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« La réalité de Camille Amadeus Colombetto 1 »

samedi, 28 février 2009

La réalité de Camille Amadeus Colombetto 1

Pendant l'été 1999, Philippe Vercellotti et moi, nous avons inventé le personnage de Camille-Amadeus Colombetto.

Au moment de la Toussaint, rue de La Colombette à Toulouse, dans la Galerie Palladion, fut présentée une vaste exposition de ses oeuvres. Un livre fut publié. Des prix furent attribués. Il y eut des tours de magies et des chansons.

Au mois de février, au théâtre Odyssud, à Blagnac, une autre exposition s'organisa. Nouveaux tours de magie. Conférences. Machines extraordinaires...

Depuis, Camille-Amadeus Colombetto apparaît ici ou là, par exemple sur l'Astrée, au G8, parmi les tableaux de Philippe Vercellotti, à Bruxelles dans la rue, dans divers musées du monde, en bien des occasions ignorées même des spécialistes.

J'ai donné quelques conférences sur l'oeuvre de Camille-Amadeus Colombetto. Ni l'Université, ni l'Inspection générale ne s'y sont pressées. Mais des chairs palpitantes d'humains ont entendu.

Une fois, j'ai dû gouter, sans m'y attendre, tout un soir, chez mon ami Jésus Rubio, la cuisine de Colombetto. C'était délicieux.

Anne Poiré, dans son site, reconnaît s'être glissée à l'occasion, dans le personnage. Elle oublie que c'est peut-être Colombetto qui l'a manipulée. On ne sait jamais le réel.

En 1999, nous voulions exposer un artiste qui n'existe pas. Notre idée était de demander à une cinquantaine d'artistes, qu'on reconnaît ordinairement pour réels, de concevoir un moment de l'oeuvre de ce personnage.

Nous ne pouvions leur demander de l'ordonner autour d'un style, ou d'un thème, puisque nous voulions qu'ils fussent eux-mêmes des artistes. Nous voulions leur proposer une contrainte, mais pas une unité factice, celle du pastiche. Au demeurant, il nous semblait contestable qu'un artiste puisse, en général, se reconnaître à un style, ou à quelques thèmes. Plusieurs exemples, dans ce qu'on appelle histoire de l'art, nous semblaient suffisamment démontrer qu'un artiste peut casser son style, ou se soumettre entièrement à ce que Barthes appelle une écriture. Le style ne nous semblait pas faire l'homme.

Nous eussions pu demander, simplement, aux artistes de signer leurs tableaux, leurs sculptures, leurs textes, ou leurs tours de magie du nom de Camille-Amadeus Colombetto. Mais cette idée nous répugnait. Nous voulions qu'ils signassent du nom qu'ils employaient d'ordinaire.

Une double signature eût été absurde. L'action de Camille-Amadeus Colombetto sur les oeuvres ne pouvait être du même ordre que celle des vivants.

Il nous fallait une sorte de hiéroglyphe. Si la signature des artistes, prétendus réels, devait apparaître en lettres communes, celle de Colombetro devait être une association de signes divers, faisant univers. Ainsi toute oeuvre présentée porterait double signature : exotérique et ésotérique.

Avec quelques signes, nous pouvions espérer échapper à la tyrannie du style et des thèmes, qui sont des avatars de la tyrannie de la vérité. Le verbe circulerait dans une structure nécessaire et vide.

A ces signes, il fallait ajouter un nom, puisque il n'est pas d'artiste, depuis que l'Occident en parle, qui n'en dispose.

Ce nom, nous l'avons inventé autour d'une table, devant une piscine, dans l'effercevescence de l'acte.

Nous désirions - en accord avec la Galerie Palladion - que le nom de la rue de Colombette figure dans celui de notre artiste. Nous avions toutes sortes de raisons pour cela : l'année précédente, déjà, nous avions organisé une exposition qui s'intitulait, à la recherche de la Colombette perdue. De plus, le nom de Colombette, portant à la Colombe et à Christophe Colomb, fournissait un élan symbolique. Enfin, la relative médiocrité de cette rue nous exaltait.

Colombetto nous apparut satisfaisant. Le mot sonnait italien. Il convoquait cette langue naturelle des arts et des enfants, qui est aussi la patrie ancienne de Vercellotti.

Je tenais beaucoup à ce que le prénom de Colombetto marquât une incertitude quant au sexe. Je ne crois pas en effet que l'on soit homme ou femme dans l'acte d'art. Si, comme l'écrit Nietzche, nous avons l'art pour nous délivrer de la tyrannie de la vérité, une des formes les plus rudes de cette vérité est le section du sexe. L'indécidable Camille nous attira : Camille Claudel et Camille Saint Saens fournisaient de bons prétextes. Camille Pissaro et, désormais, la chanteuse Camille, renversent toute opposition.

Il était elle. Elle était il.

Le maire de la Commune libre de la Colombette, désormais défunt, s'appelait Jean-Louis Amade, qu'on nommait aussi, dans sa lointaine jeunesse, langue de Velours. Nous l'aimions beaucoup. Ajouter son nom à celui de Colombetto pouvait lui rendre hommage. De plus, en le latinisant, nous invitions Mozart et la musique. Nous gagnions même l'amour de Dieu. Nous donnions une ampleur européenne à ce nom : Camille-Amadeus Colombetto.

Restaient à inventer ses marques.

Chacune devait permettre aux peintres et aux sculpteurs de faire quelque chose. Elles ne devaient pas être trop complexes à représenter, et offrir toutes sortes de possibilités. Surtout, elles ne devaient pas procéder d'une seule époque, d'un seul pays, d'un mode particulier de pensée. Camille-Amadeus Colombetto n'avait aucune raison d'être un artiste moderne, plutôt qu'ancien, contemporain plutôt qu'antique, ou d'être belge plutôt que flamand, croate, chinois ou américain. Si son oeuvre se manifestait à la Colombette, vers la Toussaint 1999, en cette extrême fin du Millénaire, rien n'empêchait que d'autres manifestations ne se fussent déjà produites, ou ne pussent être attendues. L'artiste est passe-murailles du sexe, du temps et de l'espace.

Quatre marques se sont imposées presque immédiatement : le carré, le quarante, le noir, et la clef.

Le carré nous paraissait bien poser les choses à terre, et préparer les quatre marques. Il nous semblait que le base d'un cloître pouvait constituer l'espace premier de l'action d'un artiste. Il faut quatre évangélistes pour lancer la Parole. Le quarante découla du carré par association phonique, mais aussi par souvenir des quarante voleurs d'Ali-Baba, de la quarantaine, et des quarante jours au désert... Peut-être fallait-il une épreuve de quarante jours, ou de quarante ans, pour atteindre à l'art. Le noir nous vint de Soulages, des possibilités plastiques qu'il présentait, et aussi de la mélancolie, souvent liée à l'expérience de l'art. Une installation dans un carré terrestre pendant quarante jours nous semblait la condition de l'oeuvre au noir.

Enfin, la clef parut d'évidence pour sortir de toute ombre. Dans une chanson de Colombetto, dont Marc Serin fit la musique, on entendit ce vers : ma clef mène où le jour demeure.

Ayant acompli notre oeuvre et la contemplant, nous la jugeâmes bonne. Nous obtenions en effet ces initiales pour Camille-Amadeus Colombetto : CAC. Le chiffre quarante s'y associant : CAC 40 !

Que notre artiste ait initiales de la Compagnie des Agents de Changes nous parut excellent, tant il est vrai que l'art se nourrit d'argent nourri par lui, et tant l'artiste est agent de change. La Bourse nous semblait, comme la Poésie selon René Char, l'amour réalisé du désir demeuré désir. La merde horrificque de l'or est celle même de l'oeuvre d'art. Restait à accomplir l'envol de la Colombe.

L'exposition fut un succès. Les artistes invités s'acquittèrent diversement de leurs tâches. De nombreux tableaux ornèrent les salles de la galerie Palladion. Des scupltures se dressèrent. Un prix Colombetto fut attribué. Un livre fut publié. Les enfants des écoles défilèrent. Camille-Amadeus Colombetto fut à la mode. Il exista sans avoir rien fait.

Ses aventures se poursuivent.

Nous poursuivrons.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La réalité de Camille Amadeus Colombetto 1 14:57 dans Artistes , Camille Amadeus Colombetto

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