« L'Astrée sans fin »
mardi, 30 décembre 2008
L'Astrée sans fin
L'Astrée peut-elle finir ?
Dès les premières lignes du roman d'Honoré d'Urfé, la question vient aux lèvres.
Il n'y a donc rien, ma bergere, qui te puisse arrester plus longuement près de moi ?
C'est par cet il y a interro-négatif que s'ouvre l'adresse liminaire de l'autheur à la bergère Astrée.
Voici, avec un autre il y a, les premières lignes du récit :
Aupres de l'ancienne ville de Lyon, du coste du soleil couchant, il y a un pays nommé Forests, qui en sa petitesse contient ce qui est de plus rare au reste des Gaules, car estant divisé en plaines et en montaignes, les unes et les autres sont si fertiles, et situées en un air si tempéré, que la terre y est capable de tout ce que peut désirer le laboureur.
L'Astrée est en puissance d'infini.
On sait la fascination qu'exerça l'infini sur la pensée du XVIIème siècle. Qu'en faire ? Comment trouver planche pour l'incertain où son constat nous mène ?
Leibniz et quelques autres sont parvenus à le calculer. Mais l'Astrée en construisait déjà la foisonnante image : le roman pose au réel, dans l'il y a, quand il songe bien, les perplexités vivaces de la pensée. Avec ses mots, ses rivières, ses chemins, ses dédales de coeurs, l'Astrée n'envisage pas de clore. Finirait-elle... Mémoire ramène à ses premières pages. Ce livre est le poème de l'infini inclus et surgissant. Son dire des désirs, malgré la rumeur, n'a jamais pris de rides. On peut l'appeler, sans trop d'absurde, l'Iliade érotique des il y a.
Le titre le dit bien : l'Astrée.
Qu'on l'entende. Qu'on entende as. Qu'on entende trait, et encore trait, et encore très précisément trait. Qu'on entende l'Astrée dont la lumière darde aux mondes en tous sens. On ne se lasse pas de boire à longs traits ce mot.
Or, l'Astrée qu'on lit là peut-elle finir comme une fleur ?
La mort, qui a épargné le livre, emportera-t-elle, l'an neuf, le site ?
Mais l'amour est plus fort que la mort. L'Astrée pas plus que la bergère ne s'arrête. Des labours infinis sont à faire en ses champs. La perte, ou le silence de ses auteurs, n'y pourraient rien.
L'infini est sa forme.
L'Astrée est une nécessité sans trêve au creux du rire.
La rupture des fils et le temps n'empêchent pas que multiplient d'elle sur tous les sangs d'étoiles les petits ponts.
Yves Le Pestipon |
13:42 dans
L'Astrée
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