« Les cinq cupules du dolmen du Débès 1 »
vendredi, 12 février 2010
Les cinq cupules du dolmen du Débès 1
Il y a cinq cupules dans le dolmen du Débès, près d'Olargues.
Pour les voir, il faut pénétrer sous la dalle de couverture. Il faut baisser la tête. Il faut fouiller les feuilles mortes qui s'accumulent contre la paroi nord.
Les cinq cupules se tiennent, formant un groupe, vers le bas de la paroi. Elles sont énergiquement creusées et paraissent n'avoir subi aucune érosion. On les dirait neuves. Sans doute, ont-elles été réalisées dans le dolmen, bien qu'on ne puisse exclure, sans véritable étude, qu'elles soient antérieures à son érection. La paroi porterait traces d'une activité antérieure, et qu'on aurait abandonnée.
La fraîcheur des cupules, leur position en profondeur, le fait que d'autres dolmens, par exemple en Catalogne, puissent avoir été gravés après leur érection plaide cependant en faveur d'un travail in situ. L'hypothèse, est en tout cas, recevable.
Elle conduit à reconsidérer deux discours sur les cupules. Le premier soutient qu'on les a creusées pour y verser des liquides, par exemple des jus issus de sacrifices, ou de l'eau pour qu'y miroite le ciel. Le second soutient qu'elles sont des marques pour s'orienter. La présence de nombreuses cupules sur des rochers remarquables, le long de vieux chemins de transhumance, ou vers des gués accrédite cette thèse. Les cupules formeraient de manière pratique, et sans doute religieuse, des systèmes d'orientation dans des territoires. Pourtant, la présence de cupules sur des roches qui ont toujours été verticales, par exemple la pierre des Fusillés à Berniquaut, interdit d'admettre la vérité universelle de la première thèse : on a souvent creusé des cupules sans vouloir y verser des liquides. D'autre part, la présence de cupules en des endroits dont on conçoit mal la fonction d'orientation, et, au contraire, leur absence sur des rochers particulièrement remarquables, des bords de rivière, ou des drailles, rend peu soutenable l'universalité de la seconde thèse.
Inutile de s'attarder aux croyances selon lesquelles les cupules figureraient des constellations, ou peupleraient des roches dont les ondes, mesurées en bovis, seraient puissantes. Il faut trop d'imagination pour trouver les constellations sur de nombreuses pierres à cupules. Quant aux ondes dont on nous parle, et à leurs bovis, on peut en sourire.
Les cupules résistent aux théories, mais elles existent. On en rencontre en grand nombre sur de nombreuses pierres dans de nombreuses contrées. De l'Irlande à l'Algérie, de la Turquie à l'Espagne, dans les Vosges, les Alpes, en Bretagne et en Montagne noire, elles apparaissent sur des schistes, des grès, des calcaires, ou des granites, sur des falaises, des rochers erratiques, ou sur des mégalithes. Elles ne se cantonnent pas à l'Europe, mais dans ce continent, du moins, elles sont souvent associées aux mégalithes.
Elles ont à peu près les mêmes formes, approximativement les mêmes tailles. Plus exactement, leurs variations se limitent à un petit répertoire : deux tailles fondamentales, si on laisse de côté les bassins, des cupules rondes, des cupules pédiformes, des cupules ovales, des cupules avec ou sans bec verseur. Parfois, rarement, des cupules contiennent une tête animale, ou deviennent des sortes d'étoiles. Leur vocabulaire, si on les sépare des traits, des croix, des spirales, et des signes divers auxquelles elles sont parfois associées, est assez limité, mais il est à peu près identique en Irlande, dans la Montagne noire, les Cévennes, l'Espagne, le Portugal, ou l'Ecosse. Quand j'en rencontre, je les retrouve.
Les cinq cupules du dolmen de Dévès se présentent, sur une petite partie de la paroi, qui ne comporte, par ailleurs, aucun signe distinct. L'une est ronde. Deux sont ovales. Les deux dernières sont fortement distendues, mais de manières différentes, si bien que l'une peut être dite, si on le désire, pédiforme. On est donc en présence, si l'on excepte les formes à bec verseur, du vocabulaire fondamental des pierres à cupules seules, tout se passant comme si, dans ce dolmen, l'auteur avait voulu proposer un échantillon de ce qu'il était possible de faire. Curieusement, alors que d'ordinaire, les cupules rondes sont, de très loin les plus nombreuses, une seule est ici présente.
Ces cupules sont disposées de manière à composer une sorte de cercle très imparfait. Elles définissent un territoire intérieur, sans le clore, et un territoire extérieur qui communique avec l'intérieur. La cupule ovale la plus profonde est au bas de la pierre. Elle a sur sa droite l'autre cupule ovale et sur sa gauche l'unique cupule ronde. Au dessus de cet ensemble, les deux cupules longilignes forment un angle très ouvert.
La composition, semble-t-il, n'évoque aucune figure précise. On ne peut y reconnaître ni un personnage, ni un visage, ni un édifice, ni une constellation, ni un animal, ni un arbre, ni une montagne, ni un sexe. Toute figure géométrique régulière est absente. Aucun cercle précis, aucun carré, aucun triangle... On peut toujours imaginer que les cinq cupules figurent les doigts de la main, mais on ne convaincra, je crois, personne, d'une quelconque ressemblance. On est donc embarassé.
Embarassé, mais intéressé. D'abord, on sent qu'il n'est pas déraisonnable de creuser des cupules. On reconnaît qu'on les reconnaît. On les a toutes déjà vues quelque part, quelquefois fort loin. On est heureux de les voir, et de les revoir.
Peut-on fonder l'esquisse d'une pensée des cupules à partir de l'expérience que l'on peut en avoir au dolmen de Delbès ? Je le crois.
A suivre
Yves Le Pestipon |
9:07 dans
Archéologie
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