« La Permanence était de passage »
jeudi, 26 juin 2008
La Permanence était de passage
Les roses ne vivent qu'un matin. La Permanence de Jean-Luc Moudenc a tenu quelques mois. Désormais, les photos et inscriptions qui la signalaient, ont disparu. A l'intérieur, le bric-à-brac du soir de la défaite a été évacué. Ne restent, visibles de l'extérieur, que quelques rouleaux d'affiches sur des tables. Les dernières affiches de Jean-Luc Moudenc !
Nous avions espéré beaucoup du maintien de la Permanence. Chaque jour, pratiquement, nous y passions et nous admirions cet acte de résistance. Plusieurs fois, par des passants, nous nous y sommes faits prendre en photo. La Permanence nous semblait l'oeuvre d'art la plus significative de l'art contemporain planétaire, et une leçon d'éthique.
Rares étaient ceux qui pensaient comme nous, mais le nombre ne fait pas toujours vérité.
La disparition est un rude coup. Depuis la défaite de Jean-Luc Moudenc, nous nous étions habitués à la présence. Chaque jour de la Permanence était un non au temps, un refus du passage. La Permanence tendait au monument. .
Souvent, nous songions que nous vieillirions avec elle. Nous imaginions nos cheveux blanchir, nos peaux se rider, notre crâne affleurer, puis paraître, tandis que la Permanence demeurerait. Cela nous rassurait. Il nous semblait qu'au mobile général du monde elle opposait la résistance des statues. Nous étions sur le point de l'idolâtrer.
Jean-Luc Moudenc vient de nous éviter ce piège.
Il procède au retrait. Il retire du visible l'évidence des signes. Il laisse champ à notre mémoire et à notre liberté.
Loin de nous imposer, pour l'éternité, la preuve tangible de son être, il nous invite discrètement à la liberté.
La Permanence a tenu suffissamment après la défaite pour devenir un temple. Nous nous y rassemblions. Nous méditions. Nous approchions peu à peu son sens. Nous prenions en sa présence la force de pouvoir témoigner. L'émerveillement qu'elle nous procurait nous donnait force pour aller ensuite prêcher par les chemins et sur la toile.
Nous l'avons fait.
L'Astrée en porte preuve.
Mais Jean-Luc Moudenc a senti que le risque, pour nous, de la Permanence, était sa permanence même. La permanence de la Permanence, en portant son acte au carré, le transformait en preuve. Il fallait que la Permanence fût de passage pour que nous puissions toujours en garder mémoire, la désirer, nous rassembler autour d'elle, et, somme toute, en faire poème.
La brisure que constitue pour nous sa disparition est la chance de notre propre permanence. Le redoublement en permanence de la Permanence, au contraire, nous eût contraints à subir la preuve. Disparue, la Permanence est à rééinventer toujours dans le passage, qui est notre condition, et la forme d'elle manifestée. Cette recréation renouvelée, par retour d'esprit, fait notre salut.
Jean-Luc Moudenc nous invite à la mémoire et à l'acte foudroyant. Il nous propose au poème, qui toujours se souvient et toujours illumine.
Ce faisant, il fait oeuvre éthique. Son retrait dénonce les vanités, et interdit l'idolâtrie. Il nous donne champ.
En devenant visiblement rien, sa Permanence invite.
Yves Le Pestipon |
22:17 dans
Jean-Luc Moudenc
, L'époque
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