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« Et si l'on parlait de notre kiosque... »

mardi, 8 juin 2010

Et si l'on parlait de notre kiosque...

Ceux et celles qui ont vu s’élever le kiosque de la place Pinel sont peu nombreux et ceux qui ont participé à sa construction encore moins. Nous connaissons quelqu’un qui y a non seulement travaillé, mais qui, à sa manière et avec ses moyens, a permis sa réalisation en temps et en heure car... Mais faisons un bon en arrière de quelque... 67 ans!

Nous sommes en 1933. La France est encore en pleine crise économique, Toulouse aussi. Son maire, Monsieur Etienne Billières, pour aider sa ville et ses concitoyens à se sortir du marasme économique, a entrepris une politique de grands travaux. De nombreux édifices sont érigés, d’autres sont valorisés ou réhabilités c est l’époque de la construction de plusieurs groupes scolaires (la Jun casse, les Trois-Cocus, Rangueil, etc.), de bains-douches, de la station de pompage et des filtres pour l’alimentation en eau de la ville, de l’usine d’incinération des ordures ménagères, de la grande biblio thèque municipale, des kiosques à fleurs ou journaux voire TCRT, de la piscine.., et du kiosque de la place Pinel.

A cette époque la place Pinel — ainsi officiellement dénommée depuis 1930 servait surtout de lieu de pacage pour un troupeau de chèvres la ferme Timbal est toute proche, au droit du chemin de Griffoulet. Cette voie boueuse, qui comportait alors une dizaine de maisons seulement, s’appelle aujourd’hui la rue Labat de Savignac changement de patronyme rendu nécessaire pour la différencier du chemin de Griffoulet à Lardenne...

Tous ceux qui ont connu ou connaissent la plupart des bâtiments cités ci-dessus ont noté qu’ils ont tous un détail décoratif commun remarquable : la mosaïque. À son propos, le dictionnaire explicite « mot latin médiéval issu lui-même du latin ancien qui signifie travail artistique auquel président les Muses »

A cette époque donc, la Mairie, propriétaire de la place, obtenue par legs, décide d’y implanter un kiosque à musique selon le désir et les volontés exprimés. Le concepteur en est l’architecte en chef de la ville Monsieur Jean Montariol et le maître d’ouvrage l’entreprise SCOR « Les Charpentiers Toulousains » dont le siège était rue Maignan. Le décor de mosaïques est du ressort des établissements Faure, place Esquirol.

L’idée première de Jean Montariol était que l’ensemble de la sur face des colonnes du kiosque pût être revêtu de mosaïques en grès émaillé flammé. Mais l’architecte dut y renoncer, crise oblige, pour cause de prix de revient prohibitif !

C’est alors que notre narrateur intervient, proposant à M. Montariol de « couper la poire en deux » en quelque sorte... En effet, pour minorer le coût, il suggère de ne réaliser l’application de la mosaïque qu aux soubassements et chapiteaux des dix colonnes. Aussi le prix de revient s'en trouve-t-il singulièrement abaissé. Et puis il faut se hâter car le monument est quasiment achevé et son inauguration doit avoir lieu pour le samedi fin de semaine. Mais égrenons la chronologie des faits :

Lundi: la maison Faure doit commencer les travaux de pose de la mosaïque fournie collée sur papier. C’est à ce moment-là que son mosaïste (Italien) décide de quitter 1'entreprise. Un remplaçant est engagé en urgence...

Mardi : on se rend compte avec effroi de l’incompétence de ce piètre suppléant. Les témoins assistent impuissants à un véritable "gâchis". Il est sommé de cesser. Par téléphone, les responsables avisent la SGC (Société Générale du Carrelage), à Paris, et la prient d’envoyer à Toulouse un homme de l’art. Par chance extraordinaire, un mosaïste italien, de retour des Amériques, vient d’arriver dans la capitale. On le presse de se rendre dans la ville rose... Cet artiste est un spécialiste des travaux délicats effectués au Vatican. Il est issu (comme le précédent) de 1’école de Venise.

Mercredi : le mosaïste arrive à Toulouse et consacre toute la matinée à son installation à l’hôtel... qu’il faut à son goût et à sa convenance Les responsables du projet commencent à s’inquiéter d’une telle indolence. L’après-midi l’homme providentiel se rend, enfin, sur le chantier. Il fait immédiatement disparaître l’épouvantable ouvrage réalisé sur deux colonnes par son prédécesseur inexpérimenté. Puis il se met au travail.

Vendredi : miracle ! L’ouvrage commencé l’avant-veille est achevé en fin de journée.

Samedi : l’inauguration du kiosque a lieu au jour et à l’heure prévus. L entreprise Faure et les responsables du projet poussent un soupir de soulagement... Malgré toutes les péripéties survenues, le coût de ce travail peu ordinaire s’est inscrit parfaitement dans l’enveloppe de son budget initial : 20 000 francs. Et au dire de Mon sieur Galinier — notre narrateur — l’inauguration se passa sous les meilleurs auspices. Aujourd’hui encore on peut admirer ces mosaïques admirablement exécutées... Mais quand on a lu cette petite épopée on ne saurait les contempler qu’avec un brin de complicité souriante.

PHILIPPE PENIN

L'Auta, février 2001, p. 43-45.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Et  si l'on parlait de notre kiosque... 13:02 dans

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