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dimanche, 1 mars 2009

La réalité de Camille-Amadeus Colombetto 2

Seconde partie de ce qui a commencé ici.

Entre octobre et novembre 1999, l'exposition d'oeuvres de Camille-Amadeus Colombetto fit exister son inexistence. Ensuite, pour quelques personnes au moins, Colombetto a insisté. On a dû en tenir compte.

Philippe Vercellotti, lors de sa dernière exposition, a fait apparaître, dans des tableaux importants, les marques de l'artiste. C'est ainsi que la suite anagrammatique de Victor Letel, dont deux éléments étaient présentés, sont d'indéniables Colombetto. Le carré, le quarante, le noir et la clef y figurent. Quant à La mystérieuse chambre rouge du 40, si elle manifeste le quarante, le carré, et même le noir, la clef n'est pas visible. On ne voit que le trou d'une serrure... Influence mallarméenne sur Colombetto ? Je dis clef, et aussitôt se lève l'absente de toute serrure... Toute serrure non pénétrée serait figure de l'absente... Les spécialistes s'interrogent.

L'indication, par moi, à quelques visiteurs, de la présence ostensible d'une clef dans le tableau qui faisait face à la mystérieuse chambre rouge du 40, excitait. On en était retourné. Colombetto considérait donc l'exposition entière comme une oeuvre. Discrètement, par la disposition des tableaux, il laissait aux signes et aux visiteurs, l'initiative.

Les lecteurs de l'Astrée savent que, depuis l'origine, Colombetto y signe divers textes, et en particulier quarante portraits. Chacun d'entre eux porte, comme un tétragramme, les quatre marques constitutives de sa présence.

On peut douter que ce nombre soit dépassé, à moins que quatre cent portraits, ou même quarante mille, ne plaisent mieux à Camille-Amadeus. Son expression est imprévisible. Sa présence sur l'Astrée ne saurait être bornée.

Le titre d'un article de Denis Favennec - Pour en finir avec Colombetto - formule un projet, peut-être une espérance, mais, deux ans après sa parution, il rend manifeste une persistance. On n'en finit pas avec Colombetto : ayant franchi le mur du millénaire, ce personnage persiste.

C'était à prévoir. Pourquoi désirer retenir Colombetto en un siècle ? Il était déjà présent dans le vieux conte d'Ali Baba et les quarante Voleurs. L'obscurité de la grotte, le Sésame, qui est un clef, le nombre des voleurs, ainsi que les carrés figurant des éléments de coffres dans les illustrations, tout l'assure.

Rares sont les musées sans quelque Colombetto. Du Louvre au National Gallery, on en rencontre les marques, souvent discrètes. Faut avoir l'oeil : Mélancholia I de Dürer, par exemple, si l'on joue avec le nombre que déploie le carré magique, le quarante surgit vite... La clef se voit sans trop de peine.

Le village de Quarante dans l'Hérault, à diverses époques, a vu devant son église romane le passage du Maître. Des spécialistes, qui aiment désigner les artistes au nom inconnu, par le nom de la ville, ou du village, où l'on a pu caractériser leur style, parlent du Maître de Quarante, ou, plus rarement, du Maître du Quarante.

On découvrit à Toulouse, un an après l'exposition colombettienne, un bar appelé le Quarante, dont les étalages de noir et la multiplication des carrés jusque dans la vitrine, suggèrent une clef en Colombetto.

Ce personnage est devenu un opérateur de lecture du monde. Pour qui connaît et reconnaît son oeuvre, le réel s'organise, ici et là, par elle. N'en-va-t-il pas de même avec d'autres artistes ? Ne reconnaît-on pas Proust, parfois, en quelque aubépine, Flaubert dans une illusion, Rabelais en des nourritures, Apollinaire au fil de l'eau ? Les artistes rendent le monde visible, et signé par eux.

J'ai pu collectionner de vieilles pancartes usées par la pluie, le vent et le soleil pour avoir vu les créations de Christine Valcke. Les débris que je récoltais aux troncs des arbres, aux limites des champs, sur des chemins, me paraissaient beaux par sa grâce. Christine Valcke me faisait voir comme étant d'elle des parties du réel. Il m'est arrivé de lui en montrer. Elle ne les a pas reconnues. Elle a douté peut-être de moi. Mais je ne doute pas d'elle. Elle a fait oeuvres d'elle-même ces choses qu'elle n'a pas vues.

Camille-Amadeus Colombetto est une condamnation en cent actes divers de toutes les formes d'histoire des arts. Son oeuvre, qui est une transcendance d'ici bas, est un rire du vide divin.

Au demeurant, elle une excellente justification pour les historiens des arts. En rendant manifeste leur néant, elle leur propose un chemin de gloire. Il s'agit désormais pour eux de persister dans l'être par l'établissement toujours plus actif de la certitude de leur néant. Acharnés aux preuves et aux temps, retrouvés et perdus aux labyrinthes des productions, judas trahis, ils se vouent à rendre évident l'envol scandaleux.

Tel est le jeu.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La réalité de Camille-Amadeus Colombetto  2 12:15 dans Camille Amadeus Colombetto

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