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« Une hache polie douteuse »

samedi, 2 mai 2009

Une hache polie douteuse

Passant par le Musée des tumulus de Bougon, j'ai vu ce livre : les deux Sèvres préhistoriques par Georges Germond.

Comme je venais de passer au Logis de Riparfond, près de Bressuire dans les Deux-Sèvres, j'ai cherché Riparfond.

J'ai lu : A Bressuire un racloir latéral a été trouvé à Riparfond et une hache polie douteuse a été signalée dans les fouilles du château en 1857.

J'avais vu, quelques heures plus tôt, le château de Riparfond depuis les jardins des anciens communs où vit mon ami Pascal Paineau.

Nous avions été visiter le dolmen du Pin dans le parages.

Pascal Paineau sait-il qu'une hache polie douteuse a été signalée dans les fouilles du château en 1857 ?

Il ne m'en a pas parlé.

Peut-être a-t-il présumé que l'excitation aurait été trop grande pour moi.

Le texte du livre de Georges Germond, photographié clandestinemrnt au Musée de Bougon, me fait rêver.

Qu'est-ce qu'une hache polie douteuse ? Douteuse en quel sens ? Eveille-t-elle infiniment les doutes ? Quels doutes ? Est-elle, comme les libertins, selon Pascal, un opérateur de scepticisme ?

S'agit-il, plus simplement, d'une pierre qui ressemble à une hache, mais dont l'être hache est incertain ?

Qui doute alors ?

Le texte est troublant. Cette douteuse a été signalée. A-t-elle été signalée douteuse ? Est-ce l'individu qui a recueilli le signalement qui l'a déclarée telle ? Mais que signifie signaler ?

Je me demande si la douteuse est en main sûre, visible, commentable ? Peut-être a-t-elle disparu comme la main de Morenci ? N'existerait plus que son signalement. Le texte de Georges Fermond signalerait ce signalement. Il serait le signalement de l'Evangile de la hache. Entre hache et moi, se tiennent le signalement, le signalement du signalement, et le doute. Je dois d'abord croire en Germon, puis au signalement, pour aboutir au doute quant à la hache. Ce cheminement m'intéresse. Il fait germer en moi force pensées. Georges Germond, au nom de terre et de nature, entre Géorgiques et bonne nouvelle, me paraît une sorte de prêtre. Germons, dit-il.

Je m'étonne à peine de la date qu'il signale : 1857, un siècle exactement avant ma naissance.

Dans un siècle peut-être le livre d'un Germond signalera : un individu douteux a été signalé en 1957 dans les fouilles d'une madame Le Pestipon...

Cette coïncidence anime ma lecture.

Riparfond me convient. J'y sens la source en sa syllabe ultime. C'est un excellent lieu pour la germination.

Ripa est la rive en latin, mais aussi l'abréviation de Resquiest in Pace, comme elle est gravée aux pierres tombales du cloître des Jacobins à Toulouse. C'est rive, rêve, et voeu de paix. C'est tombe, songe, et source. Et c'est répérateur encore.

Ne touchez pas à la hache est un titre envisagé par Balzac pour La Duchesse de Langeais. Jacques Rivette a repris ce titre pour un film, racontant cette histoire. Rivette avait aussi nommé La Belle Noiseuse un film tiré du Chef d'oeuvre inconnu de Balzac. Rivette fait glisser les titres de Balzac. Il n'est pas rivé à la lettre. Il rêve l'oeuvre et crée. Il la rend, en quelque manière, douteuse.

Faut-il toucher à la hache ?

Fallait-il aller chercher la Duchesse de Langeais au fond de son couvent des îles Baléares ? Fallait-il la laisser en son Requiescat. Montriveau-a-t-il bien agi ?

La Belle Noiseuse doit-elle demeurer un Chef d'oeuvre inconnu ?

Rivette ne répond pas. Le texte de Georges Germond propose le poème :

A Riparfond, une hache polie douteuse a été signalée...

Germond rend pareil au Prince entendant parler de la Belle au bois dormant. Il n'invite pas à s'enfoncer au bois, cependant. Il n'entraîne pas à traverser le temps et à baiser la Belle. Il offre, en ses mots, comme René Char, l'amour réalisé du désir demeuré désir. Loin de toucher à la hache, il fonde, subtilement, son noli me tangere.

Du fond des fouilles de Riparfond, pour moi, germe alors le vrai poème : une lucidité active dans le désir violent au lieu des sources.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Une hache polie douteuse 10:04 dans Coïncidences

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