accueil présentation contact portfolio ultraprivé mail
L'Astrée L'Astrée événements présentation portfolio Guallino

« Une dame nouvelle chez moi »

lundi, 19 mai 2008

Une dame nouvelle chez moi

Une dame est entrée chez moi. Je sais peu d'elle.

Son nom, son âge, ses habitudes, je les ignore. Je constate pourtant son nez un peu trop fort, ses lèvres charnues, ses yeux marron parfait, son regard intelligent et malicieux, son teint pâle, ses boucles sur le front, son collier de perles, ses dentelles.

Cette dame veille, depuis quelques jours, sur l'écran où se compose Lastrée.

Peut-être est-elle apparue dans mon sommeil.

L'autre nuit, je fus éveillé par une présence. Mes draps étaient remués. Quelqu'un me regardait. J'ai ouvert les yeux. Une forme se tenait près de moi.

Cette dame ?

Elle me regarde. Peut-être est-elle plus réelle que moi.

Elle m'aspire ou je l'aspire; C'est un délicieux combat entre nous depuis que nous sommes entrés en connaisances. Serai-je de son monde ? Sera-t-elle du mien ? Nous collaborons pour l'heure au maintien des frontières.

J'ai rencontré cette dame à la Salle des ventes de la place Saint Aubin, vendredi soir. Elle était parmi beaucoup d'autres images. Un peu de poussière la couvrait. Quelques morceaux de sa toile étaient altérés. Le catalogue de la Vente indiquait Entourage de Cornelis Janssens Van Cuelen.

Je ne savais rien.

La toile m'a fait apercevoir des oeuvres de ce peintre. J'ai appris qu'il avait peint de Hollande en Angleterre vers la fin de la première moitié du XVIIème siècle.

Il a peint des gens qui ont pu lire L'Astrée.

Lui-même, peut-être, en a eu vent.

Je désirais depuis longtemps avoir près de moi une peinture ancienne.

Je ne sais pourquoi. C'est l'ombre en soi du rêve.

Jamais, je n'avais rencontré l'occasion. Mais à la Salle des Ventes, parmi force peintures mortes pour moi, cette dame m'attirait. Ses boucles, son calme, son élégance, sa mélancolie, son charme froid, tout m'en plaisait. La vente était pour le lendemain, trois heures.

Je n'en ai pas rêvé. Au matin, j'ai parlé d'Ovide, puis de Sophie Calle à mes étudiants. J'ai pris l'air. J'ai marché. J'ai jeté des objets encombrants. Irais-je à la Salle des Ventes à trois heures ? Je m'interrogeais.

Je me suis dit non. Je me suis dit oui. Nul être vivant n'avait besoin de moi. On ne m'avait imposé aucune obligation. Mes travaux pouvaient attendre. J'étais libre pour la dame. Je suis allé la voir. Je me disais ne désirer savoir qu'une seule chose : combien se vendrait-elle ?

Mauvaise foi : je désirais la dame. J'avais pris mon carnet de chèques. J'y tenais Je savais que j'y tenais. Mais je ne voulais pas me faire savoir que je voulais cette dame. Je ne suis pas chasseur, pas Don Juan.

La dame est apparue au tout début de la Vente. Des téléphones s'étaient battus pour deux oeuvres. Plusieurs scènes religieuses avaient été retirées : Vente ordinaire, avec ses hauts et ses bas.

Quand la dame est apparue, elle dominait les dos devant moi. Je la trouvais belle. Personne n'en a voulu.

Aucun téléphone. Aucun frémissement dans l'assistance.

Le commissaire-priseur a fait enchère descendante. Personne n'en voulait

J'ai levé un doigt. La dame m'est venue. Un peu plus tard, je me suis enfui avec elle.

Nous nous veillons.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Une dame nouvelle chez moi 21:18 dans De pictura

Cet article est incommenté. (le commenter ?)

Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...

Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)

Ces informations :


Quelques commentaires sur les commentaires

Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.

Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.

Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.

Site d'Emmanuel Riboulet-Deyris (contact) | MT 3.16 | XHTML 1.0 | CSS
Ce site, hébergé par le très agréable Lost-Oasis, est sous licence Creative Commons.
Syndication : flux RSS 1.0 RSS 2.0 | flux de commentaires XML | Atom XML | L'Astrée remercie Patrick Guallino.