« Le Loup et l'Agneau 2 »
samedi, 1 novembre 2008
Le Loup et l'Agneau 2
Deuxième partie d'une analyse de cette fable, dans la perspective de lecture entière, et dans l'ordre, du premier Livre.
Le Loup, étonnamment, parle.
J'ai fait parler le Loup et répondre l'Agneau, écrit La Fontaine au début de son livre II.
Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?
Le Loup, tout entier bruit, pourrait surgir, se jeter sur l'Agneau, le manger. Le Loup est le plus fort. Le Loup n'a pas besoin de parler.
Je te mange, à la rigueur, suffirait. Mais le Loup parle. Le Loup interroge.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Et l'Agneau répond.
Le Loup ne se contente pas d'être le plus fort. Il met l'Agneau à la question. Il veut avoir raison. Il veut que sa raison raisonne en la parole de l'Agneau, Il veut qu'il y ait échange. Il veut que l'Agneau manifeste, en quelque manière, son humanité en parlant, et il se veut, lui aussi, humain par ses questions, et par ses arguments.
Il établit, d'animal à animal, un espace commun, qui n'est pas les champsonde pure, et qui n'est pas la forêt. Cet espace, c'est la parole.
Le Loup est un animal parlant. L'Agneau est un animal parlant. Le Loup et l'Agneau sont hommes sur ce point.
Quel enchantement !
En tant qu'ils se parlent, ils entrent en raison. Ils raisonnent. Ils se posent l'un et l'autre comme des sujets.
Dès lors, leur rapport n'est plus seulement de force. Il est de pouvoir.
Le Loup veut être maître de l'Agneau et, pour cela, il doit avoir raison, donc parler, faire parler, constituer lui-même et l'autre en sujets.
Déjà, à la première fable du Premier Livre, La Fourmi disait à la Cigale : Dansez Maintenant. La danse de la Cigale maintenait le lien qui la tenait à la Fourmi. Sa mort et son silence n'auraient guère valu pour l'animal pas prêteur. Quel faible plaisir de considérer une chose inerte ! Mais qu'elle danse. Oui. Qu'elle danse. Qu'elle danse maintenant, tenant la main qui la tient. La Fourmi doit prêter à la Cigale l'âme, le souffle, le désir, le goût pour l'art, la parole. Elle doit la reconnaître comme sujet. Le pouvoir a ses obligations. Il exige la parole. Pas seulement le bruit.
Quand les Rats entendent le bruit, ils détalent. Le bruit n'est pas le maître. Le bruit ne jouit pas. Le bruit ne questionne pas. Le bruit ne suffit pas pour être le maître. Si le maître est le bruit, le bruit doit devenir parole pour être le maître. Et il doit susciter la parole, justement, pour l'interrompre.
Il faut que le Loup parle. Il faut que l'Agneau réponde.
Là est la jouissance du Loup. Là est peut être l'espérance de l'Agneau. Cette espérance est nécessaire à la jouissance du Loup. Et même si ele trouble le Loup, même si elle le met presque en déroute, ce risque de crise est nécessaire à son plaisir.
Il faut que son plaisir risque d'être interompu pour qu'il soit excellent. Le Loup vise au plaisir corrompu, au plaisir trouble. Tel est le plaisir du pouvoir. Un plaisir qui exige le risque d'interruption; Un plaisir qui supose la crise. Un plaisir qui exige d'autrui qu'il danse maintenant, da,ns la conscience que la danse peut finir, par la mort et par la fuite. L'autre peut quitter la partie. Il faut donc toujours relancer, par des questions, des arguments, et par la force, le maintien.
Ce plaisir exige le maintien.
Il entraîne l'obscénité du Loup. Il doit sortir de scène, crever l'écran, se mettre hors des forêts. Il doit parler.
Ensuite, il retourne aux forêts.
Là est la fin de son pouvoir.
Il mange l'ange.
Qui ne songe qu'eau et ange font agneau ?
Le Loup, peut-être, aurait préféré l'échange à la mangeaille. Il perd le pouvoir. Il mange l'Agneau. Il retourne au fond des forêts. Fin de scène.
A la fable suivante, l'Homme amoureux de son image, ne peut éviter, peut-être au fond des forêts, un pouvoir silencieux, discret, qui retourne vers lui son image. Voici le livre des Maximes.
Le livre est l'anti Loup. Son image ne mange pas.
Yves Le Pestipon |
10:15 dans
La Fontaine
Cet article est incommenté. (le commenter ?)
Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...
Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)
Quelques commentaires sur les commentaires
Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.
Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.
Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.
Rechercher sur L'Astrée
« novembre 2008 »
| dim | lun | mar | mer | jeu | ven | sam |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | ||||||
| 2 | 3 | 4 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |
| 9 | 10 10 10 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 |
| 16 | 17 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 |
| 23 | 24 24 | 25 | 26 26 | 27 | 28 | 29 |
| 30 30 |
Des écrits, il fut dit...
-
Laurent-duval.blogspot.com
écrivit : « Sur la planche, au-dessus de l'abîme, il... » Lire →
-
Sébastien
écrivit : « Fragments d'Héraclite d'Ephèse à méditer... » Lire →
-
Isabelle Paul
écrivit : « je reconnais bien là le jean pierre conn... » Lire →
-
Candie
écrivit : « L'absurdité de ce moment, prétendumment ... » Lire →
-
Sébastien
écrivit : « Face à cette pudeur du secret, ne faut-i... » Lire →
-
Luis
écrivit : « Se pourrait-il que cette vielle dame ait... » Lire →
-
Candie
écrivit : « !
Je suis fort amusée, et très admirati... » Lire →
-
Jean-Michel Lattes
écrivit : « Le texte est beau, Yves, le tableau auss... » Lire →
-
PQuillier
écrivit : « Cher Yves, ce texte est magnifique et le... » Lire →
-
Candie
écrivit : « C'est excellent.... » Lire →
Ce qui fut dit récemment
Le critique et la mort
le 11 mars 2010
|
tel quel
Une nègre
le 10 mars 2010
|
tel quel
Giscard au Hangar
le 9 mars 2010
|
tel quel
La pire espèce, c'est l'auteur
le 9 mars 2010
|
tel quel
De Gaulle en pétition
le 9 mars 2010
|
tel quel