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« Le philosophe sur une planche »

mardi, 16 février 2010

Le philosophe sur une planche

Le plus grand philosophe du monde sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher à son ordinaire, s'il y a au dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûteté, s'il y a au dessous un précipice, son imagination prévaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir ni suer..

Que fait ce philosophe sur une planche ? Pourquoi le plus grand philosophe du monde ferait-il de l'équilibre au dessus d'un précipice ? Pascal ne le dit pas.

Le philosophe, surtout s'il est le plus grand, il est peu probable qu'il soit sur cette planche. Voit-on Montaigne, Epicure, Descartes, ou Michel Foucault au dessus d'un précipice sur trente centimètres de bois ? S'y seraient-ils risqués par plaisir, volonté d'expérience, ou calcul ? On en doute. Un philosophe se connaît un minimum. Il se sait, par exemple, sujet au vertige, et peu acrobate. Le plus grand philosophe du monde n'est pas nécessairement funambule, et il le sait. Il n'est pas fou.

Un professeur de philosophie, parmi mes collègues, est un passionné d'escalade. Il monte sur des pics au dessus des précipices, il ne pâlit, ni ne sue. Il n'est peut-être pas le plus grand philosophe du monde, mais il se connaît assez pour savoir son goût du risque, et il est assez sage pour avoir appris les techniques de l'escalade. Il s'est connu. Il a exercé son corps. Sachant sa faiblesse, il s'est créé, en toute conscience, une force, et il philosophe, d'expérience, sur les raisons de monter en montagne. Il en a même fait un livre, publié chez Aléas, et sous son nom : Patrick Dupouey.

Le plus grand philosophe du monde, s'il se risque au précipice, sans plaisir, sans raison, et sans exercice, son imagination prévaudra. Pascal aura raison. Mais pourquoi le plus grand philosophe irait-il sur la planche ?

Pascal construit son texte comme un tableau à perspective. Nous sommes invités à nous installer à un point, d'où voir le philosophe, sa planche, le précipice, et la sueur. Là, nous avons à rire et à penser : C'est évident, voilà une preuve de la faiblesse de l'homme.

Il faut regarder dans les coins, par côtés, sortir du cadre et du point fixe. Les enfants savent le faire, quand ils surprennent le magicien. Ils voient où il ne voudrait pas qu'on voie.

Jetons un oeil vers le bout de la planche. Nous y verrons peut-être pointer ce qui y pousse le philosophe.

C'est un homme... Regardez mieux. C'est Blaise Pascal en anamorphose, qui se cache presque hors cadre, mais qui a une arme, dont on voit le canon. Il tient un gros revolver noir et il vise le philosophe sur la planche au dessus du précipice. Le Philosophe voudrait bien partir, rentrer dans son cabinet, son poêle, son jardin, son université, ou son lit, mais il n'a pas le choix : ou il sue sur le précipice, ou Pascal le descend d'une balle dans la tête.

Il fut un temps où j'étais un très bon élève. Les professeurs d'éducation physique adoraient me placer au milieu de quelques costauds qui tiraient des ballons sur moi. Cela leur permettait de faire ricaner, donc d'être populaires. Un jour l'un d'eux, qui m'appelait Paic Citron, a trouvé efficace de crier, alors que je venais de recevoir un ballon en pleine tête, qu'un Paic Citron avait envahi le terrain. Et de rire ! Le meilleur élève de la classe, mis entre les cancres équipés de ballons durs avec droit de lui tirer dessus, il était pâle et suant !

Les gardiens SS dans les camps faisaient des expériences sur les juifs. Ils constataient que les juifs avaient peur. Cela les amusait, et leur prouvait la faiblesse du juif.

Blaise Pascal crée un dispositif. Il contraint le plus grand philosophe du monde à une planche sur un précipice. Il nous invite à regarder.

Le soleil de la raison enfante, parfois, les monstres.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le philosophe sur une planche 6:56 dans Littérature

1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le vendredi 19 février 2010, à 17:28, Laurent-duval.blogspot.com [TypeKey Profile Page] écrivait :

    Sur la planche, au-dessus de l'abîme, il vaut mieux être un philosophe petit. D'autant petit que la planche est large. Au pouce, que sa hauteur fasse divine proportion d'une brassée de bois. Une fourmi, un ciron. Pour le vertige certes, mais ainsi d'où portera sa vue, l'abîme ne regardera point en lui. "Alles ist relativ", aurait dit Albert Lapierre.

    Laurent

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