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« De la nécessité de Philippe Vercellotti »

mercredi, 4 février 2009

De la nécessité de Philippe Vercellotti

Il y a une double nécessité de Philippe Vercelotti.

D'abord de contradiction, ensuite de construction.

Son entreprise artistique contredit les tendances en cours : laisser aller, subventions, frelat conceptuel... Philippe Vercelotti vend ses oeuvres à des individus qui les apprécient. Aucune institution ne le soutient. Il ne présente aucun dossier. Il expose. Il accueille. Il rencontre. Des individus se portent acquéreurs. Il vit. La Drac n'est pas son choix. Pas d'intrigues. Pas de cours. Pas de spécialistes. Du coup, pas d'obligation de se laisser aller aux modes et aux mots des donneurs d'ordre. Aucune lâcheté devant les directeurs compétiteurs de l'art. L'oeuvre se dresse telle quelle. Philippe Vercellotti ne se plaint pas de l'indifférence des élites artistiques. Il n'en dit rien. Surtout pas de philosophie pour justifier son entreprise. Pas de métadiscours appuyé des citations de grands hommes. Ni Platon, ni Heidegger ne sont convoqués. Philippe Vercellotti raconte des histoires. Il trame par du concret les infinis possibles. Il est ingénieur en aventures des choses. Dès lors, il donne à penser. Il ne s'appuie pas sur un substrat de concepts, mais, par ses oeuvres, et par ses mots, il propose à l'invention une esthétique. Il n'appuie sur elle aucun de ses tableaux. Il les risque et sent pointer la possibilité des concepts. Dès lors, pas d'obscénité philosophique. Un silence par le jeu croisé des mots et des images. Pas d'effet de masse. Pas de séduction par l'ingiénérie culturelle. Non? Juste des individus, parfois, qui visent d'âme et d'oeil les oeuvres, ou sont visés. Ces individus s'étonnent, bourdonnent, critiquent. Ils aiment, ou non. Ils détestent. Ils suivent des pistes. Ils les refusent. Ils sont sans soumission, ou déférence. Et Vercellotti, lors des expositions, se promène parmi ses oeuvres et ces individus, causant, plaisantant, toujours sérieux, vendant, faisant rebondir le rire sur les fausses profondeurs qu'il crée, et avouant son ignorance, ses oublis, son passage. Les oeuvres exposées sont en réserve. Il les réserve. Il se réserve. Il parle et peint avec réserve, et sans diarrhée lyrique. Cette réserve prépare leur infini.

Cela fait contradiction nécessaire, qui paraît, ces temps-ci, quasi divine.

Le plus nécessaire pour un artiste, cependant, c'est la nécessité intérieure. La contradiction avec le monde ne suffit pas. L'oeuvre est au chantier de son secret.

Quelques anagrammes, qui s'exposent ce jours-ci à Toulouse, sont un exemple, pour Vercellotti, de cette nécessité.

L'homme, depuis longtemps s'intéresse aux anagrammes. Il se faisait appeler Victor Letel, à moins que ce ne fût Victor Letel qui se prétendait Vercellotti. L'anagramme est un renversement de lettres, qui opère, par tour d'esprit, un ébranlement comique des positions de l'être. L'anagramme met en miroir ce qui est et ce qui peut être, en les montrant combinaisons égales d'un même groupe de lettres. Il suggère que l'être est aux lettres, ou que les lettres font l'être. Il délivre ainsi de l'obligation du donné et ouvre parfois accès au réel. Son jeu libère de l'ordre institué du sens pour l'aventure délicieuse des sens. Autant dire qu'en chassant l'angoisse de l'origine, puisqu'il renverse, par exemple, le temps, il est magnifiquement poétique.

Or il a tout à voir avec le retournement du tableau. Retourné, ce dernier interroge : où suis-je ? Où suis-je lui, et où suis-je moi ? Il est passé par ici. Il repassera par là... C'est lui et ce n'est pas lui. Furet. Furetons. Le tableau est-il d'un côté ? Est-il de l'autre ? N'est-il pas la possibilité, toujours en réserve, du retournement ? Le tableau retourné ébranle. Il nous fait rire et douter.

Il arrache à la réserve par la réserve qu'il montre. Dès lors, il est un voile que l'on retourne. Voile de la Vierge, ou voile des bandits. Voile du théâtre, et voile des femmes. Voile qui est et n'est pas, et naît, fait naître, pied de nez... Il cache et montre. Il suggère la réserve, Il la construit. Il est obscène en matière de réserve. Le retournement du tableau le fait voir voile, ici, là, double, rieur discret, obscène, toujours au bord de la pornographie de l'être, ou du retrait.

L'anagramme retourne l'écrit, l'interroge, le fait percevoir comme voile qui cache et montre, a des réserves, les fait sentir, et propose l'infini érotique des sens.

Quelle indécence !

Philippe Vercellotti vit l'anagramme dans son nom. Beau début, mais il le vit encore par presque tous ses tableaux, qui sont porteurs de tableaux retournés, et proposent, par divers jeux, dont faux cadres, plis, recouvrements de toiles, force posibilités du retournement. On peut même les accuser d'y exciter ! Parfois, les tableaux retournés, comme dans la grande Réserve, apparaissent sous une table. C'est dans cette obscénité discrète de son sujet que se joue ce chef d'oeuvre.

Or, depuis le Secret de la boutique aux Vapeurs, Philippe Vercellotti est passé à un nouveau degré d'accomplissement de l'anagramme, et surtout de l'unité plastique entre anagramme et tableaux. En quelque manière, il révèle la nature picturale de l'anagramme tout en manifestant la nature littéraire, ou plutôt lettriste - si ce mot n'était déjà arrimé par une école - des tableaux.

Le Secret de la Boutique aux vapeurs a produit une série d'anagrammes, qui suscitent à leur tour la création de tableaux. Philippe Vercellotti, auteur, ne peut guère s'y dérober. Les anagrammes le poussent. Il doit peindre. Fuir ne servirait de rien. Mourir même ne le sauverait pas. Les anagrammes existent. Qu'il accomplisse ou pas les tableaux, ils existent déjà. S'il les peint effectivement, il devra se retourner vers eux, et y circuler. Il sera certes utilisable, comme commentateur, mais dérisoire, fantôme de son oeuvre, vieux témoin d'une histoire, en lançant d'autres, étranger et fier de l'être, tout au centre vagabond d'un jeu de lettres.

Nous parlerions éternellement de cette seconde nécessité, qui abolit l'artiste dont elle procède. Les anagrammes, chez Vercellotti, en sont un remarquable aspect.

Les visiter à l'Espace Saint Jérôme à Toulouse, en ce moment, est nécessaire.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : De la nécessité de Philippe Vercellotti 17:14 dans De pictura , Philippe Vercellotti

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