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« Pour une théologie du préservatif »

samedi, 28 mars 2009

Pour une théologie du préservatif

Inutile de se voiler la face : le préservatif est théologiquement faible.

Pas de préservatif dans l'Evangile ou la Torah. Ni Booz, ni Noé, ni Adam, ni Abraham, ni le Christ n'en portent, ou n'en parlent.

Le Sperma dei s'engouffre dans la Vierge sans latex.

Comment croître et multiplier couverts ?

Sainte Thérèse, quand Jésus la pénètre, ne se protège pas. La foi ne calcule pas. Le Chrétien s'expose au feu du Verbe. L'amour est sans médiation.

Benoit XVI est indiscutable.

Souvenons-nous cependant des chinois.

Les jésuites, dès la fin du XVIème siècle, et pendant le XVIIème, s'efforcèrent de les convertir. Ils y parvinrent en partie. Comme les chinois étaient chinois, et qu'ils aimaient leur culte des ancêtres, les jésuites, qui étaient jésuites, s'adaptèrent. Ils bricolèrent une petite théologie portative, et mêlèrent au catholicisme un peu de rites chinois. Les conversions allaient bon train, mais Rome s'en mêla. Elle vit les jésuites trop jésuites et donc trop chinois, ou l'inverse. Elle condamna. En 1742, Benoît XIV, quoique Pape des Lumières, coupa court d'une bulle aux dits rites. Les chinois désertèrent la messe. Ils chassèrent d'ici-bas et de chez eux force chrétiens. C'est ainsi que leur marché demeure assez fermé aux cierges et aux Vierges de Lourdes...

Modernes, nous tenons aux préservatifs comme les chinois à leurs ancêtres. Nous irions volontiers à la messe, mais pas sans droit d'être couverts.

- O Pape, nous sommes tout à fait prêts à croire, mais laissez nous les préservatifs. Nous nous prosternerons devant vos autels, nous lamperons le vin de messe, même en latin, mais pas sans préservatifs.

Paris un jour valut bien une messe. La gloire de Rome maintenant vaut bien un préservatif.

Songez aux bénéfices : églises pleines, denier du culte abondant, âmes sauvées...

Cher Benoît XVI, ne tombez pas dans l'erreur de Benoît XIV. Il a perdu la Chine, vous pourriez nous perdre, et encore un peu de Chine.

- Je vous entends, dira Benoît, mais Saint Thomas, Saint Jérôme, Saint Augustin, et Sainte Marie Alacoque ne canonisent pas la capote. Toute bonne théologie du corps enseigne à baiser non couvert.

- Vous avez raison, très Saint Père. Songez pourtant aux églises vides, aux âmes perdues, aux journaux... Si vous continuez à mettre le préservatif à l'Index, de nombreux chrétiens seront martyrisés par la Presse. Le supplice des ondes leur sera appliqué. Ils seront mis en toile horriblement.

- Quid faciamus ?

- Soyons jésuites, très Saint Père. Il nous faut une théologie du préservatif.

L'inventer n'est pas commode, mais tout chemin chrétien est marqué par l'épreuve. La plus rude est la plus salutaire. S'abandonner à la foi, et en mourir, quelque rudes que soient les supplices, est parfois plus aisé que d'inventer une efficace casuistique. Combien d'années d'étude il faut pour faire un beau raisonnement, tandis qu'on peut être martyrisé jeune, et sans diplôme ? Souvenons nous aussi que la Chine n'est pas devenue chrétienne par le sang de ses martyrs. Elle le serait peut-être devenue par l'acceptation raisonnée des rites chinois. Leur refus a précipité le catholicisme vers l'abandon des Lumières, le romantisme et les chapelets de vieilles taupes... Grand renfort pour les protestants !

Il faut agir.

Par manque de jésuites, et seul apparemment au désert de la mauvaise foi, je propose ici l'esquisse d'une théologie du préservatif...

Je m'aide d'une de mes anciennes très jeunes voisines.

Elle était moderne et pratiquante en pipes. Parfois, me disait-elle, avec deux ou trois copines, je vais m'entraîner. A mes demandes ethnographiques, elle répondait : Cela ne compte pas, ils ont des préservatifs.

J'apprenais donc, par ma voisine, qu'un préservatif transforme une pipe en ceci n'est pas une pipe.

Je puis en tirer des conclusions théologiques.

Le préservatif est un hymen absolument étanche, mais qui n'empêche rien, et qui métamorphose. Il est capital, à son propos, de se démarquer de l'Evêque d'Orléans, qui soutenait, ces derniers jours, que des petits virus pouvaient passer en nombre par la paroi du préservatif. Le Monde nous apprend, heureusement, qu'il a reconnu son erreur : cette porosité détruirait toute justification théologique.

A supposer que l'hymen de la Vierge n'eût même qu'un seul trou, le miracle s'en fût trouvé douteux.

L'évéque d'Orléans a reconnu son erreur. La doctrine de l'infaillibilité du préservatif demeure. Elle est un fondement.

Au rapport direct à Dieu que l'on peut dire d'effusion, et tel que Madame Guyon, sans doute Sainte Thérèse et Pascal, dans sa nuit de feu, le rêvèrent et le vécurent, s'oppose le rapport par médiation. Le médiateur n'est pas divin. Il peut même être, mal employé, un obstacle à Dieu. Mais il rend possible, en vérité, s'il n'est pas idolâtré, une relation durablement féconde.

L'image religieuse semble un écran qui nous sépare de Dieu. Jean-Jacques Rousseau rêvait de prier hors les temples et loin de toutes peintures. Il se serait dressé contre le préservatif. Il aurait vu en lui une oeuvre de la culture des villes. Il l'aurait dénoncé, tout à trac, avec les arts et les spectacles. Mais Rouseau était Suisse, plus ou moins calviniste, et Rome est Rome, avec ses peintures.

L'image religieuse est étanche, mais, comme l'hymen de la Vierge, elle n'empêche pas la relation à Dieu. En vérité, elle la métamorphose. Elle met en gloire le miracle.

Le Tableau de Magritte - Ceci n'est pas une pipe - n'est effectivement pas une pipe. La pipe ne passe pas à travers lui, et nous pas davantage. Mais notre relation à la pipe - et sans doute de la pipe à nous - est changée par cet exercice spirituel, le tableau. De même, le préservatif métamorphosait la relation de mon ancienne voisine aux sexes qu'elle ne touchait pas, puisqu'il n'y avait pas de pores. Elle accédait par lui dans l'ordre de l'exercice, qu'on peut juger physique, mais qui est également spirituel.

L'image religieuse catholique n'est pas l'icône, qui est le divin même. Le préservatif n'est pas la peau, qui est le corps. La médiation étanche est la condition d'une image, qui rend possible, et intéressante, par la contradiction qu'elle introduit, la relation à Dieu. Cette image éloigne la terreur du buisson ardent. Elle fonde notre liberté, nos chances de retournement par l'esprit comme il se manifeste aux lettres de l'Agneau mystique, quand l'Ange parle à la Vierge. Elle veille à notre salut, et met en gloire la discrétion divine.

En nous rendant Dieu tolérable, elle est un signe de son amour. Telle est l'Incarnation, dont l'image religieuse est une représentation paradoxale : ne la montre-elle pas, justement en désincarnant, la chair représentée n'étant pas la chair ?

Cette image offre les avantages de l'Incarnation sans imposer certains de ses inconvénients : on lui obéit plus aisément qu'à la chair quand l'une ou l'autre disent : Noli me tangere.

Cette image, qui n'est pas une icône, et qui n'est pas une idôle, est l'intelligence de la relation à Dieu. Elle est suave et sauve. Elle est subtile, inventive, distance, proche, superficielle et profonde, comme il se voit au Gésu à Rome. Loin de toutes les terreurs qu'entraîne une théologie de la Grâce, elle permet l'élévation en escalier, la conversion délicieuse, par chemin d'anges.

Le préservatif est, dans son ordre, l'image de l'image. Etranger à la chair, comme à l'esprit, il assure l'échange sans pores ni peurs. Il permet le passage de l'Amour, sans la moindre part de matière. Marial, il est le moyen de la conversation et du miracle. Tout tableau d'Annonciation le représente. Fra Angelico, dans un couvent de Florence, par un travail de colonnes et d'hortus conclusus, en a produit, au haut d'un escalier, l'allégorie.

Que les jésuites réveillés développent...

Comme ils ont multiplié les peintures, ils multiplieront les préservatifs. Ils les feront croître dans les églises. Ils les porteront sur les places en ostension. Ils découvriront de saintes reliques. Preservator Mundi sera le titre d'une bulle, réparant pour les modernes ruts l'erreur des rites chinois.

L'Eglise alors sera pensée comme un préservatif. Modernes égarés, nous reviendrons nous faire préserver dans le vaste manteau de la Vierge.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pour une théologie du préservatif 13:37 dans L'époque , Théologie

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