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« La Permanence, un an après »

mercredi, 4 février 2009

La Permanence, un an après

Voilà bientôt un an que Jean-Luc Moudenc a perdu les élections municipales à Toulouse.

On aurait pu croire que tout était fini.

La gauche allait nous arracher les étonnants cubes rouges ainsi que les cylindres jaunes que Jean-Luc Moudenc avait fait installer dans le centre de la ville. Il n'en fut rien.

Les forces socialo-communistes allaient s'attaquer au Marathon des mots ou au Printemps de Septembre. L'essentiel fut sauvé.

Les rouges risquaient de boucher l'admirable petit canal sale qui coule dans l'ancienne Garonnette, métonymie précieuse de l'ancien passage des eaux. Tout fut préservé.

Même l'Espace canin de la place Pinel est demeuré. Les forces révolutionnaires, heureusement conservatrices, ont respecté, sous le Pont Neuf, un autre espace pour chiens admirateurs de la Garonne.

Nous respirons.

Parfois, nous nous hasardons dans les rues sans trop de crainte.

Cependant, notre gratitude va naturellement à Jean-Luc Moudenc dont l'admirable Permanence illustre si fort l'art contemporain toulousain.

Cette Permanence a d'abord tenu face au choc de la défaite. Loin de la faire disparaître, Jean-Luc Moudenc l'a maintenue telle quelle pendant de longues semaines. Devant l'histoire, il a su incarner la Permanence. Toutes les affiches sont restées en place. Pas un paquet de chips ouvert le soir de la catastrophe ne fut déplacé. Les chaises rouges ont paru aussi définitives que le Château de la Belle au bois dormant.

Après quelques semaines de cette résistance, nous avons vécu la disparition des affiches. Le visage de Jean-Luc Moudenc a cessé d'orner la rue. Les passants ont dû se contenter de l'éclat neutre des vitrines de la Permanence. Nous nous sommes inquiétés. Jean-Luc Moudenc renonçait-il ? Se retirait-il dans quelque thébaïde, amer, et loin du sens ? Allions-nous voir ouvrir en ce lieu désormais culte - la rue Victor Hugo, face à l'Hôtel de l'Ours blanc - une quelconque croissanterie ? Vendrait-on des nippes à la Permanence ?

Avouons le : un moment, nous avons perdu la foi.

Les apôtres, après la mort du Christ, aussi, ont douté.

Mais nous avons fini par reconnaître notre erreur. Tels les Pélerins d'Emmaus, nous avons vu, alors que nous ne nous y attendions pas, le signe de la victoire sur la Mort.

La Permanence persévérait. Elle persévérait en son corps même. Elle portait, certes, les stigmates de l'épreuve. On y voyait le trou, et même les trous. On pouvait reconnaître les marques de la passion. Plus une affiche à l'extérieur. Presque aucun paquet de chips à l'intérieur. Une bonne part du mobilier évacuée. Mais la Permanence apparaissait en son corps même. Le tombeau vide signait la résurrection. Dans le local, nous avons vu, d'abord, tout l'été, puis tout l'automne, et quand la bise fut venue, les affiches de la campagne, roulées sur une table, et laissant voir le visage de Jean-Luc Moudenc. C'était bien lui. C'était bien elle, la Permanence. Nous regardions, et nous regardons encore, à travers les grilles et la vitre maintenue, le corps même. Nous pouvions nous recueillir, et, renforcés, par la preuve, porter au loin la parole.

Jean-Luc Moudenc invente, contre la mort, l'impermanente Permanence. Son corps en gloire résiste.

Ainsi comprenons nous, le long parcours, qui le mena, par l'épisode du pied blessé, réactualisant les suites du combat de Jacob avec l'ange, l'accomplissement de la Promesse.

Un an plus tard, l'installation demeure. Les affiches roulées persistent sur les tables comme autant de suaires. Nulle croissanterie ne s'est ouverte. Personne n'a osé vendre en ce lieu des nippes ou des bibelots. Aucun sacrilège définitif n'a été commis. Les images tiennent, presque invisibles, et cependant perceptibles, dans la pénombre du lieu sacré.

Evidemment, des individus ont collé diverses affiches sur les vitrines. On y annonce. On y discourt. Certains ont jeté un vomi visible. Quelqu'un a collé la photo d'un type qui pbotographie, créant effet d'abyme... Le réel se complexifie. Le visage de l'Eglise se souille par l'histoire. La Permanence s'enrichit de présences, comme un récif de corail et d'anémones.

Jean-Luc Moudenc ne nettoie pas. Il sait que les algues métamorphosent les épaves. Il n'ignore pas que l'art contemporain sait désormais employer la nature à ses créations. La collabaration du hasard et du temps le multiplie. Ainsi la Permanence, comme l'Eglise, l'oeuvre, ou le récif, s'incarne-t-elle de son histoire.

Les passants qui la souillent l'honorent. La bave du crapaud fait de la création une concrétion plus riche. Tous ceux qui crachent sur la Permanence ajoutent corps à cette grotte.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La Permanence, un an après 21:49 dans Jean-Luc Moudenc , L'époque

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