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« Le Kiosque de Carmaux »

mardi, 8 décembre 2009

Le Kiosque de Carmaux

Carmaux dispose d'un kiosque à musique, et ce Kiosque est le double de celui de place Marius Pinel.

Ce fait est généralement ignoré des habitants de Carmaux comme de ceux de la place Pinel. On ne sache pas que les chinois, les turcs, les eskimos, et les suisses soient davantage informés. La découverte de ce redoublement, par mon père, voici plus d'un an, ne laisse pas de me sidérer.

J'ai profité d'une opération de recherches de cupules dans la vallée du Viaur pour me rendre compte. Jean-Pierre Nizet était avec moi. Nous fûmes introduits au kiosque par Louis Falgayrac, un des auteurs des Cupules des vallées du Tarn et du Viaur, dont l'Astrée parlera longuement, tant il est vrai que la " cupule est son sujet.

Ce kiosque est formé d'une coupole, supportée par des colonnes qui font cercle, autour d'un voile de béton, qui recouvre un espace vide, où de petites lucarnes permetttent d'avoir jour. La décoration en petits carreaux, les ferronneries, les dimensions, les volumes, et surtout la résonnance, tout indique une copie du kiosque de Jean Montariol, construit en 1933, place Pinel.

Trois différences principales sautent aux yeux cepedant : d'abord les noms de grands musiciens sont inscrits tout autour du Kiosque de Carmaux, faisant apparaître le Kiosque Pinel comme un Kiosque anépigraphique. Ensuite, des lyres figurent sur la grille du kiosque, donnant à ce kiosque un caractère iconique, qui renforce les belles lettres surplombantes. Enfin, et surtout, là où le kiosque Pinel se dresse sur un espace vide, où seul un parapluie renversé peut se tenir, le kiosque de Carmaux cache un volume important. Par une porte, des gens peuvent s'y introduire. Des tables, des chaises, que l'on aperçoit par les regards, témoignent d'une acivité humaine. Ainsi le Kiosque de Carmaux est-il une figure parlante, et presque bavarde du Kiosque de Toulouse. On sent le passage au maniérisme Le grand art classique de Montariol s'épanche, et peut-être se perd, en ornementations, et en volumes souterrains. La force cependant de l'effet sonore demeure. La puissance monumentale est conservée. On peut, sans faute de goût, préférer le kiosque de Carmaux au Kiosque de Toulouse. Nous ne doutons pas que les spécialistes se déchireront longtemps pour savoir s'il sagit de deux oeuvres d'égale importance, s'il y a eu décadence, ou, au contraire, progrès de l'une à l'autre. Il nous semble que la variation est ici un puissant encouragement à l'intelligence des commentateurs. Elle permet en tout cas d'échapper au diabolique du pur miroir. L'auteur du second kiosque peut ainsi dire, comme Jean de La Fontaine, que son imitation n'est pas un esclavage.

Le site Kiosques du monde, qui ne sait rien de la place Pinel, nous apprend que ce Kiosque est l'oeuvre de l'architecte Robert, et qu'il date de 1935. Pour le moment, je ne sais rien de ce Robert.

Je peux imaginer.

Ou bien Robert a copié, sans rien dire, le kiosque de Montariol, et ce Robert est effectivement le diable.

Ou bien Robert a signé, avec l'accord de Montariol, ce second kiosque.

Cette hypothèse est plus intéressante.

Elle ouvre à une une troisième hypothèse. Montariol et Robert ont, non seulement collaboré, mais ils ont ensemble voulu dire quelque chose en redoublant ce kiosque. Peut-être faut-il même penser que Jean Montariol seul a eu l'idée de ce redoublement. N'a-t-il pas construit à Toulouse trois oeuvres qui semblent s'appeler : le kiosque sonore de la place Pinel, la voûte sonore de la Bibliothèque municipale, le kiosque ornemental, perché dans la piscine Nakache ? Il est impossible de pénétrer les desseins de Jean Montariol, surtout depuis que nous avons découvert, dans les entrailles du kiosque Pinel, un parapluie renversé.

Pourquoi Montariol n'aurait-il pas lui-même inventé Robert ? Le rêve d'un architecte ne serait-il pas de créer un autre architecte ? Et le nom de Robert, en cette affaire, est extraordinaire. D'abord à cause de Robert le Diable, qui dit assez l'épouvantable tentation du redoublement. Ensuite à cause du Beau Robert que la Brunette tant aimait, et appelait en sa chanson. Ensuite encore à cause de l'emploi vulgaire, de Roberts, pour désigner les seins, belle figure du double, et que les coupoles des deux kiosques, vues du ciel, paraissent évoquer. Je ne doute pas que, réunis en colloques, certains spécialistes puissent entendre au nom de Montariol, quelque chose comme Mont aréole, et que les seins naissent du nom, comme il advient chez des Rabbins. Mais l'essentiel n'est pas là. Robert, en effet, se retourne en trober, qui est au croisement de trouver et du trobar. Or l'oeuvre de Montariol, qui passa la fin de sa vie à méditer les restes du patrimoine occitan, est un trobar clos, comme le prouve le parapluie renversé. Son art des kiosques vides, singulièrement place Pinel, est une tenso du néant.

Ces hypothèses ne sont pas sottises. L'existence, démontrée, d'un architecte du nom de Robert, et qui serait un plagiaire, n'interdirait pas de croire le réel tout entier du côté du génie de l'architecte. Le poète invente ses plagiaires.

Jean Montariol, construisant le kiosque Pinel, savait qui était Marius Pinel. Il savait qu'il avait été un des premiers à introduire directement Jean Jaurès au socialisme. Tout à son kiosque qui est un lieu du chant, du charme, des mots, sa tête pouvait se renverser en Carmaux. Par le Karma occitan de Jaurès, son âme accorda un redoublement secret de Kiosque, liant à son initiateur méconnu le martyr du café du Croissant. Il n'y avait pas plus bel hommage à rendre à Marius Pinel que ce pli presque invisible, réponse merveilleuse au geste de l'ancien ouvrier en meubles, faisant donner, dès 1916, à Jaurès le nom d'une rue de Toulouse.

Il est possible que tout cela soit faux. Cela n'en est pas moins vrai.

Il faut encore chercher un troisième kiosque. Les équipes d'Astrée inventent le grand secret.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le Kiosque de Carmaux 16:32 dans Place Pinel

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