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« Les animaux des Jacobins »

mercredi, 17 février 2010

Les animaux des Jacobins

Quand on passe la porte de l'église des Jacobins, on passe sous des animaux.

Je ne les voyais pas. Je les ai vus.

Je ne les ai pas vus pendant des années. Elève, puis professeur au Lycée Fermat, à quelques mètres, je les ai ignorés.

Je les ai découverts à presque cinquante trois ans, un jour après avoir bien vu La Fontaine, Fénélon, et Molière au mur de La Bibliothèque municipale de Toulouse.

J'ai tout de suite aimé ces oiseaux, cette belette, ces rats, cet écureuil, ce chien... Je ne me lasse plus de les observer dans les feuillages des chapiteaux. Pour moi, Toulouse multiplie en beautés à mesure que je vieillis. L'âge me rend amoureux. Le temps s'envole, toujours plus vif. La profusion des merveilles me prépare une mort savoureuse.

Désormais, quand j'entre dans l'église des Jacobins, qui est la première grande église des Dominicains, je passe, en toute consience, sous de merveilleux animaux. Je crois qu'il faut passer dans les animaux pour aller à Dieu. Je ne sais pas ce qu'a voulu l'architecte, mais il me semble que son oeuvre porte cette intention. Nous n'avons pas à nous faire animaux, et surtout pas à nous abaisser à l'état animal, pour entrer au royaume de Dieu. Nous avons à les admirer, par dessous, et à passer par eux.

C'est une pensée oubliée. Nous croyons parfois qu'il faut éviter l'animal pour être des hommes. Nous allons jusqu'à imaginer qu'il faut tuer les animaux. Les chasseurs, et parfois les bouchers, croient que leur mort grandit l'homme. D'autres imaginent qu'il faut bêtifier. Mais l'architecte des Jacobins nous fait penser et passer sous les animaux, et en eux, comme dans une forêt, mais qui n'est pas obscure. L'écureuil, les oiseaux, la belette sont, d'un certain point de vue, parce qu'ils sont en hauteur, plus près de Dieu que nous, mais c'est nous qui passons, et Dieu est la récompense d'un passage.

La plupart de ceux qui entrent aux Jacobins ignorent passer sous des animaux. Ce savoir peut émerveiller, mais cette ignorance n'est pas la mort. L'architecte de l'Eglise ne prétend pas que nous devons toute la voir. Nous n'avons pas besoin de connaître toutes les étoiles pour aller sous le ciel. Le sculpteur de la porte des Jacobins a inscrit discrètement les animaux. Il n'a pas fait étal de son talent. Il ne nous a pas accablés. Il lui suffisait que les animaux existent par dessus la tête des passants. Nous n'avons pas toujours à connaître nos rêves et le réel, mais, comme les animaux ils sont nécessaires.

Ceux qui passent la porte des Jacobins se trouvent vite devant le tombeau de Saint Thomas d'Aquin. La grande théologie, comme l'Eglise, a besoin des animaux. Il faut passer sous leur image pour atteindre au corps du saint. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les animaux des Jacobins 21:55 dans

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