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« Monstres et merveilles »

dimanche, 19 avril 2009

Monstres et merveilles

Monstres et merveilles sont proches apparemment, mais se distinguent. On montre souvent la merveille, et elle montre. Le monstre est merveille. La merveille est monstre. Mais la merveille se produit souvent hors vision. On l'entend. On la goûte. On la respire. Quelle merveille de musique ! Quel merveilleux parfum ! La merveille n'est pas toujours affaire d'oeil. Toute l'âme et tout le corps y sont ensemble convoqués.

Le monstre fixe le regard. Il l'attire. Il le tient. Il le pétrifie. Il tend à réduire l'âme et le corps à l'oeil, à un seul oeil. Il rend cyclope.

Qu'un Dragon, une tête de Méduse, ou une tête arrachée surgisse, je suis réduit à l'oeil. Tout de moi tremble ou se fige depuis lui. Mes cheveux se hérissent. Ma chair sue. Ma bouche hurle. Je suis soumis à la loi d'oeil.

Bonne affaire pour le producteur d'images apparemment. S'il représente un monstre, il peut attraper son public. Le monstre fixera autour de sa toile, ou de son film, ou de son dessin tout un peuple soumis à l'oeil. Succès garanti. Le monstre est un outil puissant des arts du visible. Témoin, au tympan de Conques, la foule fascinée qui bade les gueules d'Enfer. Fort peu d'anges ont pareil succès.

On peut juger l'effet monstre facile, lui préférer la merveille. Avec elle, pas de terreur qui fige. Pas de réduction à l'oeil. Toute l'âme et tout le corps engagés dans une expansion salutaire : la poésie. Tel est l'art quand il est réel : producteur de merveilles. Le meilleur, cependant, convertit le monstre en merveille.

J'y songeais en considérant un curieux dessin de René Izaure, Monsieur Propre number one n'attaque pas la couche d'Ozone. On y voit ce qu'on appelle un monstre, corps noueux, tête fortement dentée, queue de Dragon, dans un immense paysage. Ce monstre attire l'oeil spectateur. Il est apparemment l'effet principal du dessin. Or, ce monstre, quoique monstre, ne pétrifie pas.

Certes, en le regardant, je sais qu'il s'agit d'une représentation, mais l'image projetée sur un miroir de la tête de Méduse suffit à pétrifier. Tel ou tel tableau, tel ou tel film, cloue qui le voit par l'oeil. Il y a une pornographie très efficace du monstre, et toute pornographie réussie, peut-être, est affaire de monstre. Mais le dessin de René Izaure, en installant le monstre, éveille l'oeil à la considération du paysage. Le monstre surgit, mais léger, fait sourire et paraissent la montagne, les petits dragons au ciel, le village, les charrettes, les types courant dans les bois, et les fleurs, les chemins... Le monstre introduit à l'émerveillement multiple.

Il faut considérer cet emploi : la Peinture convertit parfois l'horreur, qu'elle montre telle, en merveille. Loin d'éviter le monstre, elle fait fond sur lui.

Telle est la méthode.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Monstres et merveilles 21:41 dans Méthodes

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