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« Les Voleurs et l'Ane »

dimanche, 14 décembre 2008

Les Voleurs et l'Ane

Suite de la lecture du premier Livre des Fables

Les Voleurs et l'Ane

Pour un Ane enlevé deux Voleurs se battaient :

L'un voulait le garder; l'autre le voulait vendre.

Tandis que coups de poings trottaient,

Et que nos champions songeaient à se défendre

Arrive un troisième larron

Qui saisit maître Aliboron.

L'Ane c'est quelquefois une pauvre Province,

Les voleurs sont tel ou tel prince,

Comme le Transylvain, le Turc, et le Hongrois.

Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois.

Il est assez de cette marchandise.

De nul d'eux n'est souvent la Province conquise :

Un quart Voleur survient, qui les accorde net

En se saisissant du Baudet.

Cette treizième fable du premier Livre redouble un couple : après l'Empire et le grand Seigneur, redoublés eux-mêmes par les deux Dragons, voici deux Voleurs.

Parmi ces voleurs, l'un d'eux pourrait bien être le Turc de la fable précédente. Lequel ? Peu importe.

Ce qui compte, c'est que Les voleurs sont tel ou tel prince, donc que le Turc est un voleur, sans doute autant que l'Empereur.

Si le Chiaoux avait pu nous laisser croire à la bienveillance de son maître, nous voici détrompés. Ne jugeons pas de tous les turcs, et surtout du Grand Seigneur par la bienveillance d'un Chiaoux, quand il s'agit d'ébranler la certitude d'un Allemand.

Nous revoici en présence de dominants qui ne veulent aucun bien aux gens sur qui s'exercent leur pouvoir. Les Voleurs ne sont pas pour l'Ane des Hirondelles soucieuses de la liberté d'autrui. Ils ne sont pas des Jupiter, ou des Livres des Maximes qui travaillent à délivrer autrui des illusions de l'amour-propre. Sans doute cet Ane, s'il avait la parole, pourrait-il dire, comme celui d'une autre fable : Notre ennemi, c'est notre maître

Seulement, il n'a pas la parole, et ces deux Voleurs, que rien ne distingue, s'opposent férocement. Au lieu de constituer un dominant à une seule tête, qui pourrait éventuellement exploiter l'Ane en commun, ils se battent. Ils ne parviennent pas à exercer leur pouvoir. Ils offrent une occasion à un troisième Voleur...

Redoublement de la leçon de la fable précédente : pour qui veut dominer, mieux vaut n'avoir qu'une seule tête.

Mais qui veut dominer en tyran, comme le Loup, risque fort, dans l'espace politique réel, quand on quitte le monde un peu simple des champs, de rencontrer toujours un autre tyran potentiel qui veut même proie que soi. Qui veut dominer par la force devra faire la guerre. Et cette guerre n'en finira pas, car le monde est ouvert. Les tyrans potentiels sont innombrables. Le troisième Voleur ayant vaincu, un quart Voleur survient, comme le Loup, qui cherchait aventure... Et cela peut continuer... La domination tyrannique, celle des princes, est toujours menacée par d'autres. Au clivage interne du pouvoir, évoqué par la fable douze, la fable treize substitue un clivage externe, que rien ne peut empêcher, tant que le monde est infini, et que ne se crée pas une alliance entre tel ou tel dominant et ses dominés.

Mais comment s'en créerait-il dans le cas des Voleurs ? L'Ane passe de l'un à l'autre. Pourquoi en aiderait-il un particulièrement ? Il est neutre. La guerre se poursuit au dessus de lui. Maître Aliboron n'a aucun rôle ni avantage en cette affaire.

Aucun rôle, voire...

Il n'a aucun rôle, dans cette fable, sinon d'être d'objet pour les voleurs. Mais vu depuis la fable suivante, tout change. L'Ane, devenu élément d'un réseau de personnages du Livre, fait penser : ne pouvait-il vraiment rien faire ? Etait-il effectivement contraint à l'état d'objet neutre ? Ne pouvait-il pas sortir de sa position d'Ane ?

Début de Simonide préservé par les Dieux :

On ne peut trop louer trois sortes de personnes :

Les Dieux, sa Maîtresse, et son Roi.

Voilà peut-être tactique pour l'Ane...

Quand on est dominé, si l'on veut vivre mieux, la louange est un des moyens. Rien de trop, même, en cette pratique. On le sait au moins, depuis le Corbeau et le Renard. C'est pour ne l'avoir pas pressenti que la Cigale a dû subir le Dansez maintenant...

La quatorzième fable ouvre dans le premier Livre un nouveau champ de réflexion qui fait retour sur son début : que faire quand on est dominé ? Comment, par exemple, plier et ne pas rompre ? Est-il judicieux toujours de réclamer des délais ? Ne faut-il pas être subtil et éviter les mauvais pas. Cela ramène au début du Livre. Quand on est Cigale, et qu'on n'a rien, comment gérer une relation avec la Fourmi ?

Les Voleurs et l'Ane opère la transition. Cette fable prolonge les interrogations des précécédentes sur la question de l'efficacité des dominants. Elle la précise quant aux dominants malveillants. Mais elle fait apparaître la figure de l'Ane, dominé, absolument impuissant. Faut-il se résigner à être un Ane ?

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les Voleurs et l'Ane 17:51 dans La Fontaine

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