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« Deux miracles de Giscard II »

dimanche, 13 juillet 2008

Deux miracles de Giscard II

Second miracle de Giscard. Le premier est .

Le dimanche de l'apparition de Giscard dans la Dépêche du midi, la Rencontre des Bouches visait au Trou des Corbeaux.

Il pleuvait fort. Les chemins glissaient. Les sapins dégoulinaient.

Nous avons marché.

Soutenus que nous étions par la lecture du Passage, nous savions qu'il fallait traverser la forêt.

Un signe, d'emblée se produisit : sur la route, à quelques mètres de la Fontaine intermittente de Fontestorbes, nous avons vu apparaître l'image d'un cerf dans un triangle.

C'était l'image de l'image qui orne la couverture du Passage, telle qu'on peut l'admirer dans cette video, .

Les signes de Giscard étaient intermittents, mais réguliers, comme la Fontaine.

Nous savions que l'intermittence était la condition de la poésie. Nous savions qu'elle fonde le rythme. Nous savions qu'elle incarne le désir.

Nous marchions soutenus par ce clignotement des signes. Il pleuvait. Certains d'entre nous trébuchaient dans la boue. Quelques uns parlaient parfois de renoncer. On en vit se faire ramener en voiture.

Le pasteur Jean-Pierre Nizet eut beau faire un magnifique sermon à propos de l'écart, et nous inviter, selon l'Evangile de Marc, à aller ailleurs, quelques uns rêvaient de retour. On en vit qui avouaient le rêve de boire des chocolats chauds. Quelques uns disparurent.

La vision presque invisible de l'oppidum du Mayné, après quelques pénétrations aveyronnaises humides, en découragea.

La proposition de manger sous un pont plein d'ordures ébranla des convictions.

Mais la troupe presque entière tint bon.

Nous marchions poussés par la foi.

Sébastien Lespinasse sut relancer les énergies par d'admirables poèmes dits sous la pluie devant une fontaine.

Le Trou des Corbeaux nous apparut.

La béance était là. Nous n'avons sacrifié aucune jeune fille. Nous avons seulement précipité nos voix dans le vide.

Nous nous sommes souvenus de Serge Pey dont un poème fameux dit les Corbeaux. Nous nous sommes souvenus de Jean de La Fontaine. Nous savions que les corbeaux font un trou pour la présence. On voit le fromage, qui est peut être Dieu, par eux.

Bruno Riboulot inscrivit le deuxième N de Winnie au bord de l'abîme. Puis, régénérés par le gouffre sous la pluie, nous reprimes la marche.

Nous étions plus de trente.

Nous avions en nous la force du vide, la puissance de l'Evangile, le poème du Passage. Alain Moulis annonçait Le Gélat. Il nous parlait du Gélat comme d'une évidence nécessaire. Il était notre guide. Il fallait passer par le Gélat.

Il pleuvait.

Le Gélat nous apparut.

C'était, dans la forêt, quelques maisons apparemment désertes. Là, il y avait un chien, en qui nous avons reconnu le chien officiel de la Rencontre des Bouches.

Là, devant une maison moins abîmée que les autres, il y avait une femme.

Nous lui avons parlé. Sébastien Lespinasse lui a offert un poème sonore.

Un homme a débouché de la maison.

Un homme extraordinaire.

C'était comme un un animal fait homme, ou un homme fait animal. Son regard brûlait. Tout son corps était tendu de nerfs. Il riait; Je croyais que c'était une plomberie qui avait pété. J'aime mieux que ce soit un poème.

Ses yeux visaient à nos bouches. Il disait avoir chez lui des centaines de bois de cerfs. Il les ramassait dans les forêts. Il voulait nous les montrer. Il nous a présenté d'abord deux massacres magnifiques. Il venait de trouver le plus petit, reste d'un cerf blessé qui avait fini par mourir dans un coin de bois. Il décrivait les extrêmités, leurs fonctions. Il disait des noms inconnus de nous. Il amenait d'autres bois de cerfs. Il parlait des pointes, de leur diversité, de leur rôles, du détail de chacune des usures. Il faisait l'historique des bois. Il remontait à la Préhistoire. Il parlait de la migration des cerfs vers les forêts. Il décrivait les brames. Il tonnait contre les chasseurs qui ont dépeuplé les alentours de Bélesta. Les forêts étaient vides. Il disait sa douleur de marcher dans les forêts vides. Des chasseurs lui avaient promis une balle dans la tête s'il insistait. Il disait son admiration pour les cerfs, leur force, leur rites, leurs folie. Il racontait un cerf se battant contre un bus qu'il prenait pour un vieux mâle, et mourant. Il nous montrait ds photos de faons qu'il avait réussi à prendre dans les forêts vers Foix. Il racontait. Il montrait. Il mimait. Il était cerf. Il était homme. L'animal dansait en lui. Il était vivant de chair sauvage. Il faisait peur Il attirait. Il voulait dire, et dire, et dire, et le pays des cerfs tournoyait. C'était un sorcier, un chamane, un poète. Je pensais à l'homme peint de la Grotte des Trois frères. Il était cerf fait homme. Il brandissait les bois dans toutes les directions. Leurs pointes palpitaient. Il voyait dans son verbe avec elles. Il se reliait par elles, et nous par elles. Il faisait passages.

Je n'ai pu m'empécher de lui dire que nous avions, la nuit précédente, lu longuement le roman de Giscard, Je n'ai pu m'empécher de lui réciter cette étonnante phrase : Rien n'égale je crois, la majesté d'un cerf qui débouche de la forêt.

Il m'a regardé. Son regard m'a traversé. Puis, il s'est indigné contre Giscard, l'affreux chasseur de cerfs, le viandard. Puis, il a ri. Et nous avons ri. Et nous étions dans le rire du miracle. Nous étions dans le grand rire de Dieu et du lieu.

Il pleuvait. Nous étions entourés par les bois de cerfs. L'homme parlait encore. Il tonnait contre les chasseurs. Je me rappelais une phrase que mon ami Ivan Boric avait découvert dans la copie d'un élève de sixième : Il y a des chasseurs qui tuent et des chasseurs qui font des rencontres.

Giscard nous faisait faire de rencontres. Le Passage menait au poète des bois de cerfs, qui se dressait devant nous, comme la croix apparaissant sur la tête d'un cerf, devant Saint Hubert. La métaphore circulait. Les passages multipliaient. Nous étions en poème.

A quelques pas de là, la femme de l'homme aux cerfs remettait à Michele Rosellini et à Bruno Guittard des plants de tomates. Ces plants, elle les avait en trop. Elle allait les détruire. Bruno Guittard offrait de les emporter chez lui à Laressingle et de les planter. Il allait être le sauveur des plants de tomates.

Les bois de cerfs passaient de main en main. Les plants de tomates s'échangeaient. Il pleuvait sur le Gélat. Nous pensions à la force des tomates selon Serge Pey. Nous considérions l'écartement des pointes des bois. Nous nous souvenions de la théologie de l'écart prêchée le matin par Jean-Pierre Nizet. Nous nous redisions que l'Evangile de Marc nous enjoignait d'aller aileurs. Nous vivions l'écart. Nous revivions le Trou des Corbeaux, le Passage, l'apparition des reliques de Saint Fleuret, et de Giscard dans la Dépêche du midi. Nous cheminions dans le miracle.

Nous avons encore marché.

La poésie est un cheminement de miracles.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Deux miracles de Giscard II 21:15 dans Coïncidences , Giscard

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