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« Pau, pot, H, chasse et Giscard »

lundi, 19 octobre 2009

Pau, pot, H, chasse et Giscard

Les recherches récentes de Jean-Pierre Nizet à Pau ont donné, ces derniers jours, d'étonnants résultats.

Ces résutats prouvent une fois de plus la nécessité d'aller sur le terrain.

C'est sur le terrain seul que se croisent les lignes.

L'oeuvre artistique de Valéry Giscard d'Estaing est, chacun en conviendra, une des plus importantes de notre temps. Magnifique performer de l'accordéon, puis de la chaise, combattant résolu du roman, inventeur de l'autodestruction radicale de son succès par l'auteur même, il multiplie les interventions qui passionnent la critique sérieuse, et, principalement, moi. Son dernier roman - La Princesse et le Président - est remarquablement hanté par le H. La princesse de Cardiff ne textote-telle pas à à son présidentiel amant : Dearest H, I agree. Love (p. 174)?.

H, c'est Jacques Henri Lambertye, c'est-à-dire, au réel, Giscard. H c'est Giscard.

Relisons le dialogue, page 5O du roman, lors d'un des premiers entretiens entre la Princesse et le Président :

- J'ai vu que vous aviez deux prénoms : Jacques et Henri. Deux, cela fait trop long. Comment dois-je vous appeler ?

- Comme vous voulez, mais je préfère Henri.

- Je vous appellerai Henri.

On le sait, chacun des détails de l'écriture giscardienne compte. Nous serons amenés, dans un moment, à examiner très précisément ces lignes. Notons seulement l'importance accordée à Henri, donc à H, dans la bouche du Président.

Le H jouait déjà un rôle remarquable dans le Passage. La jeune femme que le je rencontrait dans une forêt se prénommait Natalie sans H. De manière troublante, plusieurs fois, le narrateur insistait sur ce point. Ainsi, chez Giscard, selon les oeuvres, le H s'éclipse, ou se manifeste. L'ellipse devient l'hyperbole. La gloire se fait silence. N'oublions pas que le fils aîné de l'auteur du Passage, qui est, comme fils aîné, l'expression d'une angoisse et d'un enthousiasme, se prénomme Henri.

Confrontés à ce phénomène, les spécialistes évoquent Victor Hugo, qui accorda, tout au long de sa vie artistique une attention particulière au H, le dessinant en Notre Dame, l'écrivant au milieu de la mer en un double récif, le métamorphosant en gibet, et le projetant dans les cieux. Hugo savait, dans l'alphabet, la force huitième du H, qui procède de la barrière muée en échelle et qui succède à la septième lettre, le G, dont la puissance géante engendre génie, guerre, Gilliatt, Goliath, Garonne, Gargantua ou Grothendieck. Il n'ignorait pas que son nom retournait, comme une table, l'ordre de l'alphabet pour passer du H au G. Et il méditait, en actes, dans son oeuvre.

Giscard nous paraissait retourner la grande méditation hugolienne, qui procède de la Bible, et traverse, de Gavroche à Hugolin, toute son oeuvre et la tradition occidentale.

Nous ne doutions pas que l'éclipse du H dans Natalie autorisait véritablement le passage. Nous méditions, suivant la leçon balzacienne, sans toucher davantage à ce H, et nous en sentions la puissance ésotérique. Mais nous n'allions pas plus loin. Nous ignorions l'Histoire.

C'est là qu'interviennent les découvertes récentes de Jean-Pierre Nizet.

Jean-Pierre Nizet est un détecteur permanent de signes. L'âme toujours active au croisement des lignes diverses, il aspire comme un psychopompe, les souffles divers de l'être. Il mange le ciel, les pierres, les choux farcis, les poèmes, la Bible, et les paysages. Il les transforme, cheveux dressés, et voix ardente, en langues d'espérance. Il ouvre le monde à coups de hasards objectifs, dans lesquels il aventure, par les cupules, les grottes et les oreilles de l'invisible, son corps et sa foi. Il fouille sans hésiter les chiottes et les anges. C'est un Panurge présent aux appétits d'apôtre et de Gargantua. Il dégèle les paroles et sait, comme tout poète réel, que les tripes et l'esprit sont un même retournement, et que l'être se trouve au culbuté des pierres, des coeurs, des rêves et des lettres. Telle est sa Bible,

Dès qu'il eut investi le château de Pau, où il logeait avec quelques Pasteurs, il s'enquit de ses raretés auprès du Conservateur. Rapidement, il indiqua sa passion pour l'oeuvre artistique de Valéry Giscard d'Estaing. Son interlocuteur lui fit alors une révélation considérable : Valéry Giscard d'Estaing a fait construire des toilettes dans le Château de Pau.

Il y venait parfois. Il aimait y méditer. La personnalité d'Henri IV l'attirait. De ses tours, il considérait les Pyrénées. Il y rêvait peut-être à de longues parties de chasse au cerf, ou à des amours pareilles à celles du bon roi Henri. En tout cas, il remarqua que ce château manquait de chiottes dignes de sa personne. Il en commanda. La commande fut exécutée, mais la Gauche le battit. Ses fesses présidentielles ne purent inaugurer.

Jean-Pierre Nizet comprit aussitôt que ce siège était le double dans l'ombre de la chaise de Giscard dont la majestueuse apparition, un soir de mai 1981, fascine encore. Ce siège était sa chaise d'ombre, comparable à la chaise Gild Holm Ur, sur laquelle finit Gilliatt aux dernières pages des Travailleurs de la mer.

La rêverie royale de Giscard, dont témoignent plusieurs pages du Passage, lorsqu'il évoque, par exemple, admirablement la majesté d'un cerf, avant de parler de Louis XIV, s'incarnait en ce pot de l'ombre dans la ville où naquit Henri IV. L'oeuvre, et la vie entière que rien ne permettait, au demaurant, de distinguer, construisait donc la dialectique des deux trônes. Il y avait bien le corps en gloire de Giscard, dont l'apparition télévisuelle, trouble encore, et le corps plus discret de chair, dont Pau, au nom fabuleux, peut s'enorgueillir de posséder une marque. Cette découverte ajoutait à l'oeuvre artistique de Giscard, un double dépassement de Marcel Duchamp : d'une part, Giscard osait le chiotte, là où Duchamp se contentait de l'urinoir ; d'autre part, il manifestait l'art, en sa question, dans un exceptionnel lieu de gloire et de mémoire, ce qui lui donnait une force subversive supérieure aux interventions duchampiennes. Avec plus de radicalité que n'importe quel artiste qu'on dit contemporain, Giscard édifiait, en toute discrétion, et pour lui seul, les chiottes d'un musée historique !

Jean-Pierre Nizet, cependant, découvrit aussi la multitude des M, et surtout des H, dans le Château. Les H le fascinèrent. Ils peuvent certes passer pour les H de Henri IV, ce que croient certains, mais ils sont d'Henri d'Albret, son grand-père, le fameux Henri II de Navarre. Giscard rêvait donc de venir chier dans le château des H, de Henri II, et, secondairement, de Henri IV.

Cette vision m'obsède : Giscard chiant au château de Pau face aux H.

Je ne puis assez remercier Jean-Pierre Nizet, cet admirable chercheur, pour l'apport qu'il vient de faire aux études giscardiennes.

Ce d'autant plus que le roman le plus récent s'éclaire. Les meilleurs spécialistes avaient en effet déjà souligné que cette oeuvre était impliquée dans l'affaire Princesse de Clèves dont le Président actuel s'est mêlé, ce qui a entraîné, au printemps dernier, dans les rues des villes de France, une multiplication de panneaux : Sauvons la Princesse de Clèves. Ils en concluaient que la Princesse et le Président, en rappelant obliquement l'oeuvre de Madame de Lafayette, était un habile pamphlet contre l'hôte de l'Elysée. On s'en tenait là.

Nul cependant n'ignore l'incipit de la Princesse de Clèves : La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années de Henri second.

Voilà Henri II... Certes le Henri II de Madame de Lafayette n'est pas celui du Château de Pau. Mais c'est un Henri II. Or, à lire au plus près le lignes déjà citées de La Princesse et le Président, on y découvre cet Henri II :

Qu'on en juge : J'ai vu que vous aviez deux prénoms : Jacques et Henri. Deux, cela fait trop long.

L'écriture de Giscard est transphrastique. Il ne faut pas la lire, selon le signe, tel que le combattait Henri Meschonnic. Il faut la lire au continu, dans le rythme. On sentira alors Henri deux jaillir, comme d'une tombe, par delà le trou du point.

Voici donc deux Henri II, sans compter celui d'Angleterre, plus Henri. Deux de Giscard, ce qui n'est pas rien, pour un H à l'initiale, et fait apercevoir l'anagramme de Henri : le rien combiné avec le H.

Qu'on y songe !

La littérature est un durable entrelacs de textes par les lettres, et de lettres par les textes. Qu'on considère à quel point l'incipit de La Princesse de Clèves, qui vise Louis le Grand, est une trame subtile de G, par Galanterie et Magnificence, et de H par Henri, tout comme les oeuvres, historiquement postérieures, de Giscard et de Hugo...

Giscard est l'intégrale. D'autres viendront, C'est dans cette perspective qu'il faut le lire. Mieux vaut ne pas s'interroger longtemps sur les précises raisons psychologiques, ou historiques de sa fascination pour le H, qui fut, peut-être, pour lui un antidote à la Gauche, à De Gaulle, ou même à son propre nom. Il faut renoncer à ses dédales d'âmes tout en sachant leur force. C'est l'oeuvre qui importe. Or, l'oeuvre artistique de Giscard est une méditation historique sur le rien : Je vous appellerai Henri.

...

Qu'on se souvienne, pour terminer, que le dernier chapitre de La Princesse et le Président s'intitule La Villa Margherita (rencontre dans une marguerite, sans dissection entre le G et le H). Le livre finit ainsi : Et le paysage toscan s'est recouvert d'un rideau de brumes formé des larmes qui ont giclé de mes yeux.

Eden-roc

27 août 199.

Avec le pasteur Jean-Pierre Nizet, méditons sur Eden-roc, le point, et le nom de D'yeux...

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pau, pot, H, chasse et Giscard 12:28 dans Giscard , Littérature

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