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« Retour à Fougax-et-Barrineuf »

samedi, 10 mai 2008

Retour à Fougax-et-Barrineuf

Je viens de revenir à Fougax-et-Barrineuf.

Je ne dirai pas tout.

Je dirai même très peu. Le réel déborde. La magie poétique fait surgir trop de fleurs aux vases du monde. Quelle parole peut dire tant de roses ?

Au printemps 2003, je fis paraître aux peu célèbres éditions Clapotements, un livre qui ne fit pas grand bruit : Samuel Beckett à Fougax-et-Barrineuf. J'en fus pourtant récompensé, mais hors la gloire. Un de mes prix est ce retour.

Ce livre contait la recherche, par son auteur et quelques amis, de la présence de Samuel Beckett à Fougax-et-Barrineuf, dont parle Winnie dans Oh les beaux jours. Cela nous valut de grandes découvertes, dont celle du Concentrateur cosmique dix-neuf trous, qui produisit à son tour force actes, dont l'admirable Marche de la poésie de Montolieu au printemps 2003.

Des poètes se souviennent.

A Fougax-et-Barrineuf, j'ai d'abord revu le Fougax.

La forme d'une ville, change plus vite hélas que le coeur d'un mortel.

Le Fougax, pour moi, était stable. N'allais-je pas jusqu'à soutenir qu'il était le bar où les Cathares, descendant du château de Montségur assiégés par Simon de Montfort, étaient allés prendre un verre, et avaient perdu le Graal, retrouvé par nous dans une poubelle, de l'autre côté du ruisseau de Saint Nicolas, sous la forme du Concentrateur cosmique dix-neuf trous ? Je croyais à l'éternité du Fougax.

Bien entendu, j'en savais l'éphémère. J'avais lu Lucrèce et Diderot. Mais mon savoir n'atteignait pas les zones où ma croyance s'établissait. Certes, dans mon livre, j'ai décrit le Fougax, littéralement et dans tous les sens, par le menu, si bien qu'on pourrait m'imaginer avoir combattu le Temps. Mais mon livre n'est pas un monument. Ce n'est pas une pierre contre l'oubli. Je n'écris pas par devoir de Mémoire. Je voulais seulement indiquer aux lecteurs les puissantes raisons qui nous faisaient visiter ce lieu fécond en coïncidences, et si merveilleusement propre, par son robinier, dans sa cour, à accueillir les effets du propos de Winnie : le clos derrière la maison...

J'écrivais aux feux du neuf. Je ne croyais pas ce que je savais. Comment vivre autrement ?

La publication de mon livre m'a valu la rencontre de la famille Moulis qui possède la maison face au Fougax.

Comment ce livre leur est parvenu m'étonne.

Il a fallu qu'il fût abandonné, par un inconnu, dans un salon de la Préfecture de Toulouse, qu'Isabelle, passant par là, s'en emparât, le lût, mît toute sa famille à le lire, tant il parût étonnant aux Moulis qu'un livre d'un inconnu se consacrât à explorer leur pas de porte. Ils contactèrent Yves Chenut, son éditeur, qui me fit passer le message, si bien que la maison qui fait face au Fougax - le numéro 24 de la rue - m'est désormais ouverte. J'y ai contemplé, depuis diverses fenêtres, le robinier, le clos derrière la maison, les murs, les nombres.

Ajouterai-je que les Moulis procèdent du coeur poétique de Fougax, puisque Adelin Moulis, l'oncle d'Alain Moulis, propriétaire actuel de la maison face au Fougax, écrivit maints livres en français et en occitan.

Voici, en dialecte ariégeois, quatre de ses vers, puissants pour moi, depuis que nous avons trouvé une paillette d' or, un matin de Pâques, dans un ruisseau de Fougax-et-Barrineuf, ce qui nous mena au Concentrateur cosmique :

Dins l'aire perfumat pujabo l'armounio

De las campanos que s'aussission batanà.

Ero Pascos : uno diusenco pouesîo

Gisclabo de pertout per pertout birounà.

Dans l'air parfumé montait l'harmonie

Des cloches qu'on entendait sonner à toute volée.

C'était Pâques. Une divine poésie

Jaillissait de partout pour tournoyer partout.

Ces vers, pour moi, sont exacts. Ils le demeurent. Le vrai poème s'expérimente.

J'ai donc revu, depuis la maison des Moulis, et en m'y aventurant, le Fougax.

Le Fougax, s'il reste un peu bar, est désormais une brocante. Les choses en débordent. Sa terrasse est envahie d'un bric-à-brac. On dirait que les poubelles, ou que les ferrailles d'Olive ont débordé partout. Le clos lui-même, où s'élève le robinier, est envahi de tonneaux.

J'ai fouillé ce bric-à-brac : uno diusenco pouesio Gisclabo de pertout per pertout birounà. Je m'émerveillais par exemple, que s'étalât par dessus des cageots, un opuscule consacré à la grotte préhistorique de l'Oued Saida, le jour où je venais à Fougax-et-Barrineuf dans une quête de grottes et de préhistoire, et alors qu'Isabele Moulis, native de Mostagadem, était accompagnée par sa mère qui me parlait de l'Algérie.

Tout se passait, pour moi, comme si la divine machine à signes lancée par Oh les Beaux jours, devenait irrésistible. La multiplication procédait de l'enfoncement dans le trou.

Ce qui me troubla surtout ce furent deux inscriptions au dessus de l'entrée du Fougax.

La première associe le nom du Fougax avec le mot Météor. Quand j'explorais, cette inscription n'existait pas. Mais comment ne l'entendrais-je pas, désormais, comme une justification merveilleuse de nos actes de chercheurs d'or ? Comment ne me réjouirais pas, d'âme et de corps, du rapport lisible et sonore aux mots entre or et méteor : Mettez or !

C'est cela le poème : Mettez or là. Mettez or aux choses, aux corps, et aux lieux ! Mettez or au feu fou sorcier et sourcier du Fougax !

Mettez or !

Et que de météo - si poétique depuis les Grecs - et de théologie là ! Ce n'était pas tout : placé sous Météor, le numéro du Fougax ne m'était pas apparu quand j'y étais entré avec Agnès Birebent, Pierre-Olivier Boulant, et Vincent Taillandier : ce numéro, c'est le dix-neuf.

Le nombre des trous du Concentrateur cosmique.

J'étais passé. Je n'avais pas lu.

J'avais franchi le seuil et je n'avais pas senti le nombre.

Quelle ombre me l'avait caché quand ma recherche en disait le neuf ?

Ici, il est impossible d'ajouter encore.

Le déploiement entier du texte est l'oeuvre de l'oeil divin.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Retour à Fougax-et-Barrineuf 13:54 dans Fougax-et-Barrineuf

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