle n'impose pas l'idolâtrie de l'immobile.
Aussi est-il nécessaire de recourir aux passants - ces merveilleux êtres du passage - pour fixer photographiquement la présence des témoins et passeurs de la Permanence, dont je m'honore d'être.
Fixer par passants le visage d'un témoin, lui-même mouvant, de la Permanence, n'est-ce pas accorder un acte poétique amical à la résistance de Jean-Luc Moudenc ? N'est-ce pas lui fournir mobile ?
Nous étions nombreux, au soir de la défaite à attendre un appel. Nous espérions prendre le maquis. Déjà nous imaginions nous enfoncer dans les épines et la place Pinel pour défendre l'essentiel. Quelques uns furent ébranlés par le silence de Jean-Luc. Le presse nous apprenait qu'il s'était retiré dans la montagne avec sa famille. Comme nous ne pouvions croire qu'il fût un Zarathoustra, l'angoisse nous prenait comme devant le tombeau refermé sur la Parole.
Mais Jean-Luc Moudenc maintient la Permanence.
Il ne dit rien. Il ne fait apparemment rien.
Il maintient la Permanence.
Face à l'Ours blanc, parmi les passants anonymes, et alors même que les objets s'effondrent derrière les vitrines qui portent toujours son nom, il marque là ce qui nous manque. Il nous installe dans la veille. Le poème est cette présence résistante du retrait qui fait visage.
Yves Le Pestipon |
22:19 dans
Jean-Luc Moudenc
, L'époque
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