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« Un tombeau pour Filippo Lippi »

mardi, 28 avril 2009

Un tombeau pour Filippo Lippi

Filippo Lippi est un peintre admirable.

Je l'aime particulièrement pour avoir séduit une religieuse, Lucrezia Buti, lui religieux, l'avoir transformée en peinture, et, du fruit de leurs chairs, avoir fait un autre peintre admirable : Filippino Lippi.

Dom Juan a enlevé Elvire à la clotûre d'un Convent, mais sans lui faire un peintre, pas même Elstir. Il s'est tiré au noir sans oeuvre. Du coup, la comédie le mène à sa mort.

Les anges de Filippo Lippi sont délicieux. Ses Vierges rendraient Cupidon catholique. Il a su faire à la peinture, ce parfait préservatif, l'amour et un enfant. Tel est le miracle.

L'histoire prétend que Filippo Lippi est mort en octobre 1469 à Spolète. Il faut la laisser dire. Le visage de Lucrezia Buti est plus fort que la Mort.

Récemment, j'ai vu des oeuvres de Filippo au Palais du Luxembourg. Quelques jours plus tard, je suis allé au Château d'Oiron dans les Deux-Sèvres. J'avais en poche le billet usagé de l'exposition Lippi.

Le Château d'Oiron est un Lieu d'Art Contemporain. Madame de Montespan, qui y passsa une part de son vieux temps, n'imagina pas cet avenir. Elle priait pour son salut. Elle mettait des chemises rugueuses, sans doute une discipline. Elle se macérait. Elle expiait. Une artiste contemporaine - Gloria Friedmann - a mis quelques os d'animaux dans une des salles de son Château. Cela s'appelle La vanité des bâtisseurs.

Madame de Montespan avait fait bâtir une aile. Elle devait souvent y méditer l'Ecclésiaste. Elle pensait sans doute parfois au cocu noir, son mari dont les os pourrissaient dans l'église de la Dalbade à Toulouse. Elle rêvait aussi, selon Saint Simon, d'enterrer madame de Maintenon, puis de retrouver les faveurs du Roi... Vanité des vanités... Tous ces gens sont morts. Et il existe, grâce à Gloria, un tas de gros os dans le château d'Oiron. Nous sommes invités à admirer.

Quand il s'agit d'art contemporain, mon principe, souvent éprouvé, est d'agir. Toute oeuvre d'art contemporain me semble, pour partie, substituable. Rien ne géne à prendre un peu des boules de Jean-Luc Parant, à leur substituer des pommes, ou un oeuf, à vagabonder boules en poche. L'oeuvre n'en est pas moins chère et admirable. Les gardiens, heureusement non croyants, laissent faire. On peut parfois mettre son slip dans une oeuvre. Elle n'en est que plus féconde. Je l'ai fait. Difficile en revanche de prendre un bout de tableau de Filippo Lippi, de lui substituer une tartine, et de vagabonder sans culpabilité. J'en dirai les raisons quelque jour...

Au château d'Oiron, devant le tas d'os, billet de Filippo Lippi en poche, j'eus un désir.

Rien de plus délicieux.

Je désirais offrir un tombeau à Filippo Lippi.

Pas le tombeau qu'un corps, portant son nom, habite déjà dans la cathédrale de Spolète. Ce tombeau vaut le voyage, mais Filippo Lippi est trop l'auteur d'un permanent miracle pour être mort.

Je lui voue un tombeau léger, changeant, volage et scandaleux.

Tout artiste, selon moi, s'il est réel, a besoin d'un tel tombeau, ou de plusieurs. Offrez des tombeaux aux artistes réels. Rendez les coucous des oeuvres des autres !

J'avisais le tas d'os de Gloria Friedmann, la vanité des bâtisseurs. C'étaient de très gros os d'animaux. Elle avait dû vider une boucherie.

Ces os ne puaient pas. Ces os étaient propres. Ils avaient air d'éternité.

Gloire à Gloria, encore une fois, pour la Vanité ds bâtisseurs.

Je sortis de ma poche le billet de l'exposition du Palais du Luxembourg. Je le fis jouer comme une aile au dessus de la Vanité des bâtisseurs. Le nom de Filippo Lippi était porté sur ce billet avec le visage d'un ange. Je considérai les os, la voûte de la salle, la solitude dans ce château en ce matin d'Avril. J'approchai l'image de l'ange de la base du tas d'os. Je le glissais dessous. Il disparut. Quel beau tombeau !

Madame de Montespan est morte, déchue, aux eaux de Bourbon. L'aile de son dernier château abrite des oeuvres d'art contemporain. L'une d'elles abrite un billet de Lippi et un ange. O Vanité des bâtisseurs, le nom de Lippi est bien sous tes os ! Je peux vaquer dans les salles voisines, voir quelques monstres, et les fresques, sans doute italiennes, de la ruine de Troie. Je vois Enée portant Anchise. Je vois brûler les remparts de la vieille cité. Amour, Amour, tu perdis Troie, mais Lippi a bien butiné Buti.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Un tombeau pour Filippo Lippi 20:49 dans Méthodes

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