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« Diffusion et infusion »

lundi, 28 juillet 2008

Diffusion et infusion

Les artistes cherchent la diffusion.

Sans elle, comment créer longtemps ? Que mes livres diffusent vers les intelligences ! Que mes toiles paraissent aux yeux ! Que le bruit de ma présence sur scène diffuse jusqu'aux oreilles exotiques !

Ainsi par tout canaux, vers des publics, diffusent les nouvelles de l'art. C'est la condition de la gloire. Or, sans gloire l'art n'est guère. Telle est du moins l'opinion.

La diffusion a ses beautés qui manquent à la communication.

Ses canaux sont divers, petits ou grands, parfois infimes. Quelques pores parfois suffisent. Les détours tortueux ne l'effraient pas. Le temps peut être très long. Des diffusions d'eaux dans le sous-sol prennent parfois des millions d'années. Pourquoi pas ? La diffusion est têtue, subtile, acharnée. Elle a ses vertus.

Maints éditeurs de poèmes font passer leurs livres par des ruelles entre des doigts subtils vers des oreilles rares. Peu de bouches leur font passages. Ils doivent chatouiller l'écho dans les fissures du discours.

Gloire donc à la diffusion !

L'infusion pourtant a mes faveurs.

Elle m'éveille d'abord les soirs de ma grand-mère, à Saint Affrique, aux bords de la Sorgue, l'été.

Nous revenions du jardin où nous avions soupé. Sur la route de Couat, en rentrant, nous avions regardé les étoiles. Il faisait bon. Les fraîcheurs de la rivière entraient dans la maison. Ma grand-mère proposait une infusion. J'avais vu pendant la journée les goujons, les vairons, les salades au jardin de mon grand-père, les fruits, quelques montagnes, des visages, les voisins, les galets, des insectes, des dos attentifs penchés sur les haricots... L'annonce était de tilleul, parfois de verveine, très rarement de thym. Je savais les lieux des arbres, et les petites combes d'où venaient les brindilles qui entraient dans la casserole. J'avais cueilli moi-même quelques uns de ces petits bouts secs. Quand l'infusion entrait en ma bouche, je savourais la fin d'une journée, une somme, force vertus, des moments, du ciel, et des paysages. Le pays s'écoulait en moi. L'infusion était chaude. Je ne pouvais la boire d'un coup, comme une grenadine. Ce n'était pas la boisson des enfants seuls. Sa couleur n'était pas une fête. Son mystère était discret. Des paroles étaient échangées, parfois longuement. Tout s'apaisait. On se laissait pénétrer ensemble par la nécessité de s'endormir. L'infusion préparait de bons rêves...

Lors de la récente Rencontre des Bouches, à Fougax-et-Barrineuf, nous avons bu ensemble une infusion de tilleul de la place Marius Pinel .

Nous y pensions depuis longtemps. Nous voulions boire la Place et la boire à plusieurs pour éprouver.

J'avais recueilli des fleurs de tilleul place Pinel au mois de Mai. Je les avais fait sécher. Je les avais portées à Fougax-et-Barrineuf pour la rencontre du dimanche soir, sous la halle près du Pont d'Ardille. Là, j'ai parlé de la Place et de ses vertus, et, Sébastien Lespinasse et moi, avons tourné autour de dix-neuf petit pots de terre de cette Place. Nous avons échangé les questions que pose cette terre. Puis nous l'avons distribuée entre les personnes pour qu'elles la portent où elles iront.

C'est alors que nous avons fait boire à tous un peu de tilleul de la place Pinel.

Nous nous sommes mis sous tilleul.

La place Pinel, légèrement présente dans les fleurs de tilleuls, s'est répandue dans nos corps. Quelques molécules de son sol ont vagabondé dans les chairs sous la halle du Pont d'Ardille.

Par un silence commun, nous avons éprouvé le vide actif de cet acte.

Ensuite, Moïse Algayon a lancé ses étonnantes chansons. L'infusion, en ses profondeurs, avait préparé ce passage.

Par infusion du Saint Esprit, les Apôtres reçurent le don des langues.

L'infusion de l'âme est utile à la sainteté.

La pratique de l'infusion apaise, fait accueil lent de substances, métamorphose en profondeurs, prépare au songe, rassemble.

L'infusion ne crée pas vanités. Nul ne s'en vante.

Le poème la préfère à la diffusion car le secret lui vaut mieux que l'éclat. Sa vérité procède du silence accueillant, et non du bruit. Il aime la trouvaille au loin des brindilles du monde, leur échange, et le passage dans les corps du soleil, des vents, des herbes, et des branches.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Diffusion  et infusion 11:28 dans Méthodes

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