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« Un bruyant silence sur de Gaulle »

lundi, 21 juin 2010

Un bruyant silence sur de Gaulle

Cet hiver, une nouvelle a surgi : l'Inspection générale des Lettres a mis le tome trois des Mémoires du Général de Gaulle au programme des classes de terminale L aux côtés d'Homère, Beckett, et Quignard. L'Astrée a signalé le ridicule. Une pétition, initiée par des professeurs de français, a tenté de réunir quelques noms autour d'une protestation. Les mois de février, de mars, d'avril, et de mai ont passé. Pas un mot. L'Université littéraire a conservé le grand silence qui la caractérise, sauf à s'encenser et à colloquer. Les écrivains français officiellement grands tels Michon, Quignard, Noël, ou Le Clézio ont continué à vendre leurs phrases. Le Marathon des mots et autres teufs littéraires se sont produits bruyamment sans dire un mot.

Il eût été judicieux, pourtant, de s'étonner que les prétendus sauveurs du Bac L, dont les travaux, depuis quelques années, ont assuré la ruine, y mettent de Gaulle sous le règne d'un parti en principe Gaulliste, sous la direction de l'auteur des Stèles à de Gaulle, dans un programme où la littérature française se réduit au vingtième siècle. Ouvrir les Mémoires du Général, dans l'édition sans notes que l'on propose aux élèves, c'est tomber devant mille difficultés historiques. Ce texte est presque illisible quand on a dix-huit ans aujourd'hui, sans accompagnement considérable d'érudition. Quant à son rôle dans la Littérature française vers 2010, il est à peu près nul. Diderot, La Fontaine, Montaigne ou Rabelais nourrissent davantage les écrivains du jour que le tome 3 des Mémoires de Guerre. Sollers cite Dante ou Rimbaud, mais pas de Gaulle. Valère Novarina se nourrit de Bible et de Rabelais, mais pas des Mémoires. Serge Pey, Bernard Heidsieck ou Christian Prigent savent mieux Artaud que le Salut. Toutes sortes de critiques auraient pu être formulées contre ce programme, en particulier par les Universitaires, dont on imagine qu'ils distinguent Chateaubriand, Saint Simon ou Retz, quant à la force d'écriture, d'avec le Général de Gaulle. Ils se sont tus.

Le sort de l'enseignement du français dans le secondaire n'est pas leur affaire. C'est un souci pour petits profs, ou pour le lobby Crétin, comme l'appelle, dans Témoignage Chrétien, le charitable Bernard Fauconnier...

Au début du mois de juin, la Presse, les Radios, les Télévisions et Internet se sont mis à parler. Le collectif de professeurs avait remis sa pétition au Ministère. Celui-ci jugea, manifestement, qu'il fallait riposter. Le Figaro attaqua. Le blog de Pierre Assouline mitrailla. Il y eut des paroles fortes de Max Gallo. Le Ministre s'exprima : De Gaulle était bien un auteur de littérature, puisqu'il était dans la Pléïade...

Il fallait donc chasser du Programme Beckett et Quignard, et les remplacer par Sade et Marx...

L'Université littéraire française poursuivit son silence. Seuls à France-Culture, quelques mandarins de passage, alors qu'ils venaient vendre un livre, lancèrent des piques contre les profs incompétents, audacieux, impertinents, qui avaient signé la pétition.

La France était sauvée. L'Inspection générale des Lettres lui avait fait don de sa personne. On pouvait remettre en vente partout les Stèles à de Gaulle.

Le déshonneur eût été complet pour l'élite littéraire française, si le journal Libération n'avait eu l'idée d'interroger quelques écrivains réels, et pas trop vieux. Il en existe. Ils sont divers. Ils sont intéressants. Tous les écrivains ne sont pas morts.

J'admire particulièrement l'analyse que propose Hédi Kaddour. Sa satire tombe à pic. Kaddour a la justesse d'un moraliste.

Voici ses mots :

De Gaulle, écrivain par directive politique.

L’auteur des Mémoires de guerre a sa grandeur d’homme dans l’histoire, mais en matière de style il est plus proche de Thiers ou de Guizot que de Chateaubriand. Pourquoi l’avoir mis au programme des lycées, aux côtés d’Homère et de Beckett ? Il est désormais écrivain non par jugement du temps, ce grand sculpteur, mais comme Staline fut linguiste et Mao poète : par directive politique. Et ce ne sont pas des résistants qui ont décidé de faire du chef de la France libre un écrivain du bac, ce sont des hommes d’alcôve, de cabinet et d’inspection. Ils y trouvent leur compte : les voici installés dans le rôle de défenseurs d’un personnage à colonne vertébrale, eux qui en ont si peu.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Un bruyant silence sur  de Gaulle 16:49 dans Etudes littéraires

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