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« Le Rat de ville et le Rat des champs I »

dimanche, 25 mai 2008

Le Rat de ville et le Rat des champs I

Il y a danger aux Champs.

Dans L'Hirondelle et les Petits Oiseaux, quand l'Homme sème du chanvre, il est bon de croire au mal qui peut venir...

Deux fables plus loin, un Agneau qui se désaltère, dans le courant d'une onde pure, apprend, mais un peu tard, que des Loups vivent aux lieux bucoliques...

Le Rat de ville et le Rat des champs, porteur apparemment d'un rêve utopique rustique, est corrigé par les fables qui l'encadrent. Les champs ne sont pas le salut. Il ne suffit pas de se mettre au vert pour goûter le plaisir.

Par son dispositif, La Fontaine évite au lecteur, qui veut lire, d'imiter strictement le Rustique. Compositeur du Livre, il avise de ne pas trop croire au paradis des champs, alors même qu'auteur de la fable, à la suite d'Horace, il fait écouter la parole critique contre le bruit.

Ainsi s'engage, de fable en fable, un travail de corrections, qui fait pensée, méthode de pensée, et plaisir, et que rien ne vient corrompre, car rien ne vient l'interrompre, en raison même du choix clair des ruptures de fable à fable. Le mouvement de pensée est léger, divers, rapide, vif. Il est, dans la discrétion de la lecture, qui plie et ne rompt pas, loin du monde et du bruit...

Ce bruit, dans Le Rat de Ville et le Rat des champs, est le fait de l'Homme.

La gravure de Chauveau, en l'édition originale, le montre : à l'arrière-plan, un Homme ouvre une porte et entre dans la pièce où se régalent les Rats devant une table couverte d'un luth et de livres. Peut-être cet Homme n'a-t-il pas le projet de nuire aux Rats. Peut-être vient-il jouer ou lire... Qu'importe ? Qu'il soit artiste ou tueur, en passant la porte de la salle, il dérange. Il est dangereux.

Cet Homme succède à un autre, qui est visible dans la gravure de L'Hirondelle et les Petits Oiseaux. Il est au second plan, lui aussi, mais, occupé à semer un champ, parmi des arbres, et il tourne le dos à l'éventuel spectateur.

D'une fable l'autre, l'Homme se retourne. Il entre. Celui qui travaillait à l'éventuel piège à prendre les oiseaux, vient faire du bruit. Ainsi, ces deux textes, qu'encadre largement le dispositif réflexif constitué par La Besace et L'Homme et son image, participent du procès fait à l'Homme dans l'ensemble des deux Recueils de la Fontaine.

Il ne faut pas aller trop loin, cependant... Nous ne lisons pas encore ici L'Homme et La Couleuvre, première fable du livre X, où l'Homme est fortement désigné comme celui dont il faut se plaindre seulement.

Le Loup et l'Agneau ne montre pas un Homme. Ce n'est pas un Homme qui emporte et mange au fond des forêts le corps sensible de l'innocence.

La place de l'Homme y est prise par le Loup, qui survient à jeun, et ne se contente pas de pousser la porte, ou mène de semer du chanvre qui pourra éventuellement nuire aux petits Oiseaux. Le Loup emporte l'Agneau. Le Loup n'est pas l'Homme. Doit-on en conclure que l'Homme n'est pas le Loup ?

Peut-être pas.

Le Loup prend la place de l'Homme car le Loup comme L'Homme, dans le Rat de Ville et le Rat des champs, interrompt le plaisir d'autrui. Sans la survenue du Loup, ou sans le bruit suscité par l'Homme, les Rats ou l'Agneau auraient continué à manger ou à se désaltérer.

Donc le Loup est quelque peu Homme, et l'Homme est quelque peu Loup, suggestion, ni pascalienne, ni hobbesienne, et plus nuancée que l'affirmation de La Rochefoucauld dans un texte célèbre des Maximes et Réflexions diverses. Chez La Fontaine, le Loup est une bête cruelle, tandis que l'Homme entre apparemment pour jouer du luth, ou lire; mais Le Loup fait un procès, comme le ferait éventuellement l'Homme, et il parle, et aime parler, puisqu'il ajoute au plaisir de manger l'Agneau le plaisir, apparemment inutile, mais visiblement vif, de l'écraser par la parole. C'est là dessus, donc littéralement, sur la parole même, telle qu'elle paraît dans le procès, qu'il l'emporte et le mange.

Ainsi Le Loup, qui n'est pas un ange, mais une bête, en ce repas non pascal, est-il en quelque manière l'Homme, cet animal parlant, mais il n'est pas l'Homme...

L'Homme n'est pas le mal. L'Homme n'est pas le Loup, mais peut apporter le mal par intention ou sans intention, comme il apparaît à la huitième puis à la neuvième fable du premier Livre. Pas davantage que les Champs ne sont l'espace parfait de l'absence du mal, ne sont pas le bien, et sont dangereux, l'Homme est dangereux, sans être le mal.

Comment vivre avec cela ? Comment croire le mal avant qu'il soit venu ? Comment se prémunir ? Comment être sage en ce monde divers, en tout divers, c'est-à-dire maintenir sa liberté, goûter le plaisir, vivre ?

Comment demeurer sans trouble s'il n'est pas de lieu absolument sans le mal, et si l'Homme, qui peut être Loup, est aussi inventeur de délices ?

Le Rat de Ville et le Rat des champs, fable intermédiaire entre Le Loup et l'Agneau et L'Hirondelle et les petits Oiseaux, y aide. Nous l'allons montrer tout à l'heure...

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le Rat de ville et le Rat des champs I 9:38 dans La Fontaine

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