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« Conseil tenu par les Rats ou la renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan »

samedi, 14 novembre 2009

Conseil tenu par les Rats ou la renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan

Conseil tenu par les Rats est une fable renversante.

Des Rats, réunis en Conseil, ont une idée pour se défaire d'un Chat qui les terrorise : il suffit d'attacher un grelot au cou de Rodilard. Voilà qui est est simple, peu coûteux, et probablement efficace contre Rodilardus. Tous les Rats seront de sa marche avertis. L'accord est général, mais nul ne va attacher le grelot.

Ne faut-il que délibérer,

La Cour en conseillers foisonne.

Est-il besoin d'exécuter,

On ne rencontre plus personne.

L'heureuse solution se renverse en révélation d'impuissance, le début d'éloge de la démocratie participative en critique. Là où La Fontaine, dans la fable précédente, lance son écriture contre ceux qui ont le goût difficile, aucun Rat n'ose agir contre Rodilard, et avertir.

Philippe Vercellotti fut entraîné par l'auteur de ces lignes à peindre un tableau employant quelque texte de Jean de La Fontaine. Il s'agissait de participer à une exposition, qui se tient à Portet-sur-Garonne.

Ainsi apparut Conseil tenu par les Rats, ou la renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan.

Philippe Vercellotti est un maître versé dans les renversements. C'est, par exemple, depuis longtemps, parfois sous le nom de Victor Letel, un artiste en anagrammes.

Ses tableaux sont souvent, moins mécaniquement que ceux de Baselitz, et plus subtilement que certains tableaux retournés qu'on voit dans les musées, des tableaux en renversements.

Ici, les Rats d'abord, sont invisibles, mais, dès qu'on y regarde, ils paraissent.

Le Chat manque, mais cette absence, par sa place marquée, se renverse en présence.

Visiblement, le grelot tient seul, au bout d'un fil, mais pour la forme.

On est loin des illustrations bien connues de Chauveau dans l'édition première des Fables, puis de Gustave Doré, ou de Benjamin Rabier. Vercellotti renverse les Rats en ombres ou en entonnoirs. Il les fait arts.

Son tableau a un titre double. Conseil tenu par les Rats ou la renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan.

Stéphane Mallarmé, après sa mort, laissa dans ses papiers un livre qu'on publia sous ce titre : Pour un tombeau d'Anatole.

Anatole manque. Le poète écrit. Son texte est interminable. Le livre se construit de l'absence sans fin. Il est un tombeau à venir. Tel, il parut.

Un livre d' Anatole de Jenifan apparaît dans la bibliothèque peinte par Philippe Vercellotti. Ce n'est pas la Renversante histoire des arts. Ce livre manque, mais on reconnaît les Bestioles. Et Anatole de Jenifan est un anagramme de Jean de la Fontaine.

Où est la renversante histoire des arts ? Nulle part. Partout. C'est le tableau même, sans doute tombeau.

La Fontaine, quant à lui, mit un tombeau dans sa fable : le coup du grelot n'ayant pas été tenté, le Chat continuera longtemps à mettre des Rats dedans la sépulture. Rodilardus est le tombeau.

La renversante Histoire des arts d'Anatole de Jenifan, qui est un renversement des Rats en arts, ou l'inverse, propose la place du Chat manquant. Est-il mort ? Est-il parti, lassé des Rats ? Rodilard est-il allé rôder ailleurs, peut-être à tombeau ouvert ? A-t-il même jamais été là ? Le spectateur du tableau constate la forme d'un coussin, marqué de griffures, et un bout de nom : RODIL.

Dort-il plus là Rodilard ?

Qui sait ? Faut-il même construire un temps pour la peinture ? On lit RODIL.

Dans un tableau de Bronzino, présenté ailleurs sur lastrée, on voit plusieurs livres avec, pour l'un, un bout de nom d'auteur : ARO. Le spectateur restitue Maro, le nom de Virgile. Ugolino Martelli, le jeune humaniste représenté par Bronzino, a donc près de lui, un ouvrage de Virgile, ce qui n'est pas sans conséquences historico-philosophiques... Surtout, on constate que la peinture est volontiers métonymique. Elle fait remonter de la partie au tout, du bout du nom, au nom, du nom au livre, du livre à tout ce dont il est image... Ainsi le tableau touche-t-il à tout, même à lui, grâce à l'absence, et au détail contagieux.

RODIL mène à Bronzino, et, plus largement, à ce que Michel Butor appelait, les Mots dans la peinture, et donc, par renversement, que Butor n'aurait pas récusé, à la peinture dans les mots.

Ne voilà, pourtant, pas tout.

La renversante histoire des arts, est affaire de Rats retournés. Dans le tableau, qu'on peut attribuer à Philippe Vercellotti - auquel, en tout cas, on devra le payer si on le veut chez soi - on constate des ombres de Rats, en haut à gauche, qui sont, peut-être, comme dans la caverne de Platon, des ombres d'images de Rats. Pourquoi y aurait-il toujours des Rats au bout de leur ombre ? Au demeurant, deux entonnoirs, diversement orientés, font, pour qui les imagine, Rats dans la Bibliothèque. Arcimboldo, peut-être, se fût plu à représenter les Rats ainsi. Dans la renversante histoire des arts, Vercellotti ne serait-il pas Arcimboldo, ou l'inverse ? Un Chat, semblant de la main de cet ancien peintre italien, apparaît d'ailleurs, et d'ici, dans un autre tableau récent attribué à Philippe Vercellotti. Ce tableau s'appelle les Métamorphoses d'Ovide Charoux ce qui signale à Ovide, ramène à Virgile, donc à Bronzino, le tout par Vercellotti, La Fontaine, Conseil tenu par les Rats, Anatole, Mallarmé, Michel Butor, et Platon...

Les Fables ne sont pas ce qu'elles semblent être, écrivait La Fontaine. Les tableaux de Philippe Vercellotti pas davantage. Ils sont et ne sont pas des fables, qu'ils révèlent et dissimulent. Voici bien la renversante histoire des arts, qui font rats d'arts... On est perdu ? Non, tout va bien : La bibliothèque est riche en rats renversés : les arts.

Les lettres ne sont pas ailleurs. C'est l'évidence visible en cette caverne, où l'être est secrété.

Ombres de Rats donc, et manque de Chat contribuent au tableau où se tient visiblement, un grelot, au bout d'un fil, et d'un long bâton.

Ce grelot est hors Chat. Se tient-il parmi les livres, comme un signe, inutile ? Est-il la présence de toute absence constatée ?

Les derniers mots du tableau répondent.

En haut sur un petit papier cloué on lit : PLATON RUINA LES SECRETS.

C'est Conseil tenu par les Rats renversé. Platon ruina les secrets est, en secret, désormais ruiné, puisqu'étalé, et sur lastrée, en conseil tenu par les Rats.

Ce fut le dernier acte de Philippe Vercellotti avec cette oeuvre : ces mots. Il trouva ces mots. Il les mit. Ensuite, il aurait pu mourir. Il n'est pas mort. Le lecteur peut lui acheter le tableau...

Platon vient par les ombres des rats qui font de ce tableau caverne.

On se souvient que sa dialogante philosophie ruina les secrets qu'auraient sans doute voulu détenir les pythagoriciens ou les égyptiens. Philosopher, pour Platon, et déjà pour Socrate, c'est s'approcher à plusieurs, de manière critique, du vrai. Philosopher ainsi ruine les secrets.

Doit-on alors tabler sur la démocratie ? La vérité naît-elle d'un partage égal de la parole ? Suffit-il, pour l'établir, de voter ? Et même, la vérité étant établie, se fait-elle acte ? Suffit-il de savoir la vérité de la mort, comme Socrate, pour l'affronter avec courage, comme Socrate encore ? Platon ne le croit pas. La Fontaine pas davantage. Conseil tenu par les Rats suscite rêve d'un héros philosophe, qui penserait, délibérerait, et saurait exécuter...

La renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan n'est pas une illustration de la fable de La Fontaine. Ce tableau ne vient pas après la fable comme une simple dépendance. Il se renverse vers elle, par l'image et par les mots, et la renverse, en lui jetant Platon, Anatole, ou Vercellotti... Il ose lui mettre grelot, et faire sonner, tout en silence. Ce tableau porte conseil. C'est renversant.

Qui désire la suite vienne à l'exposé, que nous ferons mercredi 18 novembre, à Portet-sur-Garonne, entre 18 heures et 19 heures trente.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Conseil tenu par les Rats ou la renversante histoire des arts d'Anatole de Jenifan 21:33 dans Philippe Vercellotti

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