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« Le coeur de pierre de Cavanac »

lundi, 20 octobre 2008

Le coeur de pierre de Cavanac

Quand il marche dans des paysages, un peu partout, Frédéric Hossey récolte des coeurs pour Joëlle.

Ces coeurs sont souvent de pierre.

Quelque petit Poucet, peut-être les a perdus. Frédéric Hossey les reconnaît. Il en fait don.

Parfois, ce sont des galets roulés dans quelque rivière, Parfois ce sont des découpes d'ardoise, ou des nodules calcaire. Aucun travail humain. Le coeur est visible pourtant, à qui sait voir. Telles sont les formes de l'amour.

Je suis étranger à cette histoire. Je n'étais pas à Cavanac lorsque le coeur est apparu. Je n'étais pas à l'aéroport de Carcassonne lorsqu'il est réapparu. Ce que je dis, je le tiens du pasteur Jean-Pierre Nizet, qui se trouvait à Cavanac, et qui conserve, pour l'heure, le coeur.

Je l'ai vu. J'ai entendu l'histoire. Comme je ne sais pas à qui elle appartient ( et toute histoire ), je la consigne sur l'Astrée. Qu'elle aille au monde, comme l'amour.

Mes amis cherchaient des haches polies.

A dire vrai, je crois, Jean-Pierre Nizet surtout en cherchait. Il avait entraîné l'architecte belge Frédéric Hossey. Jean-Pierre a la rage de la hache en ce moment. Frédéric est plus calme, mais il aime marcher avec Jean-Pierre dans les vignes de l'aventure.

Vers Cavanac, on trouve, en principe, des haches polies du chasséen.

On dirait même, depuis quelque temps, que chacun trouve des haches polies à Cavanac. Force trouveurs se manifestent, tels des diables, autour de Jean-Pierre Nizet. Nous avons trouvé des haches. Il y a des haches, sussurent-ils.

Comment résister à Cavanac ?

Jean-Pierre et Frédéric ont marché dans les vignes. Ils ont marché dans les chemins. Ils ont goûté l'air énorme de l'automne, la vue des feuilles rouges, et les éclats lointains des fusils des chasseurs. J'imagine.

Ils n'ont pas trouvé de hache.

Selon Jean-Pierre Nizet, ils n'étaient pas sur la bonne colline.

Il sait désormais où il faut aller. Les haches apparaîtront. Il n'en doute pas. Je n'en doute pas. Le monde surgit au feu du désir.

J'imagine Frédéric Hossey, son rire sceptique. Je l'imagine récitant Bouvard et Pécuchet.

C'est pourtant lui qui a trouvé le coeur.

Un coeur en grès de Carcassonne. Un incontestable coeur pour qui a l'oeil.

C'était un coeur perdu aux vignes. Les vendangeurs ne l'avaient pas pris. L'architecte l'a mis dans sa main, puis dans sa poche. Le coeur prendrait l'avion avec lui pour Joëlle vers Bruxelles.

L'aéroport de Carcassonne est sérieux.

J'ai pu en faire l'expérience : un jour que j'emportais de la terre de la place Pinel pour l'Irlande, je me suis retrouvé devant un gendarme. Un détecteur avait repéré dans ma valise le sac suspect. J'ai dû m'expliquer. Ce ne fut pas facile. New York, Mexico, Roissy, Amsterdam, Istambul, Urumqi, laissent passer la terre sans problème. Pas Carcassonne.

Alors un coeur de pierre !

Frédéric Hossey avait mis le sien dans son sac. Il n'avait pas de valise en soute.

Un détecteur l'a détecté.

Comment ! a fait observer l'agent de sécurité. Vous n'imaginez tout de même pas prendre ça en cabine !

Les ciseaux sont interdits. Les bouteilles sont interdites. Les couteaux sont interdits. Les crèmes sont interdites.

Alors, un coeur de pierre...

Monde Info : Un architecte Belge détourne un avion d'un coup de coeur de pierre. Il le fait s'écraser sur un lotissement. Plus de vingt chiens de garde meurent sans avoir le temps d'aboyer !

On imagine l'indignation. Quelle honte ! Et la réputation de l'aéroport de Carcassonne... Que deviendra-t-elle ? L'agent de sécurité l'a aussitôt perçu : il ne fallait pas laisser décoller avec un coeur de pierre cet architecte belge connu pour sa haine des lotissements. La sécurité des chiens de sécurité et des piscines était en jeu !

Frédréric Hossey dut choisir :

Ou bien il ne montait pas dans l'avion. Ou bien, il laissait son coeur dans une poubelle de l'aéroport.

Frédéric que fais-tu de ton coeur ? se disait-il.

Ou bien, il demeurait avec le coeur, mais ne rejoignait pas Joêlle. Ou bien, il le laissait, atteignait Joëlle, mais sec de coeur.

Que choisir ?

Les passagers embarquaient. L'avion se chargeait de carburant. La tempête dans le crâne était cornélienne.

Soudain, Frédéric courut. Il courut à travers la salle de l'aéroport. Il courut hors de l'aéroport. Il courut parmi les voitures. Il courut jusqu'à un rond-point, où se dressaient quatre pins, un de ces petits ronds-points qu'il maudissait régulièrement, quand il traversait, par exemple, Villegly. Et là, dans ce rond-point, sous les pins, dans le gravier, comme il l'aurait fait peut-être dans le kiosque de la place Pinel - si seulement ce kiosque eût été là - il enterra le coeur.

Puis, il s'envola.

A Bruxelles, comme il avait mal à son coeur perdu dans le rond-point de Carcassonne, il téléphona à Jean-Pierre Nizet, qui téléphona à son père, habitant Montolieu, le fameux Zip Man, tant de fois opéré, et toujours admirable maître du chien Bob. René Nizet n'hésita pas. Il quitta presque tout, sa villa, son gravier, sa cafuzelle, et même Bob. Avec Miette, sa femme, il fonça à l'aéroport de Carcassonne. Il atteignit le rond-point. Il inspecta le dessous des pins. Il remua le gravier. Miette retrouva le coeur.

Le coeur de pierre, depuis quelques jours, repose à Toulouse, au temple du Salin, où il attend Joelle. C'est là que l'histoire m'en est venue à l'oreille. Je la transporte aujourd'hui sur la toile.

Mon coeur ne bat que par ses ailes. C'est le poète Pierre Reverdy qui le dit. Le réel le rappelle.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le coeur de pierre de Cavanac 22:02 dans L'Astrée

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