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« Pour te dire la vérité, j'en ai marre »

vendredi, 28 novembre 2008

Pour te dire la vérité, j'en ai marre

Un jour récent, passant sur une place de Toulouse, j'ai entendu : Pour te dire la vérité, j'en ai marre.

C'était un homme.

Il avait une femme près de lui.

Cette femme était grande, brune, et raisonnablement belle. Il était un peu plus grand qu'elle.

Ils marchaient côte à côte. C'était le soir. Il faisait déjà un peu froid. J'avais un bonnet sur la tête. Il avait dit : Pour te dire la vérité, j'en ai marre.

Je marchais. Je m'interrogeais.

Il en avait marre. C'était pour lui dire la vérité qu'il le lui avait dit.

Pouvait-il dire autre chose que la vérité ?

Pour te dire la fausseté, j'en ai marre.

Il ne le pouvait pas.

Mais de quoi avait-il marre ? Peut-être d'elle ? Peut-être d'une mouche à merde ? Peut-être de devoir dire en vérité la vérité ?

En tous ces cas, il n'aurait pas dit pareil. Pas la même coupe, pas les mêmes accents. Mais je n'avais pas saisi les accents, le regard, le geste. J'avais juste entendu.

Je savais une chose : il en avait marre.

Et je ne pouvais pas revenir sur mes pas. Je marchais. Je marchais. Ils marchaient dans l'autre sens. Il en avait sûrement toujours marre. Pourquoi n'en aurait-il eu plus marre ? La nuit tombait toujours davantage. Il pleuvait presque. Il en avait marre. Et moi, je ne savais pas de quoi il avait marre. Et juste à ce moment.

J'en avais marre aussi. Pour me dire la vérité, j'en avais marre. Comment me retourner, et lui courir après, et lui demander : pardon, monsieur, pardon, de quoi avez vous marre pour dire la vérité ? Faut-il que vous en ayiez tellement marre pour dire la vérité ? Et quelle vérité ? Parlez. Parlez.

A chaque pas qui m'éloignait de lui, je m'éloignais de la chance de savoir la vérité. Pour dire la vérité, je la sentais mourir.

Il pleuvait presque. Il faisait nuit. Il en avait marre. La jeune femme brune ne disait rien. Qu'aurait-elle pu dire ? Elle en avait peut-être marre aussi. Marre de cet homme qui en avait marre. Peut-être rêvait-elle de moi ? Je pouvais rêver. Nous en avions marre, Nous rations nos vies. Pour nous dire la vérité, nous étions déjà ratés. Nous en avions marre. Et nous continuions. Et il pleuvait désormais sur Toulouse. Et ca allait faire des flaques. Et il y avait des mares. Et nous en aurions marre de l'hiver.

Pour ne pas nous dire la vérité, nous allions plus loin.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pour te dire la  vérité, j'en ai marre 20:52 dans Coïncidences

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