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« Laurent Cros, un écrivain mallarméen du XVIIème siècle »

lundi, 14 juin 2010

Laurent Cros, un écrivain mallarméen du XVIIème siècle

Voici quelques jours, j'ai visité l'Ermitage de Saint Ferréol, près de Céret. Il recèle une merveille littéraire du XVIIème siècle. Je l'ai vue. Je l'ai touchée. J'ai immédiatement imaginé. Je voudrais faire partager ma conviction.

L'Ermitage de Saint Ferréol est un parfait belvédère sur le Roussillon, la Méditerranée, le Canigou et le Vallespir. La beauté l'entoure de toutes parts. Mon plaisir était si vif que je m'étonnais de ne pas rencontrer d'ermite, ou de gardien. Personne ne veille le miracle de ce lieu. Parfois des concerts y sont organisés. Des promeneurs y passent. La population de Céret aime y festoyer, mais personne ne semble désirer y vivre, et y mourir.

L'église, le plus souvent, est fermée. J'ai pu y entrer, ce jour là, parce que deux hommes la préparaient pour un concert.

Le Guide bleu ne dit rien de l'architecture et du mobilier. Aucun élément roman ou gothique. Pas de signatures illustres. Pas de chef d'oeuvre réputé. Quelques béquilles en bois suspendues à gauche, quand on entre, témoignent des miracles que fit Saint Férreol et de la reconnaissance des fidèles.

J'allais me retirer pour goûter de nouveau le paysage quand je remarquais un bénitier en marbre rouge, qui formait, sur une colonne, à droite de l'entrée, une belle vasque, et qui contenait une feuille de papier. Voilà ce que j'y lus, en catalan, et en français :

INSCRIPTION DU BENITIER

Llaurens Cros, fill d'Illa, Ermita de sant Ferriol esta 44 anys Esclau a Costanninobla : 1705

Laurent Cros, natif d'Ille, ermite de Saint Ferréol, a été 44 ans esclave à Constantinople : 1705.

Ces quelques mots me firent considérer le bénitier tout entier. Je vis apparaître, entre les visages d'anges sculptés sur sa périphérie, de grandes lettres puissamment taillées, disposées sur deux lignes, à la va-comme-je-te-pousse, comme beaucoup d'inscriptions d'époque romane.

De part et d'autre d'un visage d'ange, je reconnus Constantinople. Je vis COSTA. Je vis TINNOBLA. Je vis encore ESCLAV. Je vis ILLE. Je vis 44. Je vis 1705. Je vis SANT FERRIOL. Je vis ERMITA. Je vis LLAURENT CROS.

De visage d'ange en visage d'ange, parmi les taches et les veines blanches du marbre rouge, je suivais le texte. Je le composais. Je le décomposais. Je le caressais de ma main. J'enfonçais mes doigts dans certaines lettres. J'examinais la colonne et la conque du bénitier vide de tout liquide.

Dans l'église, je trouvais quelques renseignements historiques. Ils concernaient Saint Ferréol, la dates de construction et d'abandon de l'ermitage, mais rien de plus sur Laurent Cros. On s'était contenté de recopier l'inscription. Les deux hommes qui préparaient le concert ne savaient rien. Ils ne s'étaient jamais interrogés sur cet homme quarante quatre ans esclave, soit presque le règne de Louis XIV, et gravant, ou faisant graver sur un bénitier, dans son ermitage, devant le Rousillon, le Vallespir et le Canigou, son nom et les faits qu'il jugeait mémorables de son aventure sur terre.

Je tournais autour du bénitier. Je le considérais de toutes sortes de points de vues proches ou lointains. Je le photographiais. Je gravais en ma mémoire, sa forme, ses couleurs, ses lettres, son mystère. Je m'exaltais. Je me recueillais. J'eusse voulu en savoir davantage, mais les deux hommes ne savaient rien. Ils me dirent que je devrais me renseigner auprès de l'abbé de Céret. C'était un homme sympathique. Il savait beaucoup de choses.

Nul moyen de leur faire partager mon enthousiasme. Ils aimaient l'Ermitage, le paysage, le violoncelle dont le plus grand des deux m'apprit qu'il en jouerait le lendemain pour le concert. Ils n'avaient jamais rêvé sur le double cercle de lettres gravées autour du vide.

Quant à moi, je songeais à Ruben de Lombre dont j'ai rencontré l'oeuvre dans la grotte de Niaux, cet hiver. J'aime ces anciens inconnus dont l'oeuvre me paraît plus intéressante pour nous que celle des artistes célébrés. L'école ne connaît pas leur importance. Les résurrections de l'Histoire des arts se payent d'assassinats

A suivre

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Laurent Cros, un écrivain mallarméen du XVIIème siècle 8:37 dans

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