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« Nathalie Kosciusko-Morizet bientôt nue ? »

jeudi, 22 octobre 2009

Nathalie Kosciusko-Morizet bientôt nue ?

Le nu féminin en peinture fut inventé. Cela n'allait pas de soi. C'est fait.

La Venus Dormida, par Giorgione, et La Venus d'Urbino par Titien furent parmi les premiers. Certes, on avait représenté des femmes nues avant ces premières années du XVIème siècle. Dans des grottes dès l'Aurignacien, on sculptait fesses et seins. Les grecs et les romains ne se gênaient pas pour représenter Vénus ou Psyché. Les porches de nos cathédrales s'ornent d'Eve peu vêtues. Mais Titien montre une femme nue, dans une pièce où des humains peuvent vivre, et qui se touche, mais que nous ne toucherons pas. Elle est toute à voir, sans prétextes d'histoires, visiblement invisible, sauf en peinture. L'oeil se trouve et se perd du nu au nu, de la peinture à la chair suggérée, délicieusement, pour l'esprit, sans théologie et en toute théologie, fort naturellement. Le monde tout entier est fait pour aboutir à ce beau nu. Ne nous plaignons pas. Telle est, au bout du compte, l'origine du monde.

Les toiles depuis Titien ont attiré les femmes nues. Jusqu'à plus soif parfois. Vélasquez a proposé sa Vénus au miroir. Goya a osé déshabiller sa maja vestida Ingres a quitté son violon pour nous offrir une odalisque. Manet, en reprenant Giorgione et Titien, a eu le culot d' Olympia. Et ça ne cesse pas, malgré Malevitch et Duchamp.

On croyait avoir tout vu à force de constater l'invisible. Mais Nathalie Kosciusko-Morizet, dans Le Point de la semaine dernière, va plus loin. Le prétexte de l'article est l'annonce faite au lecteur de la publication de son nouveau livre : Tu viens ? Pareil titre suffirait à lui seul pour assurer à la ministre d'État, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire une place entre Sainte Marguerie-Marie Alacoque et la Ciciollina, soit la place à peu près exacte qu'occupe, selon Le Bernin, Sainte Thérèse d'Avila. Ce titre lui assure, en tout cas, une place remarquée dans la Rentrée littéraire.

Cela n'a pas suffi à NKM. L'article, qui a pour titre NKM se dévoile, propose en effet une image d'elle, voulue par elle, accompagnée d'un extrait de sa pensée : "Je n'aime pas les bouquins politiques. Je n'en lis quasiment jamais. Souvent ce sont des livres de circonstance qui se périment vite".

Nous voilà prévenus. NKM aime l'impérissable. Son image l'est. Il s'agit d'un retournement de l'Olympia de Manet, dont on sait qu'il retourne lui-même Titien...

Nathalie est allongée la tête à droite, les pieds vers la gauche, contrairement à l'Olympia qui reprend les Vénus de Giorgione et de Titien. Elle retrouverait le sens de la Vénus de Vélasquez, ou l'Odalisque d'Ingres, mais on ne voit pas son cul. Elle est de face, comme la maja de Goya, mais elle est vestida. Elle porte un vêtement aussi noir que la Négresse et le chat qui accompagnent l'Olympia de Manet. Ses chaussures noires, à talons hauts, et équipées de petits éléments blancs, sont abandonnées devant elle. Sur sa gauche, jouant curieusement le rôle de la Négresse d'Olympia, un violoncelle est une délicate allusion, par sa fonction, à la musique, par sa forme, au corps désirable d'un absent, et, par son nom, à tout ce que l'oeuvre appelle de viol.

Sur le canapé à gauche, et sur la table de salon, quelques objets sont dispersés, qui évoquent les différents sens et font de cette image, où le violoncelle joue tout son rôle, une allégorie des cinq sens. On note un tissu à fleurs (le toucher) qui paraît provenir de l'Olympia, et peut évoquer l'armoire, peut-être à linge, de Titien. On note aussi le livre de Nathalie avec sa photo en couverture (la vue), ce qui est une allusion, lettrée et modernisée, au miroir de la Vénus de Vélasquez. Nathalie allie le narcissisme aux lettres.

Sur la droite de l'image, une petite table noire, et ronde, donne à voir deux objets admirablement contemporains - des télécommandes - tandis que deux tasses à café blanches (le goût) et un cendrier (l'odorat) évoquent des plaisirs plus traditionnels et, sans doute, l'attente d'un homme, qui prendra le café quand il aura lu Tu viens?.

Nathalie ne se masturbe pas, ce qui n'est pas très étonnant : elle est en effet enceinte. On se souvient que, selon une des spécialistes de Titien, si la Vénus d'Urbino se masturbe, c'est que cette pratique était conseillée aux femmes qui voulaient avoir des enfants. La Vénus d'Urbino est ainsi un tableau de mariage. Mais pour Nathalie, le sperma non Dei a agi. Elle est enceinte. Le coït est accompli, comme en témoignent les deux chaussures abandonnées au premier plan de l'image, subtile allusion à cet autre tableau de mariage, les Epoux Arnolfini.

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Cependant, un pied (odorat ?) de Nathalie se montre. Il se propose sous un livre mallarméen, ouvert et blanc. Ainsi y-a-t-il de la chair visible en haut du corps (le visage et les bras), et de la chair visible au bas du corps.

Le pied, on le sait, depuis Achille, Oedipe, Jacob, Cendrillon, Caravage, Marianne, Frenhoffer, Victor Hugo, ou Claudel, est la fragilité charnelle solide qui ouvre au sacré et au sexe. Rien de trivial, de mystérieux, d'érotique et de spirituel comme un pied. Il est le poème en acte du désir de ciel sur terre. C'est là que blesse l'ange. Le pied est l'esprit en sa bêtise sublime. Rien ne trouble comme lui.

Nathalie Kosciusko-Morizet sait tout cela. Elle tend mollement son pied, elle qui a voulu le titre de l'article du Point : NKM se dévoile. Mais son pied est voilé. Il est enveloppé d'un bas léger.

Nathalie voile ce qu'elle dévoile, ou, plutôt, rend mieux visible par le voile le dévoilement qui la voile. Ainsi ose-t-elle plus que le nu.

Goya avait cru bon de déshabiller sa maja, peut-être contre les retours d'ordre moral que préparait le dix-neuvième siècle. Manet avait étalé son Olympia nue en insistant, pour provoquer le bourgeois, avec le gros bouquet et le chat hérissé, sur l'obscure fleur féline du sexe. NKM se dévoile, s'étale, rieuse, avec son violoncelle, ses chaussures à l'abandon, ses télécommandes, ses tissus, son livre miroir, et tout dit dans son oeuvre : Tu viens ?

Sa présence incarne l'absence. Va-t-elle encore se déshabiller ? Non, elle est vestida. C'est trop tard pour nous. L'enfant est dans le ventre. L'ange, que nous sommes peut-être, doit rentrer chez lui avec son bouquet de Lys. Vénus est ministre de l'écologie, du développement durable, et de l'aménagement du territoire.

Yves Le Pestipon | Voir l'article :  Nathalie Kosciusko-Morizet bientôt nue ? 15:16 dans L'époque

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