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« Charles-Louis de La Fontaine »

samedi, 20 juin 2009

Charles-Louis de La Fontaine

De Charles-Louis de La Fontaine, voici quelques jours, j'ignorais tout.

Un homme de Montréal, dans l'Aude, dont l'épouse descend du frère de Marie Héricart, elle-même épouse de Jean de La Fontaine, m'informa : des descendants de La Fontaine ont vécu à Bonnac, près de Pamiers. Allons y. Le châtelain est mon ami.

Monsieur de la Portalière nous a reçus. L'enfilade de ses salons est belle. Nous retrouvions le XVIIIème siècle. Les larges fenêtres donnaient sur un parc. Les sièges étaient parfaits. Les chinoiseries étaient élégantes. Dans les moulures en stuc, un portrait nous faisait face.

Ce marquis de Bonnac, ambassadeur de Louis XV, conduisit Charles-Louis de La Fontaine dans cette demeure, où il mourut en 1754.

Cinquante lettres de La Fontaine et deux cents de Racine auraient résidé à Bonnac pendant la dernière moitié du XVIIIème siècle.

Elle ont peut-être brûlé, à Usson, au moment de la Révolution. Peut-être pas. Elles manquent.

Ces lettres retrouvées, Jean de La Fontaine redeviendrait le grand épistolier qu'il fut, mais dont nous ne lisons que fort peu. Monsieur de la Portalière les a cherchées. Peut-être sont-elles encore dans les archives jamais ouvertes d'un château voisin.

De ma vie, combien donnerais-je pour les découvrir ? Sans doute peu. Je me pose la question tout de même. Un mois ? Trois jours. Quelques heures ? Une seconde ? J'ai faim de voir ces lettres dans une vieille boîte, et de les lire. Mais j'aime vivre. Vivrais-je pas plus vif, cependant, si j'avais ce choix au vrai ?

Monsieur de la Portalière sait précisément l'histoire de sa famille, des familles attenantes, de Bonnac, et force détails de l'Ancien Régime.

Le marquis de Bonnac, l'introducteur de Charles-Louis de La Fontaine, a perdu une jambe à la bataille de Lawfeld en 1747. Avec son pilon, il hante le château de Tarabel, près de Toulouse. L'époux de la descendante du frère de Marie Héricart, dont le frère possède Tarabel, confirme le fantôme, mais prétend ne pas l'avoir entendu. Je propose d'aller écouter un soir Jambe de bois.

Dans les salons de Bonnac, Charles-Louis de La Fontaine devait parler avec lui des ambassades en Hollande, de madame de Pompadour, de Fréron... Nous parlons d'eux. Parfois, j'imagine, ils se citaient des traits du fabuliste.

Charles-Louis ne l'a jamais connu. Quand il est né, Jean était mort depuis ving-cinq ans. Cela fait un bon matelas d'années. Est-il possible que, sur ce matelas, le petit-fils n'ait pas rêvé de son grand-père ?

Dans un autre château du Lauragais, vers Revel, j'ai rencontré le petit-fils de Maurice Magre, auteur, voici presque un siècle, de maints récits peuplés de sympboles. Ce petit-fils vivait, entre quelques alcools, du souvenir de son grand-père qu'il répandait. Il pompait et crachait le fantôme. La Luxure de Grenade fut ainsi republiée par lui. Il la dédicaçait à la place du disparu.

J'imagine Charles-Louis de La Fontaine, pour vivre, n'évitant pas de ressusciter son ancêtre. Le passage des lettres, au demeurant, indique sa nostalgie.

Le 9 novembre 1751, il a épousé Antoinette Mercier, fille du maître particulier des Eaux et Forêts de Pamiers. Toujours les Eaux et Forêts... Antoinette lui donna trois enfants, qui n'eurent pas de descendance connue. Quant à lui, on l'enterra à Pamiers.

Monsieur de la Portalière préfère ses prédécesseurs au petit-fils de La Fontaine. Il aime que le marquis de Bonnac se soit envoyé, selon son expression, à l'Opéra, mademoiselle Petit, pendant l'entracte, portes ouvertes, ce qui fit grand bruit, produisit quelques écrits, dont il se régale. Il aime qu'un autre Bonnac ait dépucelé Jeanne Bécu, la future Du Bary. Ce Bonnac était prêtre, plus tard évêque d'Agen, et courageux premier de la liste des ecclésiatiques à refuser de signer la Constitution civile du clergé... Monsieur de la Portalière nous lit une lettre de la jeune Jeanne, qui se plaint d'avoir perdu, par l'abbé, ce qu'elle avait de plus précieux, et qui pleure, et qui le menace, s'il ne la finance, de tout dire.. Je ne sais si monsieur de la Portalière place plus haut le dépucelage de la Bécu ou le refus d'être jureur... Baise et courage font le bon catholique.

Notre hôte nous montre la chapelle qu'il a reconstituée derrière ses salons. Deux de ses fils sont prêtres.

Evidemment, il doit louer le château, tout ou partie, pour les mariages. La noblesse est perpétuellement ruinée.

Un vieil écrivain juif vient avec sa gouvernante, habiter un mois, tous les étés, dans une maison du parc, pour rédiger ses Mémoires.

Cette idée me convient.

Charles-Louis de La Fontaine n'était pas riche. Son grand-père n'avait rien dû lui laisser. Il travaillait pour le Marquis.

Je demandais à monsieur de la Portalière s'il s'intéressait à l'or présent dans l'Ariège tout autour de son domaine. Non, le marquis de Bonnac, déjà, s'est ruiné à tant de choses... Une source, thermale, apparemment trouvée dans les parages, lui avait coûté cher. La Portalière était assez fier de cet art de se ruiner. L'or environnait son château sans l'attirer.

On voit dans le parc les restes d'un vieux canal autrefois destiné à produire de l'électicité. Le vieil écrivain juif écrit là chaque été ses Mémoires, mais monsieur de La Portalière ne se souvient pas de son nom. Le canal est vide. L'écrivain remplit des pages. Monsieur de la Portalière oublie tout, sauf l'histoire de sa famille.

Jamais, je n'aurais cru devoir me souvenir de Charles-Louis de La Fontaine dans le département de l'Ariège. Je n'imaginais pas un jour désirer chercher le nom de La Fontaine sur une tombe à Pamiers. Je me demande pourquoi ce département concentre pour moi tant de lumières, comme le fait une batée pour l'or des rivières.

C'est dans l'Ariège que m'est apparu Alexandre Grothendieck, qui accompagne, sans le savoir, mon existence. Dns l'Ariège, à Fougax-et-Barrineuf, par Winnie et Samuel Beckett, j'ai rencontré le Concentrateur cosmique, qui est au coeur d'un de mes livres. L'Ariège maintenant me ramène à La Fontaine.

Pourquoi faut-il mourir avant d'avoir senti toute la présence des morts ?

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Charles-Louis de La Fontaine 14:39 dans Coïncidences

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