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« Dernières nouvelles de la rentrée littéraire »

dimanche, 18 octobre 2009

Dernières nouvelles de la rentrée littéraire

On le sait. Nous l'avons démontré : la rentrée littéraire, cette année, est à droite.

Notre récent article, cependant, était en dessous de l'événement. Non pas du côté de la gauche, toujours également stérile en littérature. Pas le moindre Haiku de Hollande. Martine, ni Ségolène ne troussent toujours pas l'épigramme. Besancenot n'a pas la tête aux Lettres.

Les nouvelles sont à droite.

Dominique de Villepin va publier en novembre un premier roman : le dernier témoin.

Le sujet ? Après la fin du monde, il reste un seul survivant, et c'est un arbre. Dominique donne la parole à l'arbre, qui raconte ses souvenirs.

L'autobiographie du dernier arbre : superbe ! En Attendant Godot, pièce majeure de la modernité, montre un arbre dans l'immense étendue où parlent Wladimir et Estragon. Au bout de l'histoire, dans une espèce d'éternité quasi plate, il ne reste qu'un arbre. Dominique de Villepin, retournant, amplifiant, subvertissant Beckett, fait parler cet arbre. Habite-il ainsi son nom en pin ? Il vise évidemment plus loin.

Alexis Piron, au début du dix-huitième siècle a composé un superbe Arlequin Deucalion. Il s'agissait de montrer sur une scène, qui est le monde après le Déluge, la parole du dernier, ou premier, homme. Arlequin parle. Sa bouche sort des flots et de la catastrophe. C'est une des oeuvres les plus étonnantes du premier dix-huitième siècle.

Dominique de Villepin dépasse Piron. Son arbre vaut mieux qu'Arlequin. Il réactive la tradition des fables, voire des mythes. Il capitalise l'apport du Chêne et du Roseau. Comme La Fontaine, il fait parler une plante : Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?. Il croise aussi cette tradition revitalisée, avec les angoisses modernes sur les catastrophes climatiques, la fin de toute espèce vivante. Enfin, bien entendu, il relance le thème de la Chêne de Dodone. Voilà bien un livre puissant, inscrit dans une énorme tradition, comme il se doit quand on est de Droite, et qui ouvre des portes nouvelles à la parole.

On se doute que Villepin est lui-même le Dernier Témoin. Plus ou moins dévoré par un Loup, lorsqu'il se désaltérait au bord d'une onde pure, dont le nom de code est Clearstream, il trouve encore la force d'écrire. Il se fait arbre. Loin d'en rester au vil pin où son nom l'enferme, il accepte la couronne d'épines, se livre, et lance, par delà les morts, un Evangile.

Les forces de la droite littérairement ne s'arrêtent pas là.

Rien ne saurait désormais enrayer leur offensive vers un Nobel collectif.

Une femme manquait à l'appel. Les livres récents ou prochains de Giscard, de Balladur, de Villepin ou de Chirac, voire de Frédéric Mitterand, merveilleusement relancé, avaient pour trait commun d'être des oeuvres d'hommes. La femme serait-elle pour la droite toujours plus inconnue que le Soldat du même nom ? Serait-elle toujours seulement l'avenir de l'homme. Non, car enfin Nathalie Kosciusko-Morizet vint.

Tout en la montrant pieds nus, abandonnée dans un canapé blanc, surplombant ses noires chaussures à talons négligemment renversées, et en présence d'un violoncelle, Le Point informe qu'elle vient de sortir un livre : Tu viens ?

Titre stupéfiant.

Anna Gavlada l'aurait-elle osé ? Après, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, comment aller plus loin ? N K M répond par Tu Viens ?

Outre la signification érotique se déploie là la puissance théologique. Ce titre-question, digne de la copulation mystique de Sainte Thérèse, combine la vraie parole des femmes, celle qui, de Pénélope à Christine Angot, interroge la venue charnelle des hommes, avec la situation métaphysique de l'espèce humaine, celle dont rend compte, depuis la Bible jusqu'à Samuel Beckett (au moins), l'essentiel de la littérature occidentale. Tu viens ? Telle est en effet, doublement, la question.

Ce livre n'est pas un livre politique, puisque tout bouquin politique, selon NKM, se périme vite. Ce livre n'est pas non plus une autobiographie. Ce n'est pas un roman. Ce n'est pas un poème. C'est un mixte, une satyre en somme, selon l'étymologie.

En réalité ce livre, déjà paru, est la question même que pose l'arbre solitaire de Villepin. Par anticipation, et dans une admirable construction de l'école littéraire de la droite, une femme met dans la bouche de son texte, la vraie parole que devrait dire, et que ne dira pas, l'arbre d'un homme.

Il est métaphysiquement, théologiquement, sexuellement, et littérairement, puissant que le dernier arbre dise : Tu viens ?

Mangeons, comme une manne, cette question.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Dernières nouvelles de la rentrée littéraire 20:10 dans L'époque , Littérature

1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le mercredi 21 octobre 2009, à 17:11, Candie [TypeKey Profile Page] écrivait :

    !
    Je suis fort amusée, et très admirative. C'est absolument réjouissant. Je voudrais être cet arbre qui est au bord de la route et qui rit.
    Barthes hante toujours quelque part. Analyser la modernité, dans sa géniale plaisanterie

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