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« Les cinq cupules du dolmen de Débès 2 »

lundi, 15 février 2010

Les cinq cupules du dolmen de Débès 2

Les cinq cupules du dolmen de Débès sont des trous de faible profondeur, sans utilité pratique reconnaissable, et analogues à d'innombrables cupules.

Leurs auteurs les ont creusées. Par cet acte, ils sont pareils aux prisonniers du Château de Foix qui ont creusé de petits trous ronds sur des bancs en pierre de leur geôle. Ils sont aussi pareils aux écoliers qui creusent sur les tables. L'homme aime creuser. C'est un acte où il se joue. S'il se donne des raisons pour l'accomplir, comme les métaux, les trésors, la connaissance, les morts, ou l'eau, creuser lui est un plaisir fondamental, et ce le serait aussi pour les femmes si l'éducation ne les en privait. Plaisir d'enfant, plaisir d'adultes quand ils se trouvent des prétextes, beaucoup se plaisent aussi à voir creuser, comme l'attestent les regards vers les chantiers. Certes, tous ne creusent pas, n'ont pas creusé, et ne désirent pas regarder creuser, mais les censures expliquent bien des cas.

La cupule est un plaisir, sans cause nécessaire. On peut y voir fantasme sexuel, volonté de connaissance, cupidité, quête macabre, désir du ventre de la mère... Tout à la fois. Creuser est un plaisir fondamental où tout converge. Que les professeurs n'y éduquent pas est preuve de son importance. Les écoliers et les prisonniers creuseurs montrent mieux l'homme que les forts en thème.

On peut creuser n'importe comment. On peut creuser sans souci de forme, comme souvent dans les chantiers. On creuse alors avec acharnement. On ravage. C'est horrible. Mais le trou peut être à la fois destruction de formes et forme. Il peut être horreur et mesure. Le trou sans forme est trou sans fond, et progressant en toutes sortes de directions. Ce trou est une tentation monstrueuse, mais le trou modeste, mesuré, et stable recueille, accueille, fait place et permet la récompense d'une pensée. La contemplation de sa forme fait plaisir, car elles une image et un effet heureux de l'homme.

Trou modeste, la cupule associe le plaisir de creuser dont la violence ouvre à l'infini, et l'expérience choisie des limites. Elle marie le viol et la retenue, la composition et le néant. Celui qui la creuse est un sauvage cultivé. Il crée de la forme par attaque.

Les cupules n'ont pas d'angle. Pas de cupules carré, triangulaire, rectangulaire, pentagonale, hexagonale, ou dentellée... Les cupules sont généralement rondes, et ovales. Quelques unes ont à peu près la forme de pieds. On les dit pédiformes. Mais aucune n'est taillée au cordeau. Leurs auteurs n'ont pas tenté d'imiter les cristaux, dont les formes sont rares dans la nature visible. L'homme moderne, au contraire, quand il est technique, creuse volontiers des trous anguleux, ou des cylindres à fond plat. Mais les cupules sont concaves, et le doigt se plaît à suivre leur douceur.

Qui voit sur un rocher un trou anguleux et à fond strictement plat, n'est pas devant une cupule.

Les cupules, parmi toutes les formes possibles, ont un petit nombre de formes, et toutes refusent les angles.

Manifestement, elles n'ont pas été creusées avec des burins de métal, des pointerolles, des pics dont on verrait ici ou là la trace, et particulièrement dans des cupules bien protégées, comme au dolmen de Débès. Si on ne peut exclure qu'il y ait eu percussion lors du travail de creusement, l'érosion par mouvement circulaire a dû jouer un grand rôle. Des mains ont lontemps fait tourner des outils pour produire les cupules. Il y a eu des rotations. Il y a eu des va-et- vients. Il y a eu des frottements continus au contact du caillou.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, écrivait Jean de La Fontaine.

Les cupules sont oeuvres de patience et de longueur de temps. Il y a plaisir et pensée dans cette continuité en acte, analogue en quelque manière à l'art des vers qui reviennent toujours et progressent ainsi sur eux-mêmes. Les cupules, quoique manifestement discontinues sur les pierres où elles apparaissent, procèdent d'une volonté de pratiquer le continu, dont les formes rondes et douces sont une des figures possibles.

Sur la terre, par les rochers qu'elles peuplent, elles sont des marques qui font à la fois territoire et mémoire. Elles travaillent à mettre, dans des lieux où il y a peu d'hommes, le plus souvent en dehors des habitats, comme l'atteste régulièrement le résultat négatif des fouilles au voisinage des pierres non mégalithiques qui les portent, une présence permanente des preuves de l'homme.

A suivre

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les cinq cupules du dolmen de Débès 2 14:30 dans Archéologie

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