« Giscard au programme des E.N.S. »
lundi, 21 septembre 2009
Giscard au programme des E.N.S.
Une réforme de l'épreuve de français pour le concours des Ecoles Normales supérieures est intervenue. Désormais, les deux Ecoles exigent un travail sur programme. Cinq oeuvres littéraires françaises doivent être traitées au travers de trois questions : le Roman, l'Oeuvre et l'Auteur, Littérature et Politique. On doit élargir, pour les dissertations, le traitement des sujets à d'autres textes. Naturellement, cette nouvelle épreuve a suscité des objections. Dans quelque grotte, cet été, je soutenais, quant à moi, qu'elle mettait essentiellement Giscard au programme.
Le Passage, dont je suis un des spécialistes, me paraissait, en effet, être au croisement de ces trois thématiques : il s'agit d'un roman; l'écriture à la première personne et la renommée de Giscard rendent nécessaire une méditation sur l'auteur, et réciproquement; comment ignorer enfin que ce roman est subtilement politique ? Ces problématiques n'épuisent pas le Passage, mais on peut espérer que, par elles, les étudiants en aborderont quelques aspects.
Quelle satisfaction de constater que les deux Ecoles Normales Supérieures, parfois moins bien inspirées, aient su mettre discrètement Giscard au programme ! J'admirais la lucidité critique de leurs dirigeants. Je louais en tous lieux, et principalement place Marius Pinel, leur capacité à résister aux modes, et à soutenir, l'artiste incontournable de la chaise.
Je ne savais pas qu'ils étaient voyants, ou, du moins, étonnamment bien informés. Ils ont su en effet faire de la critique littéraire prospective. Pour la première fois dans l'histoire de leurs augustes concours, ils ont mis au programme, une oeuvre à venir.
Voilà qui s'appelle préparer à la Recherche.
La Princesse et le Président, le nouveau roman de Giscard, est en effet, mieux que le Passage, au coeur problématique du programme. C'est un roman. C'est une oeuvre déterminante quant au statut de l'auteur, et vice-versa. C'est une oeuvre politique puisque l'inventeur du monopole du coeur y laisse imaginer ses amours avec l'épouse du Prince de Galles. Fantasme, ou réalité ? Le fantasme, en ce cas, est politique.
Bravo donc aux Ecoles Normales Supérieures.
On a pu les accuser de proposer une réforme bâclée, peu cohérente, voire sotte. D'aucuns se sont indignés. Mais qu'on y songe : La Princesse de Clèves, dont la mise au programme rend évident l'esprit de résistance des deux Ecoles, s'avère désormais une préécriture de l'oeuvre de Giscard. Si Madame de la Fayette pense volontiers à Diane De Poitiers, Giscard, selon le Figaro, pense à Lady Diana. Si un enjeu important de la Princesse de Clèves est, par la mission manquée de Nemours, la relation France-Angleterre, on sent que Giscard connaît, comme peut-être Jean de La Fontaine, la tentation de l'Angleterre. Enfin, la subtile critique politique que formule la Princesse de Clèves à l'égard de la cour de Louis XIV, peu magnifique après celle de Henri II, éclaire l'attaque giscardienne contre la faiblesse italienne, peut-être néomazarinienne, de l'actuel Président, qui ne laissera sans doute pas des exemples de vertu inimitables.
Giscard et madame de la Fayette font un. Borges en ferait sa thèse, s'il n'était parti se faire Homère.
Voilà le programme.
Yves Le Pestipon |
17:18 dans
Etudes littéraires
, Giscard
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