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« Faut-il parler infiniment de la place Marius Pinel ? »

mardi, 24 juin 2008

Faut-il parler infiniment de la place Marius Pinel ?

On pourrait clore.

D'un coup, qu'on l'ait ou non annoncé, on pourrait décider que le flot de paroles doit cesser. On se retirerait du verbe. Silence. Bouche cousue. Plus une ligne ajoutée aux textes. La place Marius Pinel demeurerait sans sa nuée de commentaires. On aurait tout dit.

Certes, on n'aurait pas épuisé le sujet. Bien au contraire, le sujet multiplie dans cet effort continue de dire : sujet auteur des accumulations de mots ou sujet à propos de quoi ils s'organisent, ce double amant se nourrit de son va-et-vient. La Place et l'auteur sont les communs parasites du verbe. A chacune de ses positions extrêmes, ils sont deux champignons, somme toute, hallucinogènes, qui prolifèrent.

Le sujet vit d'épuiser le sujet, et réciproquement.

Au demeurant, peut-on épuiser la Place ?

Peut-on épuiser qui en parle ?

Telle n'est pas, au vrai, la question, car la retenue peut s'imposer devant l'impossibilité de la mort. Une minute de silence - au moins - peut sembler nécessaire devant la prolifération vivante. Le sacrifice a des vertus. Faut-il, sur quelque Pyramide, ou au secret d'une grotte, sacrifier la possiblité de dire infiniment de la place Pinel ? Faut-il arracher les tripes et le coeur au verbe ? Faut-il assassiner les bouches ? Faut-il, après avoir brûlé la main qui écrit, et les lèvres qui articulent, jeter au vent les cendres, et instaurer le silence, comme après une catastrophe ?

La cérémonie est une tentation.

Quel spectacle que se taire !

Soudain, alors que toutes sortes de raisons, et l'évidence des faits, poussent à poursuivre à l'infini le développement de la parole à propos de la place Marius Pinel, rien.

Le dégagement rêvé !

Un ciel immense de silence.

Et tout au centre, discrètement, la place Pinel, rendue au secret, poursuivant méthodiquement son existence considérable...

La chute du discours fait sa forme belle. La pointe, qui s'achève, malgré le désir, et quasi la promesse, d'infini, crée sa force de l'arrêt. Le point final rend Dieu sensible.

Nous flairons un piège.

Le choix du silence, par le sacrifice, est éminemment religieux. Or nous abominons la religion.

Rien de beau, pour nous, sinon Gargantua, comme la prolifération de la Bible, dont les contradictions, les tensions, les bavardages, ébranlent constamment la pose, le désir d'idôle, la volonté de pouvoir qui fait la religion. Nous aimons que les Evangiles soient quatre, et se poursuivent en actes divers, puis en lettres, et même en Apocalypse et en apocryphes, brisant, relançant, poussant aux déplacements, à l'interprétation, aux délires, aux chances de pétiller. Nous aimons que Gargantua continue.

Bien sûr, la religion a saisi la Bible et l'Evangile. Les morceaux choisis ont coupé Rabelais. Il fallait absolument ramener au sacrifice, à la clôture, au monument, à la papale parole, malgré la volupté même des papes à bulles... Il fallait tuer l'entretien. Il fallait mettre un terme et adorer.

La religion idolâtre le terme.

Ainsi d'une certaine littérature. Ne donnons pas les noms de ses affreux auteurs. Laissons les brandir et branler leur silence.

La place Pinel est une chance à paroles infinies, bruissantes, revenant sur elles, tourbillonnant, résonnant, se contredisant, se caressant, multipliant, riant d'elles, jouissant de leurs grosseurs, splendides d'hérésies, décongelées, jaillissant joyeuses des banquises frigides, et pétillantes Dives Bouteilles.

L'infini est notre choix.

La place Pinel n'a pas fini d'éclore.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Faut-il parler infiniment de la place Marius Pinel ? 9:43 dans Place Pinel

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