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« Les Contes de Fumaroli »

mercredi, 1 octobre 2008

Les Contes de Fumaroli

Marc Fumaroli, quand il parle des Contes de Perrault, écrit par exemple ceci :

Sous l'enveloppe de l'allégorie, selon un procédé que Desmarets de Saint Sorlin avait mis en oeuvre dès 1636 dans sa comédie d'Aspasie, les petits Poucets, les Cendrillons, les Belles au bois dormant des Contes de Perrault représentent la langue, l'éloquence et l'esprit français empêchés de se manifester par toutes sortes d'ennemis et de persécuteurs ; les ogres, les mauvaises fées, les vieilles sorcières, les apprentis ingrats, autant de figures d'un pédantisme et d'un obscurantisme qui cherchent à écraser sous le poids du passé les germes féconds de la parole française et moderne, mais qui ne réussissent pas toujours à les empêcher de croître et de fleurir, au grand jour et au présent. Cette mythologie toute française est encore un panégyrique, sur un mode déjà légendaire, du "Siècle de Louis le Grand".

Cela se lit dans Les abeilles et les araignées, essai paru dans La querelle des Anciens et des modernes, collection Folio, p. 195.

On s'étonne. On s'étonne.

On s'étonne de ce qu'aucun lecteur, jusqu'à Fumaroli, n'ait goûté aux Contes de Perrault la représentation du combat des forces obscures contre la belle éloquence française.

On s'étonne.

Heureusement, notre académicien du Collège de France informe : Le petit Poucet est une figure du pédantisme... Les mauvaises fées, cherchent avec lui à écraser la parole française et moderne... Les Contes sont des allégories. Suffit de retrouver le sens, dont dispose Marc Fumaroli.

Autrefois, des individus voyaient dans le petit Poucet un petit phallus promeneur... Ils reconnaissaient dans la Belle au bois dormant une figure du désir féminin... On s'amusait. On jouissait. Certains lisaient aux Contes des histoires de doubles. On descendait, comme Alice, aux trous de l'âme humaine. Plusieurs répugnaient aux représentations. Ils examinaient de près les glissements de mots, les rythmes, le grain des textes. Quelques uns s'enchantaient sans rien prétendre. Il était possible aussi d'imaginer que Perrault, contrairement à La Fontaine avait l'âme obsédée par le puits de secrets enfouis, par l'origine. Il était concevable d'explorer les bois profonds, les redoublements de peau, les trous de serrure, les loups, ou les vieilles mauvaises fées dans cette perspective. Fumaroli a tranché. Fumaroli a fait ses comptes. Les Contes de Perrault sont des allégories. Et il en sait le sens.

Marc Fumaroli est un parfait professeur. Il sait ce que nous ne nous savons pas. Il garantit l'authenticité de son savoir par la lecture affichée de livres que nous n'avons pas lus. Il nous informe. Puis il conclut.

Fini le temps des interprétations multiples, de l'éveil enchanteur des aventuriers au ras des rêves... On ne lira plus le texte en ses robes multiples. On ne caressera plus les sens. On ne se rincera plus l'oeil au trouble éclatant. Fumaroli sait. Il dit. Pourquoi se plaindre ?

N'a-t-il pas lu Desmarets de Saint Sorlin ?

Et ses phrases ne sont-elles pas excellemment liées, selon les belles lois de la langue française ? Quelle merveille en notre âge de tags !

Mais on s'étonne. On s'étonne.

On s'étonne que les Contes de Perrault, que tant d'esprits ont goûté pour raisons contradictoires, puissent être la représentation, incontestable, de quelque chose. On s'étonne que ces combinaisons de mots où des intelligences multiples ont pris et inventé formes puissent fournir simplement figure à un combat entre deux idées de la langue. On croit se souvenir que la critique s'est beaucoup moquée des psychanalyseurs et des marxiseurs, quelque peu naïfs, qui réduisaient les oeuvres à des fonctions, parfois pourtant assez subtiles, de représentation. On croyait se souvenir que lire ne consistait pas simplement à rabattre du représentant sur du représenté. On supposait que le critique n'était pas un détective qui découvrait la Belle au bois dormant.

Marc Fumaroli ne doute pas. Oublieux du travail même de la langue, il sait que les Contes représentent, et ce qu'ils représentent. La preuve ? Déjà Desmarets de Saint Sorlin....

L'avantage pour Marc Fumaroli, c'est qu'il trouve, dans les Contes, la justification de son propos. N'écrit-il pas dans la langue française, la souple et moderne, que figure, selon lui, la Belle au bois dormant ? Serait-il pas le nouveau Beau au bois dormant, bien actif, réveillé sans doute par quelque Prince, malgré les mauvaises fées ? El pourquoi pas un énergique petit Poucet ?

Les mauvaises fées pour Marc Fumaroli sont peut-être les éclats du monde du jour, le hip hop, les écrans, ce qui le prive de l'otium, tout le nouvel état culturel... On peut imaginer encore une cohorte de poètes sonores, d'artistes performeurs, de rappeurs et de pauvres diables bruyants...

Heureusement, la belle éloquence est éveillée. C'est Fumaroli même. Qu'on se délecte ! Les objections sont buissons, ronces et mauvaises fées.

Ce délire est autorisé par l'Université française littéraire. Notre petit Poucet rêveur en est une gloire. On le célèbre. Il se célèbre. Il règne. Ses contes sont le vrai.

La montagne de la critique littéraire universitaire française, volcan mais qui fut ramolli, n'a pas fini d'accoucher de fumées. Elles enchantent des pédants.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les Contes de Fumaroli 19:16 dans Littérature

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