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« Là où je vais, je suis déjà »

lundi, 13 octobre 2008

Là où je vais, je suis déjà

Une phrase s'affiche à Toulouse ces jours-ci. On la rencontre sur des murs, et des dépliants.

Elle est en bleu sur fond sombre. Elle accompagne la publicité du Printemps de Septembre, festival annuel d'arts contemporains.

La voilà :

Là où je vais, je suis déjà.

Plusieurs fois, pris de colique, empêché par la rue où je marchais, et par les gens, et par les murs, d'atteindre immédiatement, malgré mes efforts, le moindre pot de chambre, j'eusse souhaité que cette phrase fût vraie. Combien mon ventre dilaté se fût épanoui, si j'eusse pu, sans dommage pour ma culotte et ma réputation, le convaincre que là où j'allais, j'y étais déjà.

Il se trouvait que je n'y étais pas. Je devais marcher, encore marcher, franchir une rue puis une autre, remonter un trottoir, franchir une porte, monter un escalier, ouvrir encore une porte, peut-être rencontrer quelqu'un, constater que le lieu de ma libération était occupé, devoir attendre encore de douloureuses minutes, pour y être.

Moïse, quand il traversait le désert du Sinaï avec les Hébreux, quand ceux-ci se révoltaient, quand Dieu l'appelait sur la montagne, et qu'il mourait juste avant d'atteindre la Terre promise, peut-être aurait-il souhaité, lui aussi, que la phrase du Printemps de Septembre fût vraie...

Quelle désirable immédiateté ! Heureux qui comme Ulysse aurait, d'un coup d'avion, baisé Pénélope !

Moïse, Ulysse et moi, cependant, nous ne regrettons pas le désert, les îles, et les affres traversées. Il n'est pas toujours bon de chier immédiatement, même en Terre promise, chez soi.

Traverser a des vertus.

Le monde devient visible, et, du coup, soi, si l'on n'est pas déjà là où l'on va. L'existence naît du temps à travers l'espace. Seul le mort est déjà où il va.

Alors pourquoi la phrase du Printemps de Septembre ?

Le je qui y parle n'est pas nommé. Il est, pour qui le lit, comme un aspirateur à subjectivité. Le lisant, je me dis là où je vais, je suis déjà. Ou bien, je me dis c'est idiot, c'est vraiment idiot. Je ne suis pas déjà là où je vais, et tant mieux. Ou bien je me plaîs à cette phrase. J'aspire à elle. Je m'y aspire.

Premier cas, pourquoi afficher partout, pour moi, pour tous, une phrase fausse ? Faut-il supposer qu'elle ne sert, sans souci de vérité, qu'à accrocher mon attention ? Le principe étalé du Printemps de Septembre, cette manifestation d'arts contemporains, serait donc la putasserie.

Second cas : je crois, ou j'ai envie de croire, que lorsque je vais, j'y suis déjà. J'aime cette phrase. Elle dit ce que je désire. Et pourquoi ne désirerais-je pas, être immédiatement là où je vais ? Quel rêve ! Quelle téléportation ! Plus d'espaces intermédiaires. Plus de dureté des murs et des espaces. Je suis Dieu, ou mort, ce qui revient peut-être au même. Je suis tout puissant, ou rien.

Voilà peut-être mon rêve d'homme d'aujourd'hui. Avoir si grande vitesse que je suis déjà où je vais. Etre sans distance par vitesse infinie.

Etre sans exister, ce qui revient à mort, car on ne vit qu'étant Ulysse, Moïse, et le type qui va au pot.

Etre hors là...

Si l'art contemporain à Toulouse flatte ce désir, quelle mortelle putasserie !

Je vis ma route, Je vais lentement, et parfois vite, par les détours des phrases, des trottoirs, du désert, et des îles, rencontrer l'éternité, la traversée.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Là où je vais, je suis déjà 21:59 dans L'époque

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