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« L'Historien et le littéraire »

mardi, 13 janvier 2009

L'Historien et le littéraire

L'historien et le littéraire : titre de l'épilogue d'un Livre récent de Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au XX ème siècle.

L'historien et le littéraire fréquentent les Universités de lettres, et l'ensemble de la tradition critique. Jean-Louis Jeannelle, qui enseigne à la Sorbonne, prend parti pour l'historien. C'est la mode actuelle. L'Université française du jour, quand elle est littéraire, déteste la littérature. Elle lui fait beaucoup plus peur que l'histoire.

Que dit Jeannelle ?

Aveuglés par leurs propres hiérarchies, les littéraires ne savent très souvent pas modifier leur regard, renouveler leurs objets, ou faire varier les échelles de leurs recherches - tous gestes que sous l'influence de l'école des Annales, les historiens ont été conduits à multiplier.

C'est un littéraire qui parle !

Que reproche-t-il plus précisément à ses confrères ? Les spécialistes des oeuvres littéraires ignorent encore trop souvent ce qui, dans leur approche des textes, relève d'une organisation implicite et datée des valeurs esthétiques.

Ils ne sont pas des historiens !

Ces derniers, grâce à leur sens aïgu de l'anachronisme, se montrent soucieux de leur rapport à l'objet étudié.

Il faudrait étudier les textes littéraires, comme les historiens étudient leurs objets. Ce seraient des objets qu'un sujet sachant exactement ce qu'il est disposerait dans l'écart juste entre son temps de lecture et leur temps de création. L'étude historique de la littérature devrait, en somme, être le seul réel projet des littéraires.

Faisons un procès ignoble à Jean-Louis Jeannelle : il aime les historiens parce qu'il a peur. De quoi a-t-il peur ? De l'incertain, du trouble, de la confusion subversive du sujet, de la langue. Pour conjurer la peur, il aime chercher, et sans doute enseigner et écrire, des objets stables. Et, même, et surtout dans leur mouvement apparent. L'histoire les lui fournit. Elle lui rend le sol sûr.

S'y soumettant, Jeannelle évite la réponse que fait Valère Novarina à la question de savoir à quoi sert la littérature : A rendre le sol peu sûr. Jeannelle n'entend pas. Il se bouche les oreilles. Circulez : pas de tremblement de trou !

Jeannelle aime le sol sûr des historiens, celui de l'Univesité qui enseigne, qui se gorge d'un humanisme pseudo-respectable, respecté, et qui égorge, avec d'autres, la littérature.

Car la littérature est un scandale.

Comme la peinture, et la musique, et, sans doute, comme l'amour, le rire, et la mort.

Le scandale de la littérature, c'est qu'on la lit sans l'histoire, tout comme on meurt, ou rit.

Le scandale de la littérature, c'est qu'on plonge dans Shakespeare, Virgile, Dante, ou Dos Passos, et qu'on rencontre matière à penser, à jouir, pour nous, dans une multiplication de contre sens.

La littérature, c'est l'explosion en plein visage des contre sens vertigineux.

Qui n'aime pas cette heureuse éjaculation n'est pas un littéraire.

Victor Hugo n'a rien compris à l'Histoire de Caïn, tant mieux ! Dante a mal lu Virgile, excellent ! Ponge se trompe sur Malherbe, parfait ! Barthes multiplie les errements sur Racine. Optime ! Lisons le comme un pain quotidien. Sollers se prend pour Vivant Denon, Rimbaud, Casanova et Mozart, ce salaud a raison ! Et si je me trompe sur la Fontaine, Kafka, Flaubert, Proust, Beckett et si j'en fais dits neufs, tant mieux ! Ils résisteront. Je résisterai. On ne baise pas sans inexactitudes.

Quel est alors l'objet d'étude des littéraires ? Comprendre comment ces contresens féconds sont possibles, et à l'infini. Comprendre comment le sujet s'engendre dans le langage par coups de dés et jets de ciel. Voir comment ça aventure dans les mots le choc de nos passages.

Voilà la tâche des spécialistes de littérature, s'ils ne sont pas des historiens, des grammairiens, ou des collectionneurs de puces : qu'ils fassent entendre comment vient corps sonore dans les textes, et rendent excellente l'oreille infinie.

Qui cloue la littérature au moulin de l'histoire, la tue.

Le littéraire qui n'est pas un urinoir, quand il reçoit l'historien dans sa maison, il lui volera son portefeuille. Il séduira sa fille, sa femme, et ses lapins. Il leur mentira merveilleusement. Il empoisonnera leur prince par quelques tours de magie. Puis, il le coupera en quatre morceaux, le disposera aux quatre bouts des ailes des moulins de Don Quichotte, et fera tourner ces moulins, sous la conduite de Lapérouse, avec les cosaques de Montmartre, dans la sarabande des morts, au fin fond du Voyage au bout de la nuit.

Quelle heureuse mauvaise foi !

Mais comme est insupportable la leçon qu'assène un Judas !

Yves Le Pestipon | Voir l'article : L'Historien et le littéraire 15:21 dans Littérature

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