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« Un vers de Théophile »

mercredi, 12 novembre 2008

Un vers de Théophile

J'aime lire les poètes par vers.

Je tiens un livre. Je feuillette. Mes yeux passent de page en page.

Je ne lis pas les poèmes. Surtout, je ne lis pas les poèmes.

Parfois je regarde le ciel, mes mains, un visage, ou le crâne de bélier que je conserve devant moi. Parfois, je pense à un masque, ou je ne pense pas. Je ne lis pas. Je ne relie pas.

En ces cas, je ne recherche pas les livres de fragments. J'aime la continuité des ouvrages, leurs grandes masses, comme aux paysages, quand je me promène et que j'y cueille.

Les épais volumes de vers, volontiers très anciens, conviennent à mon goût.

Un jour, j'ai choisi Oeuvres poétiques de Théophile de Viau. Dans ce bon gros Garnier jaune, il ya des élégies, ds odes, des satires, des sonnets, des épîtres...

De penser en penser confusément tiré.

Je suis tombé sur ce vers. D'abord comme un aigle, puis comme une caresse.

De penser en penser confusément tiré

Je m'y suis tu.

Aujourd'hui, je m'en souviens.

De penser en penser confusément tiré.

Je désire en dire. Mais quoi ?

Ma méthode en vaut une autre Pourquoi faudrait-il lire tout Théophile ? Qui le fait ? Et quel poète lit-on entier ? On ne voit pas tout un pays. J'aime l'aventure, les feux. Un grand poète résiste détail par détail, au hasard des yeux, comme une rivière ou une montagne. Et, moi, je me révèle en ces chocs. J'y aperçois mon oeil, son rire, son goût. Je me débusque. Ainsi, lisant par coups, me lis-je.

Je ne suis pas un spécialiste de Théophile de Viau. Je me laisse surprendre, dirait Marivaux, aux pensées que le hasard me fait.

Justement : De penser en penser confusément tiré.

Telle est ma méthode.

Je préfère penser à pensée. La forme infinitive n'a rien de passif. Et c'est masculin. J'en goûte le vif, l'actif. Je soupçonne la pensée d'être une grosse mère molle et bonne, ou une fleur.

Voici Arthur Rimbaud

de la pensée accrochant la pensée et tirant

Rimbaud ne savait rien de Théophile. Il lui répond, et moi je rêve. Je lis par bouts, je rapproche. A bas l'histoire littéraire.

Tiré, tirant ?

J'aime les deux. La violence de Rimbaud, l'élan, l'en avant, mais nuancé, sans le vouloir, par pensée... L'abandon de Théophile, l'écrire confusément, mais l'actif et singulier penser...

Ca le tire. Il ne sait quoi. Ca me tire, confusément, de penser en penser. Je suis tiré. Ces lignes sont écrites.

J'écris confusément dit ailleurs Théophile. Il en est fier. C'est oeuvre de bon esprit.

Confusément sans savoir au net les raisons, les méthodes, les techniques, le projet, le désir, j'écris dans un mélange indécidable.

Selon Baudelaire, la Nature, qui est un temple, laisse parfois sortir de confuses paroles.

La confusion est à entendre, à vivre, à confusément écrire.

Au vers, que j'ai rencontré, l'énorme confusément vient entre penser et tiré. Il intervient. Il brise le régulier balancement de penser en penser. Il est énormément là. Confusément. J'entends Con. J'entends Fut. J'entends fusée. J'entends ment. Con fut zai mamam

Mamam par zézette con fut tirée.

Serais-je Christian Prigent ? Non.

J'ai pourtant à tirer de là.

Ce vers me plaît.

De penser en penser confusément tiré

Tiré d'affaire ? Enfin libre ?

Tiré, traîné, emporté, perdu. Me serais-je avec vous retouvé ou perdu ?

Le poème et l'existence humaine se composent. De penser en penser confusément tiré.

Que savons-nous, sinon confusion ? Cette confusion, cette fusion en con, cette origine du monde, c'est nature même. Quoi de plus confus que nature ?

Mais quel poème !

Je retourne à l'Elégie de Théophile.

De penser en penser confusément tiré,

Suivant les mouvements de mon sens égaré,

Si j'arrête mes yeux sur nos noms que je trace,

Quelque goutte de pleurs m'échappe, et les efface,

Et sans que mon travail puisse changer d'objet,

Mille fois sans dessein je change de projet.

Toute cette beauté dans mes sens ramassée,

Tantôt ses doux regards présente à ma pensée,

Quelquefois son beau teint, et m'offre quelquefois

Les oeillets de sa lèvre et l'accent de sa voix.

Je relis ce dernier vers.

Les oeillets de sa lèvre et l'accent de sa voix.

Je relis. Je relis encor. De penser en penser confusément tiré : ce vers merveille...

Confus je me retire, trois vers plus loin, dit Théophile.

D'accord.

Cette langue n'est pas de l'âme pour l'âme. Qu'on l'entende à corps trouvé.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Un vers de Théophile 17:52 dans Littérature , Théophile de Viau

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