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« De Bethel à Bethléem »

dimanche, 10 janvier 2010

De Bethel à Bethléem

Culte de Noël 2009, Toulouse Temple du Salin

Lectures bibliques :

Genèse 28, 10-22 / 29,1

Luc 2, 8-20

Depuis ses premières représentations dans l'art rupestre, l'échelle a toujours symbolisé le passage d'un monde à un autre. Passage mais surtout ascension. Les rites funéraires égyptiens, les mystères de Mithra, la mystique chrétienne ont fait de l'échelle un pont qui permet d'accrocher le ciel.

 

Or dans le récit du Songe de Jacob, le sullam, terme hébreu que nous traduisons ordinairement par le mot échelle, est le lieu où Dieu s'approche de l'homme et, par là même, le délivre de ses prétentions verticales.

A Bethel comme à Bethléem, il ne s'agit pas de pénétrer des mondes supérieurs mais de marcher dans la poussière du monde, de se disperser au nord à l’ouest, à l’est, au sud. Il s’agit de lever les pieds et d’ouvrir des brèches, des chemins.

Les deux récits qui viennent d’être lus se caractérisent par une expérience du dehors, de l’écart et par une vision nocturne où apparaissent des anges avant que Dieu lui-même n’apparaisse.

Commençons par la rencontre de Bethel qui signifie en hébreu la maison de Dieu.

Jacob sort de Beer-Shéva.

Quitter Beer-Sheva, le monde des tentes, ne va pas de soi puisque l’auteur de la Genèse nous dit que Jacob aimait habiter sous les tentes (Gn 25,27). Jacob ne chasse pas comme son frère, il a peu d’expérience de l’ailleurs. Il cuisine et reste à proximité de sa mère.

Son prénom renvoie au Talon equev et au récit de sa naissance où il s’est accroché au talon du frère jumeau pour s’extraire du ventre de sa mère. Sortir, s’extraire, partir est difficile pour Jacob.

Pourtant, il part.

Jacob sort, quitte Beer-Sheva pour fuir la colère de son frère Esaü à qui il a volé la bénédiction du père et pour répondre au désir de ses parents de le voir épouser une femme de la tribu de Laban.

Son voyage est réduit à sa plus simple expression : Beer-Sheva – Harrân. Il faut ici mesurer l’immensité de ce chemin à parcourir. Voyage solitaire que l’on suppose pénible et douloureux. L’auteur du livre de la Genèse ne dit rien, la seule chose qui doit être racontée c’est la rencontre de Bethel.

 Alors que le soleil s’en allait, Jacob rencontra le lieu. Il prit une pierre et la posa sous sa tête et se coucha. Et il rêva.

Il nous est impossible ce matin de travailler toutes les questions soulevées par ce récit mais j’aimerais avec vous que l’on s’arrête sur le Songe de Jacob.

Un songe qui apparaît comme une succession de trois tableaux. Et voici une échelle dressée vers la terre sa tête approchant vers les cieux.

Et voici des messagers de Dieu (Elohim) montant et descendant sur lui.

Et voici YHWH se dressant sur lui.

La dynamique des trois tableaux se joue sur deux niveaux. D’une part, les propositions sont de plus en plus courtes, s’épurent et tendent vers l’essentiel, d’autre part, l’importance des sujets est croissante. Le sullam, les messagers d’Elohim, le tétragramme. Un objet problématique, des figures évanescentes mais que l’on sait en lien avec Dieu et Dieu lui-même.

Le sullam est un hapax dans toute la Bible Hébraïque ce qui accentue l’unicité de l’événement de Bethel. Ce mot mystérieux dérive certainement d’une racine qui signifie ouvrir un chemin. Cette racine a donné un autre mot en hébreu mesillot que l’on traduit par gradins, marches, étages d’où l’idée d’échelle et d’escalier.

Unissant le ciel et la terre, le sullam est la possibilité d’un échange entre ciel et terre mais à l’initiative de Dieu. Cette volonté divine est manifestée par la présence des anges qui sont essentiellement des messagers de Dieu.

Des messagers dont le mode d’apparition, paradoxalement, est la disparition comme pour nous dire que leur fonction même est de s’effacer derrière la Parole de Celui qui les envoie.

Les anges s’effacent et laissent la place à Dieu lui-même.

Les trois tableaux de la partie visuelle du songe nous parlent en quelque sorte d’une approche grandissante de Dieu.

Dieu s’approche et parle à Jacob.

Et au cœur même de la promesse nous entendons cette parole : Et voici. Je suis avec toi.

La locution est unique dans la Bible Hébraïque avec comme référant le tétragramme, le nom de Dieu.

Voilà le cœur de notre récit :  Je suis avec Toi ici sur cette terre.

La plupart des lectures rabbiniques voient Dieu au pied du sullam. Autrement dit, l’échelle, est le lieu d’une descente et non d’une ascension et c’est pourquoi, disent les rabbins, le mouvement angélique a pour point de départ et d’arrivée la terre, car Dieu s’y trouve au côté de Jacob.

 Ne cherche pas Dieu au ciel. Tu ne l’y trouveras pas. Cherche-le sur la terre à ta porte. A côté de toi. 

Cette parole de Martin Luther extraite de son sermon pour la fête de Noël éclaire la nuit de Jacob comme elle éclaire celle des bergers de l’évangile de Luc.

Les bergers sont des hommes simples et frustres, disent les textes de l’antiquité juive, entachés d’impureté à cause de leur genre de vie.

Nous, lecteurs de l’Evangile, nous dirons que contrairement à Jacob ce sont des anonymes dont la fonction même est de vivre au dehors dans les champs. Ce sont des êtres de l’écart et ils ne rêvent pas mais tout au contraire ils veillent. Ils veillent les veilles de la nuit nous dit Luc. Ils ont les yeux ouverts.

Et voici qu’un ange du Seigneur se dresse devant eux.

Et voici que la gloire du Seigneur les enveloppe.

Comme pour Jacob la vision se succède en plusieurs tableaux, une vision qui suscite la peur.

Et voici l’ange du Seigneur leur dit :

 N’ayez pas peur, voici je vous annonce une grande joie qui sera pour tout le peuple :

Il est né pour vous aujourd’hui, dans la ville de David, un sauveur.

C’est le Messie de Dieu.

Et voici soudain voici une multitude céleste louant Dieu et disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

De Bethel à Bethléem, de la maison de Dieu à la maison du pain, de l’échelle à la mangeoire, les cieux descendent sur la terre. Mais cette fois, les anges s’effacent pour laisser la place à l’enfant qui vient de naître.

Les bergers courent et découvrent le lieu où se tiennent Marie et Joseph.

Les bergers ne sont pas transportés au septième ciel mais ils voient un enfant qui ne fait rien d’autre que d’être là dans une mangeoire.

Luc dans son récit insiste sur l’importance du regard.

Allons et voyons 2,15. Après avoir vu ils firent connaître 2,17 Ils louaient Dieu pour ce qu’ils avaient vu 2,20.

Qu’ont-ils vu ? Celui qui vient sceller les noces des cieux et de la terre, Celui qui vient inaugurer le royaume, Celui qui va se relever comme la pierre sur laquelle Jacob a versé de l’huile.

Celui-la même qui nous exhorte non pas à nous élever mais à nous redresser.

Nous redresser pour habiter le monde.

Ce monde terrible où la barbarie ne connaît pas de point de repos, où les peuples sont jetés dans des conflits armés à peu près partout, où les chefs des nations se révèlent incapables de s’engager à minima pour la survie de notre planète, ce monde où prolifère le rien…

Ce monde qui a été amputé délibérément de ce qui faisait sa permanence : la nature, la mer, les collines, les champs, les pierres, la méditation des soirs, la possibilité même de se tenir à l’écart loin du bruit…

Oui, se redresser pour habiter ce monde-là.

L’échelle n’était pas un doigt pointé vers les cieux pour nous dire que c’est la haut que cela se passe. L’échelle est dressée vers la terre.

C’est ici que cela se passe. C’est ici !

A l’issue de sa rencontre à Bethel, Jacob leva les pieds. Pour expliquer cette formule étonnante les rabbins commentent : Dès lors que Jacob eut reçu la bonne nouvelle son cœur souleva ses pieds.

Les bergers de Bethléem eux aussi nous dit Luc ont été littéralement projetés.

Lève les pieds, garde les yeux ouverts, habite1 le monde et, avec ce qu’il te reste de courage et de bonne volonté, empêche le de se défaire davantage…

Voilà le message de la venue du Messie parmi les hommes.

Jean-Pierre Nizet, Temple du Salin, Noël 2009

Yves Le Pestipon | Voir l'article : De Bethel à Bethléem 15:03 dans Théologie

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