accueil présentation contact portfolio ultraprivé mail
L'Astrée L'Astrée événements présentation portfolio Guallino

« L'échec de Giscard »

mardi, 8 décembre 2009

L'échec de Giscard

Le premier octobre 2OO9, Valéry Giscard d'Estaing mettait en vente La Princesse et le Président.

Je m'étais déjà précipité. Deux jours avant la parution, à la gare Montparnasse, j'avais pu me procurer le précieux roman grâce à la merveilleuse arrivée de pleines caisses de Princesse.

Tout annonçait un triomphe. D'abord le talent de Giscard, déjà manifesté par le Passage. Ensuite la beauté du sujet : la Belle au Président amant.

On attendait au moins cent mille exemplaires. Je pronostiquais le prix Nobel.

Depuis, la rumeur dit que Giscard a vendu moins de cinq mille... Je n'ai, quant à moi, rencontré personne, qui, hors mon influence, ait seulement ouvert le livre. Impossible d'avoir une simple conversation sur ce roman. Je me sens seul au monde avec ma Princesse.

Pourquoi cet échec ?

Je crois que Giscard a eu tort d'avouer, très vite, qu'il n'avait pas eu la Princesse de Galles. Ce mensonge, ou cette vérité, ont découragé. Il fallait qu'on doutât.

Qu'eût dû faire Giscard ?

Si, d'aventure, j'avais été Giscard, à peine l'annonce faite au peuple de la sortie de mon roman, j'aurais couru dans mon château d'Estaing. J'aurais remonté la herse, clos les portes, inondé les douves, rempli d'huile bouillante de grandes cuves et attendu.

Quand l'armée des journalistes serait arrivée, je l'aurais narguée.

Tournez journalistes, autour de mon château. Tournez. J'ai de quoi siège tenir.

Et tandis que les caméras auraient ronronné, j'aurais dormi.

La nuit, dans mes rêves, je me serais souvenu que l'huile bouillante n'a jamais existé. Pour ne pas commettre de faute historique, et m'enrichir, je serais monté à mon rempart avec des piles du Passage. Là, j'aurais constaté que les paparrazi avaient profité de la nuit pour construire des machines, préparer des échelles, et munir leurs catapultes de puissants micros.

Brandissant mon accordéon, sur ma plus haute tour, j'aurais joué une bourrée. Ensuite, j'aurais bombardé les assaillants avec des exemplaires du Passage.

Quelle décoction c'aurait été !

Ils ne seraient pas tous morts, mais tous auraient été frappés. Les uns auraient perdu la tête, d'autres un bras. Plusieurs auraient éclaté, étalant leurs tripes dans mes douves. Et moi, depuis mes remparts, tout en considérant leur chair pourrissante, j'aurais proféré : Rien n'égale je crois, la majesté d'un cerf qui débouche de la forêt...

Dès le soir, des milliers d'exemplaires du Passage se seraient vendus. On se serait rué sur les exemplaires de la Princesse et du Président. On m'aurait haï, mais on m'aurait acheté, car on aurait douté.

Chirac aurait été défintivement défait.

Grâce à Dieu, Giscard n'est pas moi. Je ne puis l'être. Comment peut-on être Giscard ?

Giscard a brisé sciemment son succès.

Giscard, artiste contemporain majeur, est parvenu à donner en deux jours une renommée mondiale à son oeuvre (tendance Jeff Koonn...), puis à la détruire. Cela fit, pour reprendre un mot de Chirac : Pchitt.

Ce Pschitt est un chef d'oeuvre. Il faut être merveilleusement gonflé pour savoir ainsi dégonfler. Quand tous les artistes de l'Occident, depuis cinq siècles, travaillent à leur succès, Giscard tue le sien. Il crée, par aveu, un vide résonnant. C'est l'Assomption par dépression horizontale.

Tout grand artiste surprend. L'échec de Giscard annonce une immortalité considérable.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : L'échec de Giscard 22:16 dans Littérature

Cet article est incommenté. (le commenter ?)

Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...

Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)

Ces informations :


Quelques commentaires sur les commentaires

Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.

Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.

Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.

Site d'Emmanuel Riboulet-Deyris (contact) | MT 3.16 | XHTML 1.0 | CSS
Ce site, hébergé par le très agréable Lost-Oasis, est sous licence Creative Commons.
Syndication : flux RSS 1.0 RSS 2.0 | flux de commentaires XML | Atom XML | L'Astrée remercie Patrick Guallino.