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« Giscard et Charles : encore le Passage »

vendredi, 18 décembre 2009

Giscard et Charles : encore le Passage

On ne relit jamais assez le Passage.

Les meilleurs spécialistes du premier roman de Giscard, malgré la briéveté de l'ouvrage, sont débordés par ses détails. Chacun se déploie, à l'infini, dès lors qu'on sait y lire. Le plus ténu semble offrir, comme une monade, une possibilité de perspective sur l'oeuvre, comme il advient, chez Montaigne, qui ne peignait pas l'être, mais le passage.

Chaque création d'un grand artiste fait mieux apparaître ses créations antérieures, qui faisaient déjà apparaître le monde. Son travail multiplie ainsi les apparitions. Les derniers livres de La Recherche multiplient Du Côté de chez Swann, qui n'en finit pas de nous faire apparaître. On voit merveilleusement les premiers portraits de Rembrandt depuis ses derniers.

La publication de la Princesse et du Président renouvelle la lecture du Passage. On passait trop vite sur cette oeuvre. J'en veux pour preuve un détail qui m'est apparu, et a fait, pour moi, beaucoup apparaître.

Le narrateur du Passage s'appelle Charles. C'est Charles qui chasse le cerf. C'est Charles qui finit par avoir Natalie (sans h). C'est Charles qui raconte comment il lui sert des rillettes.

Il me paraissait clair, lisant le Passage, que Giscard pensait à Charles de Gaulle, voire à Charlemagne. La Princesse et le Président, sur ce point, n'a pas modifié ma lecture. Giscard n'y est-il pas Henri ? Le passage de Charles à Henri, tous deux prénoms royaux, est cohérent, ce d'autant plus que la présence du H assure une haute continuité. Ainsi le texte nouveau confirmait le goût giscardien pour les figures royales. Surtout, ma méthode critique fondée sur l'analyse des sources et de la culture ancienne se trouvait justifiée par la floraison la plus fraîche de l'oeuvre. Je pouvais être paisiblement réactionnaire en littérature. J'étais insuffisant.

Ce que j'ignorais, et que Giscard, peut être ignorait, c'est la force prophétique du Passage. Les grands auteurs sont largement étrangers à la puissance de leurs oeuvres. Homère lui-même était évidement aveugle à ses écrits.

Le Passage fut publié en 1994. Lady Diana est morte au Pont de l'Alma en 1997.

Giscard pensait-il au Prince de Galles en écrivant Le Passage ? Anticipait-il la mort de Diana à partir de laquelle il composerait son oeuvre d'Octobre 2009 ? Il est difficile de le croire. Et pourtant Giscard s'appelle Charles dans le Passage. Ce fait est incontestable. Les lecteurs de l'Astrée peuvent se rapporter à un de ses articles pour relire, une fois de plus, l'étonnante apparition de ce prénom.

Que dire ? Giscard est un autre.

Le Giscard, président, avec ou sans diamants, n'est pas l'homme qui écrit Le Passage. Ce dernier voit d'un oeil lointain la nécessité de Charles. Il compose sans le savoir le passage de Natalie (sans h) dans la forêt où il chasse le cerf comme une anticipation du passage sur terre de la Princesse de Galles, qui est naturellement la Diane chasseresse. D'évidence, Giscard, grand lecteur de Dante, a su, au milieu du chemin de sa vie, s'enfoncer dans la forêt obscure, et voir sugir, confusément, non pas Béatrice, mais Diane, dont il n'a pas voulu être l'Actéon. Comme l'y invite, à la dernière page, le poème de Vauquelin de la Fresnaye, il a pris son arc, et il a tiré sur la biche belle sauvage, qui passe toujours par ce passage.

Ce Giscard là sait, comme Victor Hugo, que les mots sont les passants mystérieux de l'âme. C'est ainsi qu'il dédie Le Passage à Maupassant, et qu'il ouvre ainsi ainsi son texte : Guy de Maupassant est mort...

Le mot de la mort est à Maupassant, et Giscard évoque son cortège funèbre qui roule sur les pavés de Seine. Premier mort et premiers mots dans ce roman, qui finit par la mort probable de la biche...

En faut-il plus ? Le Passage est un acte de mort. Charles, loin de capitaliser seulement les vieilles figures royales, annonce la fin de la Princesse de Galles et la nécessité du second roman. Il fallait en sorte que mourût, dès lors que Le Passage était publié, la Princesse au bord de la Seine, pour que le second roman fût. Il fallait la mort de Diana pour venger le chasseur, Acteon, qui est réellement Giscard.

Son oeuvre romanesque est le tombeau nécessitant la mort de la Princesse. Que voulez-vous qu'elle fît ? semble-t-elle dire : qu'elle mourût !

On doit soutenir que Le Passage a tué la Princesse.

Il ne suffit pas de lire une grande oeuvre littéraire depuis ses sources. Il faut la lire comme anticipation géniale, et hors l'origine, de ce qui permettra de la lire depuis le futur, et qu'elle ignore, tout en le produisant. Toute oeuvre extraordinaire est un prophète dont la tête coupée fait surgir la croix plus haute qu'elle et qui sauvera peut-être le monde. Quand il s'agit de littérature et d'art, il faut jouer l'Evangile contre la culture antique... Il faut avoir foi en la Parousie.

Une autre hypothèse est possible.

Pourquoi Giscard, écrivant Le Passage, n'aurait-il pas été l'amant de la Princesse ? Pourquoi n'aurait-il pas suggéré, en choisissant le prénom de Charles, et de telle manière qu'un lecteur alors ne pouvait s'en douter, son amour pour la femme du Prince de Galles ? Natalie et Patricia (l'héroïne de son dernier roman) seraient la même femme... Mais, dira-t-on, Giscard a démenti ses amours... Il n'a pas hésité à faire effondrer les ventes de son dernier roman par l'aveu de sa non histoire...

Voyons, voyons...

Toutes les Filles du feu sont une même flamme. Giscard est un autre. Il est Charles. Il est Henri. Il est le château des d'Estaing croisés. La mort de Lady Di aboutit à ses beaux livres.

Nos deux hypothèses sont la même. Tout conspire à faire de Giscard un écrivain, c'est-à-dire un assassin.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Giscard et Charles : encore le <i>Passage</i> 7:58 dans Giscard

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