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« De quoi je suis vivant »

mardi, 24 mars 2009

De quoi je suis vivant

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Ce vers paraît dans un sonnet de Théophile de Viau, à la page 211, de l'édition Garnier de ses Oeuvres poétiques.

Guy Saba, son éditeur, l'a équipé d'une note. De quoi = de ce que.

Grâce à ça, on doit comprendre mieux.

Est-ce si sûr ? Comment Guy Saba sait-il que Théophile veut dire : de ce que ?

J'aime trouver stupides les notes de Guy Saba. Je suis de mauvaise foi. Il l'est aussi.

Lisons Théophile.

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

De quoi ce quoi est-il porteur ? Est-il un simple de ce que ? N'est-il pas interrogatif ? N'est-il pas double, et du coup triple, puis quadruple ?

Voilà l'étonnement.

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Non pas seulement m'étonne le fait d'être vivant, mais m'étonne ce qui me rend vivant. De natura rerum...

Un peu plus loin dans le texte : Mithridate autrefois a vécu de poison, les Lestrygons ont vécu de sang, et moi de flamme.

Je me trouve étonné d'être vivant de flamme.

Pas seulement du fait de vivre.

Voilà l'étonnement.

Guy Saba n'a pas tout a fait tort. Ce qu'il dit n'est pas complétement faux, mais ce n'est qu'une moitié du sens. Et couper en deux, ici, c'est détruire.

Le poème tient au continu.

Demi désespéré je jure... Pas de coupure.

L'étonnement est à la fois d'être vivant et de ce qui rend vivant. Là est le point vibrant. La vie n'est pas séparable de ce qui la rend possible. Telle est l'intuition épicurienne. De natura rerum... Nous sommes vivants de non vie. Nous sommes parfois même vivants de flamme. Ce n'est pas la vie, seulement, et l'étre vivant, qui étonne, c'est qu'elle soit vivante de flamme, de poison, de sang, d'atomes, de corps, de ce que je me trouve étonné.

D'un sommeil plus tranquille à mes amours rêvant,

J'éveille avant le jour mes yeux et ma pensée,

Et cette longue nuit si durement passée,

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Non pas je suis étonné, mais je me trouve étonné.

Le je trouve le me dans cet étonnement, et c'est dans cet étonnement d'être vivant, que justement, il est vivant.

C'est par l'étonnement qu'il est vivant.

L'étonnement ne va pas sans tonnerre ni flamme. Il ne se suffit pas du jour, même avant le jour, où j'éveille mes yeux et ma pensée. Loin de la tranquille beauté des jardins et du jour dont parlera La Fontaine, l'étonnement tonne dans le vers.

Et moi je vis de flamme.

Voilà l'extrême fin du sonnet, la pointe. Du sommeil à la flamme, le poème va par le jour et l'étonnement.

Lisant ce vers, à la légère, au début du troisième millénaire, je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Ce vers, par l'étonnement qu'il me crée, et dans cet étonnement, me rend vivant. Est-il poison, flamme, ou sang ? Et, lecteur, suis-je Lestrygon, Mithridate, ou bien je ? Je amoureux ?

Je vis de mon plaisir à lire, en gai savoir, et loin de Guy Saba, qui réduit de quoi à un seul sens, quand j'en sens trois, et donc quatre, comme l'intégrale des trois, et plus encore, à l'infini, tant sonne le sonnet.

Chacun à son plaisir doit gouverner son âme.

Pourquoi annoter, quand on l'ignore ?

Pour le plaisir, voici Théophile :

D'un sommeil plus tranquille à mes amours rêvant,

J'éveille avant le jour mes yeux et ma pensée.

Et cette longue nuit si durement passée,

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Demi désespéré je jure en me levant

D'arracher cet objet à mon âme insensée.

Et soudain de mes voeux ma raison offensée

Se dédit et me laisse aussi fol que devant.

Je sais bien que la mort suit de près ma folie.

Mais je vois tant d'appas en ma mélancolie,

Que mon esprit ne peut souffrir sa guérison.

Chacun à son plaisir doit gouverner son âme,

Mithridate autrefois a vécu de poison,

Les Lestrygons de sang, et moi je vis de flamme.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : De quoi je suis vivant 18:09 dans Théophile de Viau

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